Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 11:40

L’approfondissement de la crise économique mondiale, depuis 2008, a provoqué la dégradation profonde des conditions de vie et de travail dans les pays «pauvres » et des attaques frontales au travers de plans d’austérité, de l’augmentation du chômage, de la suppression de certains « acquis sociaux » dans les pays « riches ».

Les réactions de classe se sont multipliées dans le monde, que ce soit des grèves, des émeutes avec affrontements violents aux forces de répression, manifestations…

Ce qui est significatif dans les mouvements actuels est la mobilisation des jeunes. Les jeunes grecs furent à la pointe de la contestation depuis 2008 mais, comme une traînée de poudre, les étudiants français, londoniens et, maintenant, tunisiens, algériens et égyptiens ont été des moteurs dans les mouvements.  Mais ces jeunes, en Tunisie, en Egypte semblent avoir fait le lien avec d’autres revendications.  Ils ont été un déclencheur.  Ils ont été un déclencheur.

Les mouvements qui se déroulent actuellement au Maghreb sont donc à replacer dans ce contexte d’aggravation profonde de la crise économique mondiale et de ses répercussions sur le prolétariat, travaillant ou sans emploi.  Ils expriment une révolte contre les augmentations de prix mais également, et ceci est fondamental, contre l’absence totale de perspective présentée par le système capitaliste.  Cette absence de perspectives apparaît de plus en plus fortement et touche l’ensemble de la planète.

Ces mouvement sont importants à d’autres titres : ils constituent une expérience de lutte collective, de capacité à s’opposer, capacité à dire « Non », à refuser l’ordre établi. Ces expériences, combinées au questionnement sur les perspectives, ne manqueront pas de laisser des traces importantes pour le développement futur de la conscience politique du prolétariat.

Le risque existe que les revendications actuelles en Tunisie et en Egypte s’engouffrent dans l’illusion qu’un changement de Président et de gouvernement donnera du travail aux jeunes, remplira le cabas de la ménagère, et permettra la liberté d’expression et d’organisation

Rappelons-nous : la transformation de dictatures d’Amérique latine et des pays dits « communistes » en des systèmes politiques plus modernes, « démocratiques », correspond à un changement vers des régimes mieux adaptés aux besoins de l’accumulation actuelle du capital, et de la nécessité d’encadrement démocratique de la classe ouvrière.  Mais, si ces adaptations politiques ont permis une meilleure exploitation des richesses naturelles et un certain développement industriel, ceux-ci ne masquent que très partiellement l’éclatement des systèmes de santé, de logement, d’enseignement, la création d’un gouffre entre une nouvelle classe riche et une masse croissante de pauvres livrés au chômage, à la misère, la drogue et la violence des bidonvilles et de la rue.

En cela, les mouvements de révolte qui agitent la Tunisie et l’Egypte expriment à la fois le refus de la misère engendrée par le mode de production capitaliste, la recherche de nouvelles perspectives, mais aussi les espoirs investis dans les changements de directions politiques.  Ils reflètent ainsi la difficulté, pour le prolétariat mondial, à envisager une société nouvelle et donc, la rupture avec le fonctionnement économique, social et politique capitaliste.

Il est clair que le maintien en vie de ce système ne pourra générer, quelque soient les formes qu’il prendra, que davantage de misère, de guerres, de destructions de l’environnement et, au bout du compte, de dégradation profondes de la condition d’existence des êtres humains.

Seule la remise en question des fondements de cette société au niveau mondial pourra déboucher vers la perspective révolutionnaire de la création d’une société offrant des perspectives radicalement différentes.

 

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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 10:57

Perspective Internationaliste  /  Perspective Internationaliste 

 de Oh-chull boréals et des autres membres du Socialist Workers 'Alliance de Corée (SWLK), emprisonnement permis en vertu de la loi sud-coréenne de la sécurité nationale de1948.
La persécution

 de militants socialistes qui se battent pour les droits des travailleurs, et qui prônent la lutte des travailleurs tant dans le Nord et le Sud de la Corée est un signe de plus que la classe ouvrière est prise agressée par chaque Etat  capitaliste, qui prétend être «démocratique» ou «socialiste».

proteste contre l'emprisonnement

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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 18:46

Aujourd’hui, nous avons souhaité  revenir sur le bilan du gouvernement Obama, non parce que nous aurions imaginé que quelqu’un dans notre assemblée puisse être étonné par le bilan actuel, mais pour aborder un aspect que nous avons peu évoqué depuis pas mal de temps : le type d’idéologie mis en place par la classe dominante et son lien avec la question de la perspective de changement de société.  Nous pensons qu’il y a des questions nouvelles à éclairicir,et que ce qui se passe aux EU peut nous y aider …

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En effet, la crise économique constitue un facteur qui a un impact très important sur le prolétariat. Cet impact peut être celui de l’abattement, du découragement et du repli sur soi. Mais, s’il s’accompagne d’un questionnement sur les raisons de la crise, sur un refus de l’acceptation de sa logique et de ses effets, cet impact peut alors contribuer au développement de la conscience de classe. Ainsi, après nous être questionnés sur la crise économique, il était logique de revenir sur la manière dont la classe dominante allait tenter d’en désamorcer la potentialité de questionnement pour le prolétariat.  Et à ce titre, les thèmes de campagne d’Obama et son élection même allaient permettre de le présenter comme l’homme providentiel, renforçant ainsi un des outils idéologiques de maintien du questionnement dans le cadre de la logique capitaliste. De plus, il faut aussi souligner que cet impact idéologique a largement dépassé les enjeux et les frontières de la seule Amérique.

 

Aux Etats-Unis, l’ère Bush avait été marquée par la lutte contre le terrorisme et ses effets, à savoir, l’engagement sur le terrain militaire de nombreuses troupes américaines. Et si l’invasion en Irak avait semblé confirmer la suprématie américaine, la gestion de la présence des troupes sur le terrain irakien et afghan s’était rapidement transformée en un bourbier inextricable. Les cercueils de G. I’s revenant au pays, ainsi que les sommes pharaoniques englouties dans le budget miliaire faisaient enfler le mécontentement. De même, si la nation américaine s’est retrouvée unie contre un ennemi commun après les attentats du 11 septembre, les priorités du quotidien ont vite repris le dessus et le peu d’attention et de moyens accordés à l’accroissement du chômage, à la paupérisation ou aux sinistrés de la Nouvelle-Orléans ont participé à cette vague de mécontentement vis-à-vis de la politique globale menée par Bush. A travers le monde, la politique de la puissance dominante américaine alimentait aussi la question plus générale du sens dans lequel le monde évoluait. (Affirmer le pouvoir indiscuté du capitalisme et de son représentatnt, EU, ne suffisait plus). Un changement de discours s’imposait donc de manière urgente. Et la classe dominante internationale savait que la réponse qui serait donnée aux interrogations aux Etats-Unis servirait à renforcer l’idéologie dominante à travers le monde.

 

Obama était présenté comme  l’homme providentiel c’est-à-dire l’homme du changement réel : il  promettait un monde où les tensions impérialistes seraient davantage réglées par la diplomatie  que par l’engagement militaire ; une crise économique qui serait prise à bras-le-corps, qui punirait les banquiers avides et corrompus, où les dirigeants économiques incapables seraient sommés de venir rendre des compte (GM), le monde de la finance serait « régulé » ;  une attention plus grande serait consacrée aux plus défavorisés, aux victimes de la crise, un plan de couverture sociale serait enfin mis en place et, là où Clinton s’était cassé les dents, Obama arriverait à vaincre les résistances du congrès et des républicains ;  l’image de l’Amérique écornée par les  conditions de détention de Guantanamo et le scandale d’Abou Grahib serait restaurée par la punition des mauvais éléments et par la fermeture de la dite prison de Guantanamo. Et enfin, suprême et délicieuse promesse : tout redeviendrait à nouveau possible, au travers du fameux slogan « Yes, we can », concentré magnifique du feu rêve américain et d’une illusion que le système économique et social capitaliste ne connaissait aucune limite autre que celle de l’incompétence de ses dirigeants. La personne même d’Obama, de race noire, confirmait que « tout est possible ». Bref, Obama nous promettait un autre capitalisme: un capitalisme propre et raisonnable, contrôlé et tolérant. Aux esprits chagrins qui commençaient à se demander où allait le monde, déchiré par ses contradictions économiques et guerrières, aux révolutionnaires venant poser la question de la perspective historique et de l’émergence d’une nouvelle société, Obama venait donner cette réponse : oui, un autre capitalisme est possible.

 

Bien évidemment, du discours à la pratique, les choses ne se passent pas comme annoncé. Mais Obama ne se départit pas de son bon vouloir et de sa détermination. Simplement nous dit la classe dominante, a-t-il dû mettre un peu d’eau dans son vin, doit-il prendre davantage de temps, doit-il faire face aux résistances des ennemis politiques. Face à la désillusion et donc, à la possible reprise d’un questionnement sur le fonctionnement réel et la cause réelle des problèmes,  la classe dominante tente de déplacer les enjeux illusions/réalité sur une autre alternative qui est celle du modèle de changement réel d’Obama opposée au refus de changement d’autres fractions politiques. Ce déplacement de l’alternative a pour but, à nouveau,  de faire en sorte que les limites réelles et la logique réelle du fonctionnement capitaliste ne soient jamais questionnés.

 

Cela fait plusieurs années que nous  soulignons que l’utilisation de l’arme idéologique ne se fait plus à travers de grands thèmes de mobilisation qui viendraient détourner des préoccupations réelles ou qui serviraient d’écran de fumée mais bien en réponse à ces préoccupations quotidiennes.  Auparavant, la social-démocratie donnait une réponse en terme d’alternative sociétale. Mais nous constatons aujourd’hui que ce type de représentation du monde, liée au modèle de fonctionnement des sociétés staliniennes et à leur faillite, ne constitue plus une perspective crédible sur le plan idéologique. Le type de réponse actuellement porté par la classe dominante n’est donc plus celle d’une perspective de société socialiste mais de société capitaliste à visage humain  (de s’occuper de l’humain dans le cadre du système ; c’est la question de l’homme, de sa survie, et d ela survie de la planète, qui sont posées). L’opposition traditionnelle gauche/droite, socialisme/libéralisme a fait place à l’opposition capitalisme débridé/capitalisme régulé. Il y a deux aspects dans cette nouvelle donne idéologique : d’une part, elle marque la désillusion par rapport au modèle dit socialiste. Mais, en même temps, elle vise à renforcer l’idée que le capitalisme a toujours existé, qu’il est le système mondial unique et que lui seul permet de faire fonctionner le monde économique et social. Il n’y a plus aucune alternative en-dehors de ce système. Et c’est là l’arme idéologique la plus pernicieuse sur laquelle nous avons à nous pencher, que nous avons à démontrer parce qu’elle se relie directement à la question de la perspective historique, point de faiblesse actuel dans le processus de prise de conscience.

D’une certaine manière, la situation grecque est une illustration de cette contradiction et de cette impasse. A la fois, on assiste à un développement de l’opposition sociale face aux mesures d’austérité décidées par le gouvernement. Ces protestations sont parfois très radicales, voire violentes. Et, en même temps, le discours, dans ces mêmes manifestations, est de dire qu’il faut, cette fois, que les mesures d’austérité soient efficaces pour que l’économique grecque ne poursuive pas son enfoncement inexorable dans la faillite et son implication de désastre social.

 

L’idéologie aujourd’hui consiste à prendre en compte toutes les questions et toutes les inquiétudes qui traversent la société et à leur donner des réponses qui ne remettent pas en cause la logique de fonctionnement et de penser du capitalisme. Par exemple, face aux inquiétudes écologiques, Obama – comme d’ailleurs la majorité des dirigeants de la planète -  prend l'engagement d’investir dans des énergies alternatives et de se soumettre aux conventions internationales. Devant la grogne sociale qui monte face à la dégradation des conditions de travail, devant l’opposition croissante à l’engagement militaire, là aussi, le discours idéologique n’est pas de détourner l’attention, comme c’était le cas auparavant, mais de donner des réponses sur le terrain même du mécontentement.(comment ? c’est mieux si tu peux être plus concrète)

Et cette manière de répondre au questionnement sur les perspectives, si elle est matérialisée aujourd’hui par l’élection d’Obama, n’est pas neuve. Depuis pas mal d’années, (mais alors, pourquoi en parle-t-in aujourd’hui ?? qu’y a-t-il de nouveau ??) la classe dominante a décliné cette manière de faire sous toute sorte de formes. L’une d’elle a été le mouvement alter-mondialiste. Né dans la nébuleuse mêlant anti-mondialistes et anti-capitalistes, le mouvement alter-mondialiste a été la récupération (est une réponse à ?? je déteste tout ce vocabulaire de « récupération du questionnement » …) de ce questionnement sur la nécessité d’un autre monde. D’autres courants, comme celui du capitalisme « vert » ont constitué un matraquage de réponses concrètes et logiques à des préoccupations sur les implications du  fonctionnement économique. De même, le développement du « commerce équitable » qui prend une ampleur sans cesse plus grande (il faut souligner que, même des enseignes commerciales s’adressant aux populations plus défavorisées comme Lidl, proposent leur gamme de produits équitables). Ce commerce équitable, au départ mélange de préoccupations bio et de bonne conscience petite-bourgeoise (pourquoi petite-bourgeoisie ?? Tout le monde pense, à juste titre, que tout travail mérite salaire) est venu se placer dans le questionnement sur l’exploitation effrénée exercée par la production capitaliste. Il y a donc là une utilisation particulière de l’idéologie qui n’est plus une mobilisation sur des thèmes de détournement (est-ce que l’idéologie a jmais porté sur des thèmes de détournement ?? les thèmes étaient différents, c’est tout ; et c’est cela qu’il faut comprendre ; aujourd’hui, c’est la façon dont on produit, dont on se soigne, etc…) mais des adaptations idéologiques (et parfois pratiques puisque le commerce équitable constitue une véritable nouvelle niche commerciale et les énergies renouvelables, une véritable aubaine pour la création de nouveaux marchés) à des questions réelles quant aux perspectives. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer les discours de campagne d’Obama et l’élan qu’il a suscité à travers le monde.

 

La question de la perspective historique est cruciale dans la période actuelle. En effet, on assiste, depuis plusieurs années à travers le monde, à une situation de mécontentement social et d’agitation sociale parfois explosive. Néanmoins, une des faiblesses fondamentales de ces mouvements est l’incapacité à dégager une perspective sortant du cadre de référence capitaliste. C’est une situation qui nous donne une impression particulièrement aiguë de répétition et d’impasse et qui pèse très certainement sur le milieu révolutionnaire, provoquant, tantôt des réactions d’activisme, tantôt de défaitisme allant même jusqu’à nier l’existence de toute lutte de classe. Il n’y a actuellement aucun lien entre la question des perspectives posée en négatif : non, le fonctionnement global actuel n’est plus possible, et les mouvements de classe dont l’issue pourrait amener vers une ébauche de perspective en positif. Des affrontements de classe parfois très radicaux ne débouchent invariablement que sur l’illusion d’un allègement de l’exploitation. Et c’est pour maintenir cette situation que la classe dominante nous matraque  avec des solutions « capitalistes » toujours plus performantes, tant dans les modèles de gestion économique et politique que dans les comportements concrets.

 

Un autre aspect de cette arme idéologique est son aspect majoritairement individuel. Ainsi, au niveau politique, la solution vient d’un nouveau dirigeant : les présidents de gauche élus en Amérique latine ; Obama… Au niveau économique, le remplacement des dirigeants incompétents et corrompus par des individus honnêtes ayant à cœur le bon fonctionnement de leur entreprise. Pour réduire l’exploitation capitaliste mue par la nécessité du profit, chacun est invité à faire un effort individuel : acheter des produits plus chers pour que les producteurs soient moins exploités. Il ne s’agit plus d’un rapport d’achat et de vente médiatisé par le capitalisme mais d’un lien individuel entre un producteur et un consommateur laissant à l’extérieur de leur transaction la marge bénéficiaire restée inchangée du capitaliste qui régit l’échange. Pour réduire l’impact écologique du rapport capitaliste à la nature, là aussi, nous sommes invités à donner une réponse individuelle : prendre notre vélo, remplacer notre brosse à dent électrique par une brosse à dent manuelle, remplacer les ampoules électriques, éviter d’imprimer des feuilles inutiles … Tout est ramené à une question de bon comportement, de responsabilité individuelle. La société n’est plus qu’une société de consommateur omnipotents. C’est d’eux et d’eux seuls que viennent les problèmes ou leur amélioration. Et la logique de fonctionnement du capitalisme est soigneusement laissée en-dehors de cette vision.

 

Nous savons que la conscience de classe est avant tout une conscience collective. Le pouvoir d’action du prolétariat est, lui aussi, une action collective. Déjà, avec la recomposition du prolétariat, il est devenu difficile de sentir l’élément collectif et commun qui délimite l’appartenance de classe et définit l’antagonisme avec l’autre classe. Mais, la réponse systématiquement individuelle qui est donnée aux problèmes de fonctionnement économique et social vient encore renforcer cette difficulté à penser les choses en terme collectif et global.

 

La période actuelle souligne une fois de plus la nécessité pour les révolutionnaires, de remettre la question des perspectives de changement de société sur le tapis.

Pour Marcuse, le capitalisme a fait de l’homme un homme unidimensionnel et l’idéologie actuelle tente de lui forger une pensée et une vision elles aussi unidimensionnelles : celle du capitalisme. Parler des perspectives est donc favoriser la capacité à penser les choses en dehors de cette compréhension unidirectionnelle. Trop souvent, nous nous sommes contentés, soit, de regarder avec mépris certaines tendances existantes comme celles du commerce équitable ou de l’écologie sans comprendre à quoi elles correspondaient et donc, sans en faire une critique argumentée.  PI a tenté d’approfondir la compréhension des racines du fonctionnement du capitalisme et, entre autres, l'omniprésente de la loi de la valeur et de son impact sur la conscience politique du prolétariat. A ce titre, nous pouvons vous signaler que le nouveau numéro de PI contient un nouveau débat sur la question de la conscience et de ses rapports avec l’idéologie, l’aliénation et  la réification.

 

Les années 90, étaient celles du rejet de la politique. Fermeture des librairies politiques, désintérêt pour l’héritage politique du prolétariat, cynisme ambiant et « bof génération », la question des perspectives se résumait souvent dans le « no future » (contrastant avec l’époque post-68, où les livres de Marx trainaient sur tutes les tables …).

Aujourd’hui, même si le taux de suicide confirme que l’angoisse ambiante ne mène pas nécessairement au développement du questionnement, on voit réapparaître un intérêt pour l’œuvre de Marx, des marxistes (mêmes universitaires), des philosophes (Gunther Anders par exemple).

 

Notre contribution, en tant que révolutionnaires, est donc de pouvoir présenter une alternative au capitalisme. Une société dégagée de la loi de la valeur, dégagée des modèles socialistes staliniens, suffisamment crédibles pour apparaître comme une perspective historique réalisable mais sans toutefois tomber dans les recettes en imaginant comment le quotidien d’une société communiste pour organiser la vie des êtres humains. Nous avons à dégager les grandes lignes d’un fonctionnement hors capitalisme en sachant que cette perspective est une perspective à la mesure du temps de l’évolution de l’humanité et non de notre temps individuel. Nous avons donc à faire confiance à la créativité de notre classe lorsqu’il s’agira de penser son quotidien dans un processus révolutionnaire mondial. Notre contribution se place davantage dans la contribution au processus qui, nous l’espérons, mènera peut-être à la révolution et c’est dans cet esprit que nous avons souhaité reprendre la question de l’idéologie par le biais des espoirs portés par Obama.

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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 18:42

Réponse à RC

La revue Présence Marxiste[1] consacre un article « Les infortunes des concepts d’aliénation et de réification » (Présence marxiste n° 83 – août 2010) à notre réflexion parue dans PI 53 concernant la réification.

 

J’ai donc lu cet article qui pourfend les positions que nous défendons.  Il s’agit d’un véritable anathème.

RC  se réclame de la trinité: Marx-Lénine-la gauche communiste.

Mais quel Marx? Certainement pas le Marx des « Manuscrits de 1844 » ou les « Thèses sur Feuerbach », et pas le Marx des « manuscrits pour le Capital ».

Quel Lénine? Pas le Lénine pendant la guerre, mais le Lénine de « Matérialisme et empiriocriticisme », ce chef d’oeuvre du positivisme.

Et quelle Gauche?  Pas Ruhle, ça c'est vrai. J'imagine Bordiga, avec son conception du parti et de la conscience.

 

En fait, il me semble que pour RC la trajectoire du capitalisme, son développement, était terminé en 1848 ou peut-être en 1871, et que nous sommes encore dans la même période, avec une classe ouvrière invariable et une civilisation capitaliste qui est aussi exactement le même qu'hier.

 

Bien sûr, cette vision ne rencontre pas celle de ceux qui considèrent que le capitalisme n’a pas changé, où que les changements fondamentaux du capitalisme ont pris fin à la moitié du 19ème siècle, instaurant ainsi une invariance socioéconomique, ouvrant la porte à une appréciation statique de l'histoire, où le prolétariat ne parvient toujours pas à apparaître en tant que sujet historique.

Le prolétariat, et son parti, en sont ainsi réduits à utiliser des tactiques afin de s'adapter aux avancées du capital. Le prolétariat y est perçu comme essentiellement « trade unioniste », incapable de développer une compréhension de classe des événements. Il doit donc continuer à faire un front tactique avec la bourgeoisie.

Approche qui ne tient absolument pas compte de la réalité historique telle que nous pouvons l'entrevoir. Elle dénature en quelque sorte la démarche marxiste en confondant une projection théorique idéalisée, transformant ainsi l'effort de théorisation en schémas non vérifiables, si ce n'est par le discours programmatique lui-même.

 

 

Pas question de se focaliser sur la défense de l’orthodoxie.  Je suis un peu comme Chavée, un poète surréaliste borain, qui m’a transmis l'expérience de liberté d'un « vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne ».  Je n’ai pas la prétention d’être le thuriféraire d’une quelconque idéologie.

 

RC résume correctement l’article.  A la p 2975 de PM, RC rappelle la démarche de l’Ecole de Frankfurt[2].  Il s’agit d’un bon passage.  Je  récuse l’accusation d’Adorno porté contre Marx de prôner un matérialisme mécaniste, et en cela, je rappelle l’approche dialectique de Marx.  Ma conclusion pose la question fondamentale du devenir initial de cette école de Frankfurt : l’abandon du concept de lutte de classe comme élément révolutionnaire. 

Marx est bien le penseur de la liberté qui tient compte des contingences matérielles, contrairement à l’idéalisme de Kant.  Effectivement je met en évidence la dimension humaine du communisme, et cela, sans restriction aucune.  En cela je me réfère à Marx.

Mais il exact que PI n’a pas la prétention d’assumer une quelconque continuité avec « le programme communiste », définit en dehors de tout contexte de luttes prolétariennes. 

 

Les critiques de RC

Cependant, dès le départ, RC jette la confusion.  Il prétend que PI défend que «… ce n’est plus par la contrainte brutale aux premiers de son accumulation que le capitalisme empêche les prolétaires d’agir et de penser collectivement : c’est par la consommation et la culture de masse organisées par l’Etat bourgeois ».  p 2969 de PM.

Il ne s’agit pas d’une citation, mais d’une assertion de la part de RC.  D’ailleurs, assez paradoxalement, RC ne cite jamais le texte, malgré les critiques qu’il formule.

Contrairement à ce que pense RC, PI estime que l’évolution en cours ne signifie pas rupture avec le fondement de l’accumulation.  Ce que pointe PI est effectivement un changement, mais qui ne remet en rien en cause les bases du rapport marchand et son accumulation historique sous le capitalisme.

 

A la p 2970 de PM,  RC suggère, en faisant l’amalgame entre CCI, PCI et PI, que notre conception de la lutte de classe relève d’une explication « idéaliste » de la lutte de classe : « La lutte prolétarienne est dirigée contre la structure sociale…, c’est la lutte pour le bénéfice de toute la classe…, c’est la lutte pour le pouvoir. »

RC se démarque de cette position en affirmant « l’inexistence du prolétariat ».  Le prolétariat n’a pas d’existence sociale, donc pas de lutte de classe.  Le capital dissout la lutte de classe.

La domination du capital sur le travail est à son comble, pour RC.  Il prétend que les ouvriers « n’anticipent pas la destruction de la propriété privée, l’abolition des rapports de classe ».  En affirmant cela RC met en avant « un vieil idéal ».

Manifestement, il s’écarte de la possibilité de comprendre ce qui se passe au profit d’affirmations livresques coupées de la réalité.  (Il se place effectivement à l’extérieur d’une praxis propre au mouvement révolutionnaire).  Il adopte une posture idéaliste au profit de la défense de la notion « Parti ».

 

RC s’engage ainsi dans un faux débat.  Effectivement, il tient à réaffirmer l’orthodoxie du parti de classe.  La polémique qu’il développe ne porte pas sur la compréhension de la réification, mais sur la divergence profonde qui nous sépare sur la question du parti.  Et cette divergence n’est pas neuve[3].

 

La fin du MPC n’a rien de l’obligation morale, comme le prétend RC à la p 2979 de PM.  Il dépend des contradictions internes du capital, contradictions exacerbées par la lutte consciente des prolétaires.  Faut-il reconstruire le marxisme ? 

Je critique le déterminisme parce qu’il dénie toute fonction à l’action créatrice du prolétaire et qu’il réduit cette action à l’attentisme réformiste, cher à M. De Man.  A la p 2980 de PM, après avoir fait l’amalgame avec le CCI et le PCI, RC me compare à Henri De Man, social-démocrate réformiste belge, qui critiquait la lutte de classe.  Celui-ci, sur sa lancée, a collaboré avec l’occupant allemand.

Si je puis accepter la connotation d’une dérive libertaire, voir marxiste libertaire pour caractériser ma démarche et ma compréhension de Marx – je me revendique malgré tout toujours d’un communisme des conseils – par contre je ne comprends pas la référence à De Man.  National socialiste, adhérant ouvertement au début de la seconde guerre mondiale à l’idéologie de l’occupant, son « approche » de Marx n’a rien d’humaniste, voire même d’idéaliste.  Ce qui n’est pas le cas de Vandervelde, autre dirigeant du POB, qui a consacré un ouvrage de critique idéaliste du marxisme, pour justifier le réformisme.  La critique en a été faite dans PI.

 

Les systèmes explicatifs qui sont proposés ainsi réduisent l’action possible de l’homme à l’utilisation de technologies au profit de buts parcellaires, à l’utilisation de préceptes moralisateurs, en guise d’éthique, proposant une vision normative de l’intervention de l’homme, relevant de l’école kantienne, reléguant l’action de l’homme à l’impuissance.

Il ne s’agit pas d’effectuer ici une démonstration propre aux sciences naturelles, mais de mettre en évidence le processus de compréhension propre à une démarche matérialiste et d’en apprécier la pertinence.

 

Peut-on affirmer que la situation présente de l’homme soit récurrente ?  Une telle affirmation ne tiendrait pas compte de l’évolution – évolution biologique, évolution sociale, évolution économique, évolution politique.  On peut parler d’évolution historique où divers facteurs interviennent.  Mais comment aborder cette évolution ?  La ligne évolutive entend qu’il y ait un point de départ, un point d’arrivée.

Cela signifie qu’existe un concept initial qui permet d’expliciter cette évolution.

Mais faut-il, pour comprendre la situation présente, poser la question de l’origine au risque de tomber dans une démarche eschatologique ? 

On peut lire l’histoire comme une perte : perte du Paradis, « l’homme a été chassé du paradis terrestre, parce qu’il voulait savoir », perte du communisme primitif.

 

Cela signifie qu’il s’agit de retrouver ce qui a été perdu. 

La notion de « mission » chère aux partitistes, se comprend ainsi.  Tout était présent dès le début.  L’évolution n’est pas prise en considération.  La compréhension matérialiste est absente au profit d’une appréciation idéaliste d’un accomplissement déterminé par une transcendance, d’ordre divine ou de l’ordre du Parti immanent, à nécessité messianique.  

 

 

Mais une autre lecture existe, matérialiste celle-là.  Les changements observés sont le résultat des choix de l’agir humain confronté aux exigences d’une situation historique.  L’homme réagit en fonction de capacités intrinsèques qu’il développe en tentant de se dégager de l’animalité, de la soumission à la nature, de la dépendance au rapport marchand qui s’est imposé par l’instrumentalisation de l’activité créatrice, comme le montre Marx.  L’homme se révolte, comme le rappelle Camus, afin d’affirmer, contre la réification, son choix de sujet.  

La réification empêche l’action en tant que sujet.

Il s’agit de la chosification, de l’objetisation de l’homme, à savoir, le fait que l’homme perde sa faculté de choix.  Aujourd’hui, l’individu consommateur a de moins en moins de choix.  C’est cela le changement de la postmodernité que je décris.  Sur le plan politique, l’esclavage est l’expression extrême de cet état.  La démocratisation, avec le jeu électoral, en est une autre illustration. 

L’aliénation touche le devenir existentiel en insistant sur le particulier au détriment du général, elle empêche de faire lien et de laisser apparaître l’expression du sujet.

 

RC pose par après la bonne question de la compréhension du processus révolutionnaire.  Mais à vouloir insérer les concepts dans des catégories, RC en arrive à séparer des éléments pour construire des catégories propres aux sciences bourgeoises : économique, social, politique.

Action critique, la révolution ne peut être que consciente en s’organisant afin que le sujet révolutionnaire puisse advenir en niant de manière radicale le rapport marchand.

 

RC extrapole rapidement, en évitant de poser le problème.  Si effectivement, le parti a réponse à tout, s’il organise la lutte, du moins théoriquement dans les écrits de RC, celui-ci élude la question du passage de cette lutte « économique » à la lutte « politique ».  Par contre, RC fait surgir tout à coup le concept d’Etat prolétarien comme garant d’un passage à une autre société.  Comme quoi le Parti ne pourrait pas tout faire.  Mais RC ne fournit aucune justification à la nécessité du développement d’un organe de classe bourgeois issu de l’ancien régime.

 

Des précisions sur notre compréhension du processus révolutionnaire

 

A la p2977 de PM, RC traite cette fois-ci ma vision de conception esthétique de la révolution.  Si effectivement, le rôle du parti n’est pas abordé, par contre il est faux de prétendre que cette vision ne tient  « pas l’action des lois économiques du capitalisme conduit inéluctablement celui-ci à sa perte ».  Mais j’ajoute que ce sera l’œuvre des prolétaires en révolution. 

Et je précise que cette œuvre révolutionnaire se réalisera de manière organisée et consciente.

Et contrairement à la démarche communisatrice, je défends l’importance de ce processus d’organisation et de conscience qui se déroule concrètement au sein des luttes. 

La perturbation du rapport marchand

La grève, par l’arrêt de la production, du travail, bloque le rapport marchand.

Sur le plan privé, cette situation réintroduit le lien.  La solidarité de fait permet de repousser l’aliénation, et déplace l’activité potentielle vers l’espace public.  La grève instaure de nouvelles relations politiques et relègue la réification par l’établissement d’une « démocratie » directe, grâce à une activité critique.

D’où l’importance accordée aux luttes, l’analyse que nous en faisons afin d’en tirer les leçons.

Ce mouvement implique le développement d’une prise de conscience sociale permettant la mise en place d’une nouvelle activité, créant un nouvel espace où la solidarité reste présente.

La prise de conscience se réalise à partir de la réalité de la mise en place de nouveaux rapports sociaux, de la compréhension nouvelle que cela implique, créant ainsi la possibilité d’une activité critique à partir des liens de solidarité émergeants.  Il s’agit effectivement d’un mouvement politique qui doit s’organiser dans le cadre des organes – conseils, comités, - qui se manifestent durant le processus en cours.

 

Le processus de prise de conscience, s’il est activé par la lutte pour de nouveaux rapports sociaux, est soutenu par la nécessité d’une compréhension nouvelle, plus générale, plus globale, d’un savoir plus approprié où les communistes ont à intervenir, pour que puisse se constituer les sujets conscients et solidaires.

FD

 

 

 

 



[1] Présence Marxiste.  Contacts : Robert Camoin.  MONTEIPDON. F - 63440 SAINT PARDOUX.

[2] Nous n’avons pas connaissance de l’ouvrage intitulé « Sur les concepts marxistes d’aliénation, d’être générique et de communauté humaine ».  Manifestement, c’est un manque.  Il ne s’agit pas d’un ostracisme.  Et si nous abordons ce problème, c’est justement en dehors de ce fameux concept de « coupure épistémologique » défendu par Althusser. 

 

[3] J’ai été influencé, avant mai 68, par le communisme de conseil.  Et lorsque dans les années 1974, le CCI qui venait de se constituer, a accepter notre adhésion, RC s’était déjà opposé prétextant notre filiation libertaire.  Je ne me rappelle pas sur quelle divergence RC a quitté le CCI par après.  Mais, à Bruxelles, nous avons approfondi la question de la conscience de classe, et lorsque le CCI a commencé son « involution » léniniste, nous nous sommes opposés ouvertement, en constituant une tendance interne, avant d’être mis à la porte en 86-87.  Depuis nous avons constitué PI, en nous réclamant de la plateforme politique du CCI, jusqu’au numéro 27 de PI.  Robert, alors qu’il publiait Jalons nous a rejoint un petit moment, pour disparaître et lancer sa publication actuelle.  On peut se référer à PI 25 ans après, publié sur notre blog : http://ippi.over-blog.com/

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Mardi 16 novembre 2010 2 16 /11 /Nov /2010 18:08

COMMENT BRISER L’ALIENATION ?

Expose de la RP à Paris, octobre 2010

 

 

Inexistence de la lutte de classe ; inessentialité du prolétariat ; période de contre-révolution… voici quelques éléments qui circulent au sein du milieu révolutionnaire comme tentative de comprendre la situation actuelle et en particulier celle de la perspective historique.

De son côté, P.I. tente, lui aussi, d’apporter ses petits cailloux à l’édifice (soyons modestes !) et a relancé la question de la conscience de classe, de sa nature et de son développement mais aussi celle des écueils au développement de cette conscience politique.

C’est sous l’angle de ce dernier point que nous proposons de lancer le débat de cet après-midi : à quel type d’aliénation le prolétariat est-il confronté aujourd’hui ; comment pouvons-nous comprendre l’impact de cette aliénation sur le processus de conscience et de lutte prolétariennes ? ; la conscience peut-elle se développer malgré tout et quel rôle les minorités révolutionnaires ont-elles à jouer dans cette dynamique ?

 

Nous avons décidé de reprendre ces questions pour plusieurs raisons : d’une part, parce qu’elles sont fondamentales par rapport à la perspective historique et à la manière dont nous pensons notre activité de minorité révolutionnaire ; ensuite, parce que personne ne peut se contenter de réponses qui ne seraient que des affirmations non démontrées, des actes de foi. Ainsi,  PI ne pense pas  que la conscience émerge de manière inéluctable et automatique de l’aggravation des conditions de vie et de travail du prolétariat ni que le prolétariat développera sa conscience politique au nom d’une prétendue «mission historique ». PI ne pense pas non plus que le projet révolutionnaire sera mis en œuvre par le prolétariat dirigé par un Parti ou par une quelconque minorité révolutionnaire.

 

On ne peut poser la question de la conscience de classe hors de son contexte politico-social. Nous avons donc à la définir en lien avec le développement de la crise économique, de l’aggravation des conditions de vie et de travail mais aussi avec le développement sans précédent de l’aliénation et de la réification.

En fonction de ce contexte, la conscience de classe ne peut se comprendre que comme un processus heurté, complexe mais aussi fait de stimuli multiples.

 

 

Tout d’abord, il nous faut revenir sur quelques concepts : celui de mystification, d’aliénation et de réification.

 

Si on peut définir la mystification comme un phénomène d’embrigadement dans de fausses questions ou de fausses réponses, et l’aliénation comme une déprivation de soi-même, c’est le phénomène de réification qui retiendra notre attention. Aliénation et réification sont caractéristiques de l’époque du mode de production capitaliste ; l’aliénation est une conséquence de la réification et la réification est le reflet  du rapport social global capitaliste.

 

Nous connaissons la définition que donne Marx de la réification : « où des relations sociales entre les personnes sont inversées et apparaissent comme des relations entre des choses ». Dans «l’homme-marchandise » (t. II Economie – économie et philosophie p. 106), Marx précise : « Dans la personne de l’ouvrier, il se révèle subjectivement que le capital, c’est l’homme qui s’est perdu complètement ; dans le capital, il se révèle objectivement que le travail, c’est l’homme vidé de sa substance humaine. (…)L’ouvrier produit le capital, le capital le produit ; il se produit donc lui-même et, en tant qu’ouvrier, en tant que marchandise, l’homme est le produit du mouvement dans son ensemble. (…) La production ne produit pas seulement l’homme comme une marchandise, la marchandise humaine, l’homme destiné au rôle de marchandise, elle le produit, conformément à cette destination, comme un être déshumanisé aussi bien intellectuellement que physiquement. ».

 

L’élément fondamental à l’origine de la réification est la structure marchande et le fétichisme de la marchandise. Il s’agit d’un problème spécifique de notre époque et du capitalisme moderne. Et c’est pour tenter d’être au plus près de la compréhension de la période actuelle que nous nous sommes penchés de manière spécifique sur ce concept de réification.

 

Au départ des échanges commerciaux, à l’aube du mode de production capitaliste et dans les modes de production antérieurs, la valeur d’échange n’a pas encore de forme indépendante, elle est encore directement liée à la valeur d’usage. La production a pour but la valeur d’usage et non la valeur d’échange et ce n’est que parce qu’elle dépasse la quantité nécessaire à la consommation que les valeurs d’usage cessent d’être des valeurs d’usage pour devenir des moyens d’échange, des marchandises.

 

Au départ aussi, dans les communautés primitives, l’échange ne se passe pas au sein de la communauté mais  dans l’interaction avec d’autres communautés.

Le fait que l’échange se fasse désormais au sein même de la communauté ainsi que l’existence d’une production exclusivement centrée sur le commerce et l’échange constituent donc un tournant qualitatif qui marque la société capitaliste. Cette société est désormais dominée par la marchandise qui constitue une sorte d’objectivité. Le rapport marchand va constituer le prototype de toutes les autres formes d’objectivité et de toutes les formes correspondantes de subjectivité dans la société bourgeoise. Comme nous l’avons souvent souligné, la forme marchande va pénétrer toutes les manifestations vitales de la société et les transformer à son image.

 

Mais la différence qualitative entre la marchandise comme forme des échanges sociaux entre les hommes et la marchandise comme forme universelle qui façonne la société ne se montre pas seulement dans le fait que la relation marchande exerce  une influence négative sur l’édifice et l’articulation de la société. Ainsi, l’activité de l’homme s’objective en devenant une marchandise soumise à une objectivité. Et comme le disait Marx dans la citation que je vous ai présentée, la force de travail prend pour le travailleur même la forme d’une marchandise lui appartenant. L’universalité de la forme marchande conditionne donc tant sur le plan subjectif  qu’objectif, une abstraction du travail humain qui s’objective dans les marchandises.

 

Il en résulte une rationalisation croissante, une élimination toujours plus grande des propriétés qualitatives humaines et individuelles du travailleur. Même ses propriétés psychologiques sont séparées de l’ensemble de sa personnalité et sont objectivées par rapport à celle-ci pour pouvoir être intégrées à des systèmes  rationnels.

 

Le morcellement en différentes étapes et en opérations partielles, abstraitement rationnelles, qui organise le processus de production capitaliste  disloque la relation du travailleur au produit comme totalité, réduisant son travail à une fonction spéciale et qui plus est, de plus en plus interchangeable.

L’essence de la structure marchande repose sur le fait qu’un rapport, une relation entre personnes prend le caractère d’une chose. Voici comment agi le capitalisme : il remplace par des relations rationnellement réifiées les relations originelles qui dévoilaient davantage les rapports humains.

 

Forcément, la structure sociale se calque sur ces nécessités objectives et rationnelles. L’Etat est désormais une entreprise et gère les individus comme les stocks d’une entreprise.  La rationalisation formelle du Droit, de l’Etat, de l’Administration implique objectivement et réellement une décomposition de toutes les fonctions sociales, une recherche des lois rationnelles et formelles régissant ces systèmes partiels. Les questions sont traitées de façon objective avec un mépris de plus en plus grand de l’essence subjective des choses.

 

Sans vouloir réduire les nouvelles technologies à ce seul aspect, le phénomène de réification est encore renforcé par le développement technologique qui tend à faire passer l’idée que les outils de la technologie moderne posséderaient des caractéristiques et des qualités humaines, renvoyant d’autant plus l’individu à son statut d’objet parfois obsolète.

 

Aujourd’hui, la société technologique a organisé le monde, la nature et l’homme sous forme d’objets et d’instruments.   La technologie est devenue un véhicule de la  réification – une réification qui est arrivée à une forme très achevée avec son corollaire d’efficacité sur le plan idéologique.

 

En effet, la pénétration de la valeur d’échange et de son corollaire, le phénomène de réification, ont un impact sur la subjectivité humaine. Ils  ont transformé progressivement la perception que les êtres humains avaient d’eux-mêmes, de leur identité et de leur place dans les liens et les rapports sociaux. Les propriétés et les facultés de cette conscience de soi ne se relient plus seulement à l’unité organique de la personne mais, sous le poids de la réification,  elles apparaissent comme des choses et ceci imprime toutes les relations des hommes d’eux à eux et entre eux.

 

Je ne développerai pas cet aspect mais je voudrais quand même signaler qu’au niveau du fonctionnement psychique individuel, le développement des fonctionnements dits «états-limites » et caractérisés par une difficulté à reconnaître le lien et l’altérité, une fragilité identitaire ainsi qu’une tendance à cliver, à isoler différentes parties de la personnalité pour en éviter les conflits internes et les contradictions,  sont, pour moi, le reflet direct de la réification. Et il y aurait de longs développements à faire sur cette question.

 

Lorsqu’on reprend la définition du phénomène de réification, on peut davantage comprendre le type de difficultés auxquelles le prolétariat, dans sa prise de conscience et son activité de classe, se confronte. Cette «chosificationn » dans laquelle le rapport social capitaliste place le travailleur collectif, induit  une attitude passive, une difficulté à mobiliser ses ressources de conscience critique et de créativité. Réduit au statut d’objet, le travailleur collectif a aussi une difficulté à se vivre dans une collectivité, donc, à percevoir une identité de classe vivante surtout dans tout le processus de transformation et de recomposition que le capitalisme impose aux classes sociales. Réduit à ce statut d’objet, le prolétariat a des difficultés à prendre l’initiative et a faire plus que seulement réagir  lorsque des conditions de travail ou de vie lui rendent celles-ci insupportables.

 

Pouvoir passer de la lutte défensive à la réflexion critique sur le monde et à la capacité de pouvoir imaginer un autre fonctionnement social, implique que le prolétariat sorte de cette réification qui le place dans la passivité et le prive de sa capacité à percevoir les contradictions dans lesquelles le mode de production capitaliste le place.

 

Alors, la question est comment se dégager du poids de la réification et quelle classe ou groupe social présente-t-il le plus de potentialités pour le faire ?

 

Un premier élément est que si la réification donne forme aux rapports sociaux et aux identités, les individus ne se réduisent pas à cette aliénation. L’être humain ne peut se réduire à sa propre subjectivité. De plus, celle-ci est une entité beaucoup plus complexe.

 

On peut prendre en exemple la psychopathologie : un individu voit son comportement totalement influencé par son aliénation mentale mais il ne devient pas son aliénation. Il reste un être humain avec des zones de fonctionnement psychique parfois préservées de la pathologie et mobilisables. Sa pathologie peut aussi régresser, se transformer, voire disparaître.

 

Il en est de même pour les individus aliénés, réifiés : si le capitalisme et la loi de la valeur nous positionnent comme des objets, ce n’est pas pour ça que nous sommes réellement devenus des objets. On a souvent confondu le poids de l’aliénation avec son effet sur la réalité des ressources humaines.

 

Le mode de production capitaliste est basé sur la production de valeur. Et la classe qui produit cette valeur est le prolétariat. Elle constitue donc le pilier de la survie et du développement du capitalisme.

 

Néanmoins, le prolétariat est, par essence, porteur de contradictions dans ce système : d’une part, s’il est celui qui produit la valeur, il est aussi celui qui a le pouvoir direct d’arrêter cette production. A ce titre, il est l’indispensable allié du capitalisme mais aussi son pire ennemi.

 

D’autre part, il existe une autre contradiction au cœur du fonctionnement du capitalisme moderne. Pour que le cycle de valorisation se maintienne, le système est de plus en plus destructeur. Destruction de la nature par les procédés de production et les impératifs du profit, nécessité de détruire de la valeur excédentaire pour maintenir une pénurie artificielle et nécessité de détruire des masses considérables de capital variable sous la forme des guerres et des famines mais aussi de l’exclusion de pans entiers du prolétariat mondial.

 

Ce prolétariat se trouve donc dans cette absurdité où il n’est que de la marchandise «force de travail » tout en n’étant plus une marchandise pouvant circuler dans le circuit du travail et de la production. Nous ne sommes plus ici en présence d’une masse de chômeurs disponibles et réintégrables dans le circuit de production lorsque celle-ci en a besoin mais devant des masses de travailleurs vivant en marge du système productif tout en  n’ayant pourtant d’autre statut que celui de travailleur.

 

A nouveau, on peut revenir à Marx (l’homme-marchandise ; économie et philosophie, p. 106-Economie t. II) :

« Or, l’ouvrier a le malheur d’être un capital vivant, donc besogneux : pour peu qu’il ne travaille pas, il perd ses intérêts et jusqu’à son existence.  (…) L’homme qui n’est plus qu’un ouvrier n’aperçoit – en tant qu’ouvrier – ses qualités d’homme que dans la mesure où elles existent pour le capital qui lui est étranger. (…) Dès lors que – nécessité ou arbitraire – le capital s’avise de ne plus exister pour l’ouvrier, celui-ci cesse d’exister pour lui-même : privé de travail, donc de salaire, n’ayant en fait d’existence humaine que celle de sa condition ouvrière, il n’a plus qu’à disparaître, qu’à mourir de faim, etc. ».

 

Ce qui mobilise la pensée est la contradiction. Celle-ci pose une question et une question demande une réponse…

La nature contradictoire du prolétariat au sein même du mode de production, la contradiction que représente l’exclusion et dans laquelle se trouve une partie croissante du prolétariat mondial sont des éléments fondamentaux qui participent à la prise de conscience du fonctionnement du système et surtout, de son absurdité structurelle.

 

Revenir à la nature contradictoire des choses, donc vivante, non figée et globale, va à l’encontre de l’impact idéologique de la réification.

 

Un deuxième élément  est la lutte du prolétariat. Lorsque des mouvements se déroulent, nous tentons de les analyser dans leurs potentialités et dans leurs faiblesses. Mais nous oublions parfois que le mouvement lui-même, en-deça de ses caractéristiques, constitue un moment de rupture fondamental. Cette rupture vient temporairement mettre entre parenthèses la passivité dans laquelle les travailleurs sont placés, leur isolement et leur absence de pouvoir. Dans la grève, ils redécouvrent l’action, l’action collective et la solidarité, le pouvoir qu’ils ont sur la production, leur capacité à se dire quelque chose de leur propre situation. Et cette expérience constitue un élément qui participe, lui aussi,  au processus de questionnement et de prise de conscience.

 

Malgré un cours heurté, malgré l’existence de la contre-révolution, en dépit des périodes de calme social, les mouvements de protestation du prolétariat ont toujours eu lieu, reflétant cet antagonisme fondamental entre les intérêts de la classe capitaliste et les intérêts prolétariens.

 

 

Il n’y a aucune automaticité dans le lien entre crise et lutte de classe, mais la dégradation globale et mondiale des conditions de vie et de travail résultant de l’aggravation sans précédent de la crise économique mondiale sont porteuses d’une potentialité importante : celle de montrer le caractère global de l’exploitation et de la place qu’occupe le travailleur collectif dans le procès de travail. Cette dégradation concerne autant la qualité de la vie (on sait à quel point le mode de production capitaliste est destructeur pour l’homme et son environnement) que les conditions de travail, rendues sans cesse plus pénibles parce que servant la cause de la sacro-sainte rentabilité et productivité.

 

Un autre élément qui accompagne de façon significative le développement de la conscience politique du prolétariat est l’existence, en son sein, de minorités révolutionnaires et le rôle qu’elles jouent.

 

L’organisation révolutionnaire naît de l’hétérogénéité de la conscience de classe et de la classe elle-même : elle est une partie qui se détache de cette hétérogénéité pour assurer un rôle particulier : celui d’être une médiation entre passé et avenir, entre théorie et pratique.  Alors que la conscience de classe se développe de façon chaotique, avec des avancées et des reculs, l’organisation politique représente la continuité dans le lien entre but final et moment particulier.  Ce qui lui est spécifique c’est sa relation modifiée à ce lien : très souvent, la conscience de la bourgeoisie ou la conscience individuelle, psychologique comme le dit Lukacz, ne fonctionnent que dans l’après-coup c’est-à-dire qu’elle nécessite, pour se clarifier, le passage par une action concrète.

 

Dans l’organisation révolutionnaire, le lien dialectique qui unit théorie et pratique fait que c’est précisément cette théorie qui permet consciemment d’amener une action.  L’organisation a donc cette fonction particulière de montrer le plus clairement possible le lien entre le moment particulier et le but final, entre l’action particulière et l’action à mener dans l’intérêt de l’ensemble de la classe. En retour, l’action et son fondement théorique approfondissent le processus de clarification dans lequel l’organisation est engagée.

 

Aujourd’hui, on sent de façon encore plus nette l’importance de cette fonction de l’organisation : la classe perçoit confusément que la société capitaliste n’a plus grand-chose de bon à offrir, que l’emploi, l’avenir sont des données précaires…   La question du lien entre cette perception confuse et l’action qui doit en découler (donc, la question de la perspective générale), le lien entre la lutte de résistance quotidienne et l’action politique consciente, ainsi que l’importance pour la classe de se redéfinir comme classe sociale à part entière et véhicule du changement social, toutes ces questions qui sont au centre des préoccupations actuelles rendent la fonction de l’organisation comme outil de clarification encore plus cruciale.

 

Pour nous, la manière dont cette fonction s’exerce n’est pas de  donner des mots d’ordre, d’ « orienter » l’action du prolétariat pour le mener à un objectif déjà défini mais  notre fonction est essentiellement celle de mise en sens, de clarification, de liaison entre les différents moments de l’activité de notre classe.

 

Il y a deux mouvements contradictoires au sein de la classe : d’une part  une résistance au changement, à l’inconnu : c’est l’accrochage aux dernières miettes, à l’emploi, à l’outil, à la compétition qui règne entre travailleurs individuels ; d’autre part  la souffrance par rapport à ces conditions de vie et de travail, la révolte et la conscience que, au bout du compte, on se fera avoir…

 

Nous existons dans cette réaction de vie contre la mort et le désespoir engendrés par le fonctionnement social actuel. L’existence des minorités révolutionnaires reflète le processus dialectique par lequel la conscience de la nécessité de changer de société émerge d’une intensification de la pression de l’idéologie dominante : le besoin de chercher une autre voie est créé par l’approfondissement de « l’inhumanité » de la société capitaliste, et la recherche de la dimension collective vient en réaction de l’augmentation de la solitude, de la concurrence et de l’individualisme.

 

Avec l’approfondissement de la crise économique mondiale et de ses conséquences, avec le développement des contradictions dans lesquelles le prolétariat se trouve de plus en plus coincé, la tension entre les deux classes antagoniques risque de s’accroître avec son cortège de misère et de violences mais aussi de possibilités de mouvements prolétariens. Certains ont déclarés que la guerre des classes était devenue un concept obsolète ; la situation présente nous montre qu’elle n’a jamais été aussi aiguë.

                                                                                                                     

                                                                                                                     

 

 

 

 

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Perspective Internationaliste tient régulièrement des réunions de discussion, partie intégrante de son travail de stimulation d'un réel débat et d'une discussion autour des questions vitales auxquelles sont confrontés les révolutionnaires et la classe ouvrière. Pour des renseignements concernant la prochaine réunion, écrire aux adresses locales. Des réunions sont organisées à Bruxelles, Paris, New-York.

 

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PROCHAINE REUNION

Réunion publique de discussion organisée par Perspective Internationaliste.

 

Quelle société post capitaliste imaginons-nous ?

Cette réunion se déroulera à l’AGECA, 177, rue de Charonne, Paris 11ème,, à 15.30  heures, le samedi 9 juin 2012

 

QUI SOMMES NOUS ?

 

Perspective Internationaliste est une publication qui défend le Marxisme en tant que théorie vivante, capable d’aller à ses sources, de les critiquer, et de les développer au fur et à mesure de la trajectoire sociale historique. Dans cette optique,  Perspective Internationaliste se basant  sur les avancées théoriques de la Gauche Communiste, pense que sa tâche principale est d’aller au-delà des insuffisances et des faiblesses de la Gauche Communiste par un effort incessant de développement théorique. PI ne pense pas que cette tâche lui revient à lui seul, mais plutôt qu’elle ne peut être accomplie que grâce au débat et discussions avec tous les révolutionnaires. Cette vision conditionne la clarté de sa contribution à la lutte et au développement de la conscience de classe du prolétariat. PI n’a pas pour but d’apporter à la classe un programme politique achevé, mais plutôt de participer au processus général de clarification qui se produit au sein de la classe ouvrière.

 

Le capitalisme est un produit transitoire de l’histoire, et non sa finalité. Il est né en réponse à des conditions qui n’existent désormais plus : l’inévitable pénurie, la force de travail comme seule source de richesse sociale. Le capitalisme a fait de la force de travail une marchandise pour s’approprier la différence entre sa valeur et la valeur qu’elle crée. Pendant des siècles, cette recherche de la plus-value a permis une harmonie relative entre le développement de la société et l’accumulation capitaliste. Il a alors donné naissance à un nouveau processus de production, la domination réelle du capital, dans laquelle ce n’est plus la force de travail, mais la machine qui est au centre de la production.  La science et la technologie, mises en mouvement et contrôlées   par le travailleur collectif, deviennent la source première de la création de la richesse sociale. L’énorme productivité déclenchée par ce processus permet au capitalisme de croître à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur.  Il s’est étendu à toute la planète et a absorbé toutes les sphères de la société – y inclus les syndicats et les partis de masse qui sont surgis de la lutte de la clase ouvrière.  

 

La pénurie n’est désormais plus inévitable, mais cette situation, au lieu de libérer l’humanité du besoin, condamne le capitalisme à la surproduction. La création de richesse n’est désormais plus dépendante de l’exploitation de la force de travail mais ceci plonge le capitalisme, prisonnier de la loi de la valeur, dans une crise du profit. Ces obstacles à l’accumulation forcent le capitalisme à augmenter l’exploitation du travail et à faire de la place pour une nouvelle expansion par le biais de l’auto-destruction,  de la dévalorisation massive de capital dans la crise et la guerre. Le capitalisme entre dans sa phase de décadence lorsqu’une telle destruction cannibalistique fait partie intégrante de son cycle d’accumulation. Il est décadent, non pas parce qu’il ne connaît plus de croissance – il s’est énormément développé et a profondément modifié la composition des classes sociales et les conditions dans lesquelles elles luttent -, mais en raison de cette croissance, de sa recherche avide de profit, du fait qu’il est devenu auto-destructeur.  Il est décadent parce qu’il est obligé de lancer des centaines de millions d’êtres humains dans le chômage et la pauvreté parce qu’il ne peut en extraire du profit ; à cause de la productivité qui pourrait rencontrer tous les besoins. Il est décadent parce que son besoin de dévalorisation le conduit irrémédiablement  à la guerre et à la violence incessantes. Le capitalisme ne peut être réformé ; il ne peut être humanisé. Lutter à l’intérieur du système est illusoire : le capitalisme doit être détruit.

 

Le capitalisme est aussi décadent parce qu’il a généré les conditions pour son propre remplacement par une nouvelle société. La science et la technologie, accouplées à la loi de la valeur, et à sa marchandisation de toute la vie, ne sont pas libératrices en elles-mêmes. Mais la classe ouvrière en mouvement, est, par sa condition même à l’intérieur du capitalisme, forcée à se libérer de l’aliénation auquel ce capitalisme, en tant que rapport social, la soumet, et est donc l’élément porteur d’un projet de société libérée de la loi de la valeur, et de la division de la société en classes.

 

Un tel projet n’a jamais existé dans l’histoire. Si la révolution russe a bien été une révolution prolétarienne, elle n’a pas débouché sur une société communiste. Le soi-disant « communisme » de l’ex-bloc de l’Est, comme celui de la Chine ou de Cuba, n’est rien d’autre qu’une manifestation du capitalisme d’Etat. En effet, l’émergence à l’échelle historique d’une nouvelle société ne peut être réalisée que par la négation totale du capitalisme, et par l’abolition des lois qui régulent le mouvement du capital. Une telle société nouvelle implique une transformation profonde de la relation de l’homme à lui-même et aux autres, des individus à la production,  à la consommation, et à la nature ; elle implique une communauté humaine au service du développement et de la satisfaction de tous les besoins humains.

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