Jeudi 22 octobre 2009

le mouvement communiste

  EXTRAIT D'UN TEXTE DE LH

  1. Le sujet des droits de l’Homme n’est donc pas l’homme mais la partie satisfaite de la société bourgeoisie qu’est la bourgeoisie. Telle est la tare de l’Etat moderne que Marx voulait élucider.  L’erreur est d’identifier émancipation politique  et émancipation humaine. C’est pourquoi, selon Marx,  l’affirmation réelle de l’homme ne peut s’accomplir qu’en dehors de l’élément du droit, c’est-à-dire de l’Etat politique : « les droits de l’homme seront par la suite condamnés par l’histoire même dont ils procèdent : l’affirmation bourgeoise des droits de l’homme révèle sa nécessité comme nécessité de la contradiction réelle qui constitue sa raison d’être et donc de disparaître. Les Droits de l’homme sont une auto-justification idéologique de l’affirmation de soi politique de l’homme du droit qu’est le bourgeois, se renient en étant niés dans le destin développant la contradiction de la société bourgeoise. »[1] Dans la société bourgeoisie, les intérêts de cette  classe d’hommes qu’est la bourgeoisie  se dissocient de plus en plus des intérêts de la communauté. L’émancipation politique n’est donc pas l’ultime étape de l’émancipation humaine comme la présente les thuriféraires de l’Etat de droit.. Elle en est plutôt la dernière forme à l’intérieur de l’ordre mondial « tel qu’il a existé jusqu’à présent » : celui de la division du travail, de la propriété privée, des classes, de la société civile comme  « bellum omnium contra omnes. » 

 

 

2.      Marx, interprète alors l’histoire humaine  l’émergence du sujet homme en tant qu’universel concret. C’est pourquoi, il distingue trois grands moments dans la séquence temporelle des formations historiques : le pré-capitalisme, le capitalisme et le communisme. Cette séquence est en réalité relative à la position de « l’homme » comme sujet, c’est-à-dire comme  universel concret : le communisme est ce mouvement.

 

  1. Dans la foulée du mouvement des Lumières, Marx affirme que l’homme est bien le sujet de l’histoire universelle mais avant le communisme, qui marque le passage de la préhistoire à l’histoire elle-même, l’homme reste un sujet présupposé c’est-à-dire nié par les rapports de production et en attente d’une position réelle, c’est-à-dire d’une position des individus réels eux-mêmes. C’est pourquoi, il ne s’attarde pas sur les lois générales des modes de production qui se sont succédé dans l’histoire mais sur leur différence spécifique. Ne s’attardant pas sur les lois générales, Marx ne s’attarde donc pas  sur des lois qui s’appliqueraient à « l’homme en général », comme le fait l’anthropologue : l’anthropologisation de la pensée de Marx qui n’est qu’un aspect de sa déconstruction, apparaît par exemple dans la notion de « société capitalisée ». La capitalisation des individus représente en effet une « mutation anthropologique » comme dilution de l’appartenance des individus à des classes sociales distinctes,  la société devenant elle-même une simple somme d’individus. Dans son approche naturaliste, la pensée anthropologisante renonce à la distinction que fait Marx entre la généralité abstraite « homme » et le sens qu’il donne lui-même à ce terme comme « universalité concrète ».

 

4.      Dans le pré-capitalisme,  les hommes sont le but de la production. Il s’agit cependant d’une satisfaction à l’intérieur d’un cadre limité :  « l’homme est le grec » ou « l’homme est un citoyen romain » : « le prédicat grec, romain, nie le sujet « homme » non pas  parce que « grec » ou « romain » sont des non-sujets (au sens où « ouvrier » et « capitaliste » sont des non-sujets) mais parce que ce prédicat, comme les autres prédicats analogues, enferment le sujet « homme » dans une détermination limitée. » [2]  Le capitalisme développe l’universalité des besoins. Mais l’homme n’y est pas non plus  le but de la production. Dans le capitalisme, l’homme est non-homme . Il est sujet nié en chose et donc individu insatisfait. Mais, dans le cas où « l’homme est un ouvrier »,  « la négation du sujet par le prédicat ne provient nullement de la limitation des prédicats. (…). Le prédicat satisfait bien à l’infinitude du sujet et de ce point de vue, il n’y aurait pas de négation. Mais il ne le satisfait que sous une forme négative. Le sujet ne rencontre pas une forme limitée mais  rencontre un infini négatif. La négation n’est pas limitation de l’infini, mais réalisation négative de l’infini en tant qu’infini. » [3] Ainsi pré-capitalisme et capitalisme répondent chacun à une exigence du communisme : l’homme comme but de la production dans le pré-capitalisme mais l’homme « limité », l’infinité de l’homme posée par le capitalisme mais sous une forme négative. Le communisme, mouvement réel de l’histoire,  réalise la synthèse des deux principes.

 

  1. Pour Marx, l’histoire des rapports sociaux est bien un processus d’individualisation progressive de l’existence sociale des individus en sa loi et en sa fin. Le capital est la dernière forme antagonique de cette existence sociale, la dernière forme basée sur l’existence de classes. En produisant la connexion universelle des individus, le capital a produit les conditions historiques d’une maîtrise de l’être social, c’est-à-dire d’une position de l’homme comme sujet réel. Car Marx considère comme éminemment révolutionnaire le rôle historique qu’a joué la bourgeoisie : l’époque bourgeoise se distingue de toutes les époques précédentes par le bouleversement incessant de la production, par la permanence de l’instabilité et du mouvement : « En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays (…) L’ancien isolement et l’autarcie locale et nationale font place à un trafic universel, une interdépendance universelle des nations. »[4]  et  « Il est certain que cette connexion des choses neutres est préférable à l’absence de lien entre les individus ou à un lien exclusivement local fondé sur l’étroitesse des liens du sang originel et sur des rapports de domination et de servitude. »[5] Il fallait donc que les individus créent d’abord cette connexion universelle pour pouvoir ensuite la maîtriser. Il ne s’agit donc plus de revenir à une soi-disant plénitude originaire. La production  historique de la connexion sociale est la condition du développement total des individus : « A des stades antérieurs de développement, l’individu singulier apparaît plus complet parce qu’il n’a justement pas encore élaboré la plénitude de ses relations et n’a pas encore fait face à celles-ci en tant que pouvoirs et rapports sociaux indépendants de lui. Il est aussi ridicule d’avoir la nostalgie de cette plénitude originelle que de croire qu’il en faille rester à cette totale vacuité. Le point de vue bourgeois n’a jamais dépassé l’opposition à cette vue romantique et c’est pourquoi, c’est cette dernière qui constitue légitimement le contraire des vues bourgeoises et les accompagnera jusqu’à son dernier souffle  »[6] On voit à quel point cette importance accordée à l’histoire, comme production de cette connexion universelle, s’oppose aux discours de l’authenticité et de la corruption de l’être authentique par le temps et par l’histoire.

 

6.      L’appropriation de la puissance sociale est la condition du plein épanouissement des individus : «  L’appropriation de ces forces n’est elle-même rien d’autre que l’épanouissement des aptitudes individuelles requises par les instruments matériels de la production. De ce fait, l’appropriation d’une totalité d’instruments de production équivaut à l’épanouissement d’une totalité de facultés dans les individus eux-mêmes…. » [7] Marx ajoute que  « Seuls les prolétaires des temps présents… sont capables de parvenir à cette affirmation active d’eux-mêmes, complète et non plus bornée,  qui consiste à s’approprier une totalité de forces productives et à déployer une totalité d’aptitudes supposées par là-même. » [8]

 

7.      Dans le développement de sa propre contradiction interne, la société capitaliste développe en même temps la négation d’elle-même, en produisant la classe des travailleurs salariés, travailleurs qui s’associent dans une lutte contre l’exploitation de leur puissance de travail. Dans cette lutte, ils forment une communauté qui vise à placer sous sa maîtrise ses propres conditions d’existence : « les individus y participent en tant qu’individus. C’est justement l’association des individus qui soumet à son autorité les conditions du libre épanouissement et du libre mouvement des individus, conditions qui avaient été jusque-là livrées au hasard et qui s’étaient figées en face des individus, précisément du fait de leur séparation en tant qu’individus et de leur union nécessaire. Imposée par la division du travail, celle-ci est devenue en raison de leur séparation, un lien étranger. » [9]   L ‘action des travailleurs salariés, le communisme, renverse donc cette forme déraisonnable de la raison qu’est le capital  et réconcilie la communauté et les individus réels. Le communisme dépasse : l’individualité pauvre mais assurée de la communauté organique pré-capitaliste ; l’individualité abstraitement libre, séparée de sa production, dans l’interdépendance réifiée de la société capitaliste, l’individualisation transparente à soi des individus faisant de leur productivité sociale leur propre puissance d’individuation. 

 

  1. Dans le communisme en effet :  l’homme ne se perd plus dans son objet car cet objet est devenu objet humain, c’est-à-dire  objet social : « l’objet, pour lui, devient un objet social, si lui-même devient pour soi un être social, et si la société devient pour lui un être dans cet objet. » [10] L’homme est donc devenu  l’objet de la conscience sensible et du besoin sensible : ce besoin est le  besoin de l’homme en tant qu’homme à l’image du langage,   le matériel de l’activité de chacun est d’emblée social, l’existence de chacun est  une existence sociale, chacun est conscient d’agir en tant qu’être social cette  conscience elle-même n’est que la forme théorique de ce dont la communauté réelle, l’être social est la forme vivante

 

9.      Se substitue alors  à la « richesse » de l’économie politique, l’homme riche, l’homme qui a besoin d’une totalité de manifestations humaines. L’universalité qui se réalise dans l’appropriation maîtrisée par les individus associés de la production est la totalité organisée de ces manifestations humaines, seule apte  à nourrir la « libre individualité » : « En se réalisant elle accomplira comme totalité organisée de pouvoirs réels ce que la conception abstraite de l’individualité abstraite tentait de définir à travers les prescriptions aliénées des Droits de l’homme. » [11]

 

 



[1] B. BOURGEOIS,  op. cit. p. 26

[2] R. FAUSTO, Marx : logique et politique, op.cit.,  p. 50

[3] R. FAUSTO, op.cit., p. 50

[4] K. MARX, Le manifeste communiste dans Philosophie, op .cit., p. 403

[5] K. MARX ,  op .cit.,  p. 97

[6] K. MARX,   op. cit., p. 99

[7] K. MARX, L’idéologie allemande dans Philosophie, op.cit. , p. 388

[8] K. MARX, op. cit., p. 388

[9] K. MARX, op. cit., p  387

[10] K. MARX, Manuscrits parisiens dans Philosophie, op . cit., p. 153

[11] B. BOURGEOIS, Droit et liberté selon Marx, op .cit.,  p. 51

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Lundi 12 octobre 2009

REUNION PUBLIQUE – PARIS 10 OCTOBRE 09

 

Dix neuf personnes étaient présentes pour une très bonne réunion.

 La discussion a abordé deux axes :

  • Quelles contradictions sont-elles à la racine de la crise actuelle ?
  • Quel est l’impact de la crise sur le prolétariat ?

Il faut souligner l’humilité de tous les participants par rapport aux certitudes, analyses économiques et perspectives que nous avons pu défendre dans le passé, les erreurs commises.

Face à cela, nous avons tous souligné la nécessité de remettre nos analyses à plat, non seulement parce que nous nous sommes trompés sur certains événements mais aussi parce que la période actuelle nous pose des questions nouvelles (entre autres, la question du nouveau visage du prolétariat).

Nous avons souligné aussi la nécessité de créer un espace de débat réel et avons rappelé que des initiatives en ce sens avaient déjà été prises, par exemple, c’est cette dynamique qui avait présidé à la création du réseau de discussion.

 

L’axe de la crise a posé plusieurs questions :

  • Doit-on privilégier une explication (BTTP, marchés, crise de la valeur) aux crises du système ou devons-nous avancer l’une au l’autre de ces contradictions comme correspondant à un moment particulier de l’évolution du capitalisme ?
  • Comment voir la BTP : comme un frein ou comme un moteur du capitalisme ?
  • Il importe de revenir sur ce qui s’est passé depuis la deuxième guerre mondiale et sur comment le capitalisme s’est développé depuis ce moment.
  • Y aura-t-il une reprise ? (Et on peut souligner notre difficulté à tous à répondre à la question).
  • Quel est le risque de guerre aujourd’hui ?

 

Sur l’axe de la lutte de classe :

  • Pour certains, la crise actuelle est favorable au développement de la conscience, pour d’autres, elle est défavorable.
  • Nous avons souligné le caractère hétéroclite des mouvements actuels marqués, à la fois, par une grande combativité et même parfois une certaine radicalité mais ces mouvements ne constituent pas une affirmation de classe. En même temps, il existe un questionnement réel par rapport aux perspectives qu’offre encore le système aujourd’hui. Paradoxalement, le lien entre ce questionnement et les mouvements de la classe ne se fait pas actuellement.
  • Nous avons souligné le caractère désormais très cosmopolite du prolétariat – ce qui constitue une potentialité importante – et sa recomposition.
  • Vers quelle perspective nous dirigeons-nous : vers des « psychoses collectives » (et ce terme devrait être expliqué et défini par ceux qui l’utilisent), vers des pillages qui constituent une réponse de consommation immédiate et donc, pas une perspective vers une nouvelle société ; ou allons-nous vers un développement du questionnement à cause de la dégradation de l’ensemble des conditions de vie du prolétariat (logements, environnement…) et en raison aussi des réponses de plus en plus violentes que la classe dominante apporte aux mouvements de réaction de la classe dominée ?
  • Nous avons certainement sous-estimé l’impact de l’effondrement du bloc de l’Est sur la conscience. Il constitue une disparition/faillite de cette alternative représentée par l’Est.
  • Quel pourrait être l’impact des idéologies distillée par la classe dominante, entre autres, le fascisme et son nouveau visage de populisme ?
  • Enfin, ceci pose bien évidemment la question de l’intervention des révolutionnaires et leur capacité – insuffisante actuellement – d’apporter une contribution politique claire, en particulier sur la question des perspectives et de comment penser le passage à une société nouvelle.
    Pour Perspective Internationaliste,                       Rose   
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Lundi 12 octobre 2009

Nous avons déjà eu l’occasion de discuter de la crise.  Ainsi en 2008, ici à Paris.  Le thème de cette réunion était la crise économique et ses perspectives, entre autres, par rapport à la lutte du prolétariat.

Si tous les participants présents se sont accordés pour constater la gravité et le caractère mondial de cette crise, deux questions ont été soulevées.

D’une part, celle de l’appréciation de cette gravité : s’agit-il d’une « crise finale » ou le système économique aura-t-il la capacité de se relancer, de dépasser la crise actuelle ? Ceci s’ouvre sur la question des perspectives historiques : nous étions tous d’accord pour dire que le capitalisme ne disparaîtra seul mais que seul le prolétariat reste l’agent de la transformation sociale.

Mais où en est le capitalisme et quelle est sa perspective d’évolution ?

D’autre part, les participants ont souligné trois éléments qui distinguaient cette crise de celle de 29 : la mondialisation dans laquelle elle s’inscrit ; la présence massive des nouvelles technologies dans la production ; le caractère considérable de l’actuelle bulle financière. Ainsi, même si la nature de cette crise reste semblable aux précédentes, elle diffère fondamentalement par sa forme.

Des points particuliers ont été soulevés : les capitalistes auront-ils la capacité de contourner les effets actuels de cette crise ainsi que son impact sur l’environnement ? Quel sera l’impact de la crise sur la Chine et, en retour, quel sera l’impact de la situation économique de celle-ci sur le capital mondial ? Enfin, et cette question a été jugée par tous comme la question fondamentale, quelle sera la réaction éventuelle du prolétariat, confronté de façon brutale aux effets désastreux de cette crise ?

 

La réunion à Bruxelles a soulevé d’autres questions :

 

Un accord général s’est dégagé pour estimer que la crise actuelle n’est pas une crise boursière ni une crise due à la cupidité des capitalistes mais bien une crise résultant des contradictions du capitalisme.

Les désaccords ont porté sur le type de contradictions, la prédominance de celles-ci.

Ainsi, s’agit-il d’une crise résultant :

  • D’une insuffisance de marchés solvables ?
  • D’une crise de la forme valeur ?
  • D’une crise du crédit ?

 Il est clair, pour nous, que l’économie globale est embourbée dans une crise économique qui est la plus profonde depuis la "grande dépression" des années 30.  Une analyse de la situation réelle du monde capitaliste indique que de nouvelles ondes de chocs sont encore à venir.

On peut parler d’une crise de surproduction, elle-même inhérente à l'opération de la loi de la valeur capitaliste et à la nécessité conjointe d’une dévalorisation massive de capital si un nouveau cycle d'accumulation devait être possible.

 

Ce que révèle la situation actuelle

Aujourd’hui, les capitalistes parlent même de reprise ! 

Mais ils oublient : le taux de chômage aux Etats-Unis s’élève à  10%  sur base des  statistiques officielles qui sous-estiment le nombre réel des sans emploi, alors que les saisies et pertes d’habitations continuent à monter et tandis que la nouvelle administration renégocie les contrats de travail dans l'industrie automobile pour faire des coupes-sombres brutales dans  les salaires et les avantages des ouvriers, la popularité d'Obama, encouragée par les médias - les organes de  manipulation de masse dans le capitalisme actuel.

Cela se passe également en Europe.

Alors que la mondialisation et la dérégulation ont été les deux mots d’ordre du capital pendant plus de deux décennies, partagés par la droite et la gauche, par Reagan et Clinton aux Etats-Unis, par Thatcher et Blair au Royaume-Uni, par chrétiens  et démocrates-sociaux en Allemagne, la crise actuelle a déjà mené à une division de la mondialisation à partir de la dérégulation. Maintenant c’est la régulation   que est devenue le nouveau mot d’ordre du capital, même si la mondialisation continue à être le souci premier de la classe  capitaliste.

Paradoxalement, la bourgeoisie semble poursuive une marche en avant pour le moins catastrophique.  On vit la poursuite de la politique initiale des USA :

  • Il y a eu une injection massive de capital,
  • une baisse des taux d'intérêt  et
  • l'injection de monnaie dans les secteurs d'opérations bancaires et d'assurance par la Banque centrale et le Trésor, en coordination avec la banque d'Angleterre et la banque centrale européenne (BCE).

    Qu’est-ce que cela provoque ?
  1. d'abord, la nécessité de répondre à la  contraction aiguë des rendements économiques mondiaux et du commerce international, une déflation jamais vue pendant des décennies ;
  2. en second lieu, la nécessité d'affirmer le contrôle idéologique sur l'ouvrier collectif, d'empêcher sa colère et ses craintes de se traduire par une vague massive de luttes de classe, à l’image du  capital et de ses Etats qui cherchent à gérer l'austérité draconienne et la réduction du niveau de vie que la crise impose ;
  3. troisièmement, la nécessité de préserver l'hégémonie globale du capital américain sur le plan économique, militaire et politique. 

Une crise économique globale a le potentiel de perturber l'équilibre des forces impérialistes, de menacer le statut de l'Etat dominant et de son ordre et de propulser des Etats concurrents pour défier l’hégémonie.

Le résultat : cela a permis à empêcher l’embrasement du système financier global.

 

Les réactions ouvrières

La colère   que la classe ouvrière montre face à la crise, le chômage et la réduction drastique du niveau de vie  est réelle.

Mais un autre élément est intervenu.

Que penser des suicides ?  Ils ont été réduits à un simple fait divers. 

Ne manifestent-ils pas le processus de réification en cours.

Il me semble opportun de poser la question.  Marx n’a que peu utilisé ce concept, et l’a délaissé au profit de celui d’aliénation.  Mais depuis Lukacs, une différentiation peut être apportée, et les penseurs de l’école de Frankfurt l’utilisent pour théoriser l’impossibilité de la révolution prolétarienne.

Assiste-t-on à un renforcement de la réification ? 

Y a-t-il une plus grande main mise de l’exploitation sur le facteur humain ?  En quoi, aujourd’hui le travailleur est exclu de plus en plus de son processus existentiel au profit d’une robotisation de son être ?  La reconnaissance est bafouée de plus en plus.

L’aliénation, processus idéologique qui justifie ce processus, se renforce également.  Là aussi, il faut analyser, les effets de ce que je nomme la postmodernité, qui voit l’effondrement des idéologies totalitaires au profit de discours particularistes, de remises en cause fondamentales.

Si ce processus est récupéré par le « spectacle » bourgeois, il ouvre néanmoins des brèches pour que la recherche de nouvelles explications puissent se faire, et que l’élaboration de nouvelles perspectives puisse se réaliser.

Que se passe-t-il ?

A partir des apports de Marx, qui nous fournit le cadre analytique pour saisir la trajectoire du capitalisme, ses tendances  immanentes, ne sont cependant pas une science qui aurait des lois historiques universelles et immanentes sur base desquelles les événements économiques, politiques,  sociaux et culturels pourraient être  prévus avec exactitude. Ces apports ne sont qu’une "boîte à outils" et les concepts théoriques qu'elle contient permettent de saisir des événements  dans les liens entre social, économique,  politique et  culturel, facteurs qui ont  chacun  un degré d'autonomie considérable.

Ces mêmes concepts nous permettent de voir comment les contingences jouent également un rôle significatif dans la trajectoire historique, même si   la totalité   capitaliste est définie par la forme-valeur qui a aujourd’hui imprégné chaque domaine de la vie humaine. On ne peut donc faire, sur la base de cette  compréhension des tendances contradictoires inhérentes à la forme-valeur dans la période actuelle de  domination réelle du capital,   qu'une analyse des perspectives vers lesquelles se dirige le capital mondial.

Une explication possible

De telles crises sont inhérentes à la forme valeur, dans la double nature  du travail et de la production dans une société  capitaliste, dans la contradiction entre le travail concret et abstrait, la valeur d'usage et la valeur abstraite des marchandises, les limites des possibilités de valorisation et le mouvement insatiable du capital au  développement des forces productives.

Quand il y a une crise ouverte du capitalisme, la réponse requise pour qu’un nouveau cycle d'accumulation commence, implique historiquement un abaissement des salaires réels, une diminution du prix des matières premières et une réduction des coûts de production et de circulation, dans lesquels à la fois le  mécanisme  de  déflation et un effort concerté de rationalisation supplémentaire de l'économie ainsi que des innovations technologiques jouent des rôles importants.

À ces derniers doit être ajoutée une dévalorisation  massive   de capital qui, dans les crises économiques dévastatrices du capitalisme décadent au vingtième siècle, a entraîné la destruction massive de la capacité productive et du travail vivant dans des guerres affreuses.

Certains pensent que la finance détient le pouvoir miraculeux de créer de la richesse sociale. Le récent krach bancaire et boursier pose donc  la question du rapport entre la sphère productive du capital et la forme financière du capital, et plus généralement celle de la nature même du capital. Dans certaines analyses en effet, le rapport entre capital financier et capital productif est délié, l’ « effet » (la crise financière) étant pris pour « la cause », la sphère productive.

Comme beaucoup l’ont souligné, la « financiarisation » de l’économie mondiale à partir des années 70 est  bien le symptôme d’une baisse du profit dans la sphère productive du capital, c’est-à-dire dans le point de contact entre le capital argent et le travail vivant dont la finalité est l’extorsion d’un surtravail.

Ce qui apparaît donc sous la forme d’une crise financière a en réalité ses racines dans la sphère productive du capital, ce que vérifie l’entrée en crise actuelle des secteurs productifs du capital.  Marx décrit le cycle global du capital comme une succession de moments : état de repos, animation croissante, prospérité surproduction, krach, stagnation… état de repos. Mais qu’est-ce qui détermine un tel mouvement ?

Ce qui se joue en réalité, c’est la capacité du capital de s’approprier la plus-value extorquée dans l’ « antre de la production ». La pression sur les salaires s’est exercée à partir des les années 70 et le passage du « modèle fordiste » d’organisation du travail à ce qu’on appelle communément le « néo-libéralisme » comme nouveau mode de régulation de l’usage faite par le capital de la force de travail, à travers le développement du crédit à la consommation.  Le caractère fictif de toutes ces opérations se confronte aujourd’hui à la réalité : les créances invendables représentent autant de ponctions sur les revenus de la classe salariée. 

De plus,  la pensée de Marx serait invalidée par le passage à une nouvelle ère du capitalisme, l’ère post-industrielle  qui se caractérise par le développement de la finance, la réorganisation des entreprises et du travail, les nouvelles techniques de management[1] etc… le sens de tous ces bouleversements se trouvant dans la marginalisation irréversible du travail vivant tel que le concevait Marx et son remplacement par d’autres types d’activités qui seraient tout autant des  sources de richesse sociale. 

 Comme Marx identifierait le capital « productif » au capital industriel, ses analyses de la valeur seraient frappées d’obsolescence. La notion d’ère post-industrielle remet donc en cause le  concept central de la théorie marxiste : le concept de « valeur »[2], tant dans sa substance que dans ses formes. Or ce concept   détermine non seulement l’analyse du capital par Marx mais également son point de vue sur l’histoire humaine  et sur la praxis sociale, entendue par Marx comme synthèse de la « poiesis » (activité productive) et de la « praxis » (action politique). L’étude de la production et de la valeur n’est en effet pas une fin en soi pour Marx. Elle vise avant tout à définir les conditions d’une action politique et d’une révolution sociale.


Quelles perspectives ?

Alors, quelles sont les perspectives pour l’économie capitaliste mondiale au cours des années à venir ? Rien qui ressemble à une "crise mortelle" du capitalisme, aucune fin automatique ou inévitable.

L’effondrement du capitalisme, une crise mondiale telle que celle-ci, crée les conditions pour que "l'ouvrier collectif" renverse la forme-valeur, pour abattre l’Etat  capitaliste, pour construire une Gemeinwesen  ou    communauté humaine, mais cela dépend  du potentiel négatif   de la classe ouvrière qui se réalise, de la capacité de l'ouvrier collectif de rejeter les deux  idéologies de la droite, du racisme, de la xénophobie, et de la gauche, qui ne cherchent pas la destruction de la forme-valeur mais sa réforme, une humanisation du capital, une distribution plus équitable de la richesse, dans la forme-valeur selon laquelle  elle est produite.

Ces deux  solutions de rechange, parce qu'elles laissent la forme-valeur intacte, ne peuvent qu’aboutir à  la barbarie ; la barbarie de la guerre de races ou la barbarie de la destruction écologique et d'une distribution soi-disant "égale" de l'austérité que la poursuite de l'existence du capitalisme nécessite. Mais qu’en est-il d'un nouveau cycle d'accumulation comme résultat de la dévalorisation massive de capital provoquée par la crise elle-même ? Comme nous l’avons suggéré plus haut, le niveau de dévalorisation nécessaire pour un nouveau cycle d'accumulation devrait de loin excéder les niveaux que nous avons vus cette dernière année, une issue possible seulement avec des catastrophes écologiques sans cesse plus importantes et des guerres que provoque la poursuite de l’existence du capitalisme. C'est pourquoi, la vision de Rosa Luxembourg, le socialisme ou la barbarie, marque les vrais jalons de la crise actuelle.

 Les pro-révolutionnaires peuvent contribuer à la réalisation du socialisme en fournissant une explication théorique claire sur pourquoi la forme-valeur, même si elle est institutionnalisée et structurée, quelque soient les idéologies qui l'accompagnent, signifie la barbarie. Seule une intervention dans les luttes continues de l'ouvrier collectif peut contribuer à libérer le potentiel négatif que l'ouvrier collectif représente.

 

La discussion est ouverte.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 



[1] Voir à ce sujet L.BOLTANSKI et E. CHIAPELLO, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, nrf essais, 1999

[2] L’ère post-industrielle est entre autres vue comme développement d’un « capitalisme cognitif » : « Cette nouvelle phase de la division du travail va de pair avec la crise de la loi de la valeur-temps de travail et le retour en force de mécanismes d’accumulation de type marchand et financier » R. HERRERA et C. VERCELLONE, « Transformations de la division du travail et général intellect », paru dans « Sommes-nous sortis du capitalisme industriel ? », Paris, La Dispute, 2003, p.25

 
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Lundi 28 septembre 2009

Les conclusions de Rose à la suite de la discussion

 

Il faut d’abord saluer la présence de dix-neuf participants ainsi que la complémentarité des deux exposés présentés par P.I. et Controverses, enfin, la qualité de l’ambiance des débats.

 

Un accord général s’est dégagé pour estimer que la crise actuelle n’est pas une crise boursière ni une crise due à la cupidité des capitalistes mais bien une crise résultant des contradictions du capitalisme.

Les désaccords ont porté sur le type de contradictions, la prédominance de celles-ci.

Ainsi, s’agit-il d’une crise résultant :

  • D’une insuffisance de marchés solvables ?
  • D’une crise de la forme valeur ?
  • D’une crise du crédit ?

    On a souligné la difficulté à interpréter les chiffres dont nous disposons, le fait aussi que ces chiffres sont toujours issus de sources bourgeoises.

Nous avons aussi rappelé l’importance de repréciser une série de concepts : différencier salaire et consommation, repréciser la notion de capital fictif.

De manière générale, ceci nous amène à  poursuivre l’effort théorique de compréhension du fonctionnement du capitalisme, effort déjà entrepris par plusieurs groupes et camarades.

 

La crise pose aussi la question des perspectives.

Pour le système économique, celles-ci vont dans le sens d’un approfondissement des contradictions du système – et ceci, malgré de possibles relances – et d’un développement massif du chômage.

Mais les perspectives concernent aussi l’impact de la crise sur la lutte de classe.

D’avis général, il n’y a pas de lien automatique entre développement de la crise et développement des luttes. Nous savons même que la crise peut entraîner un repli sur soi de la classe, le refuge dans des idéologies qui divisent la classe au lieu de développer sa solidarité.

Un élément fondamental est donc celui de la conscience de classe et de comment penser le lien entre conscience, aliénation et réification.

D’autre part, la discussion a mis en présence des définitions différentes de la lutte de classe : sont-ce des luttes autonomes, en-dehors des syndicats et alors, certains en concluent qu’il n’y a aujourd’hui aucune lutte de classe, ou la lutte de classe est-elle la manifestation du refus du fonctionnement quotidien du capitalisme, et alors, nous voyons la présence d’une lutte de classe au niveau international, même si nous avons souligné les difficultés de ces mouvements.

Enfin, comment qualifier des manifestations comme les pillages, émeutes et autres actions compte tenu de  la composition hétérogène de la classe et sa précarité grandissante ?

 

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Lundi 28 septembre 2009
LA CONTRIBUTION DE CONTROVERSES

Le sujet de cette réunion publique (Quelle crise du capitalisme ?) étant vaste, le seul aspect qui sera traité ici concerne l’analyse des causes de la crise et les questions que l’on peut se poser à propos de sa compréhension.

 

En effet, cette crise est communément présentée comme étant une crise financière qui se serait ensuite transmise à l’économie réelle. Autrement dit, l’origine de la récession économique et du chômage résiderait dans la cupidité de certains, dans le manque de régulation du secteur financier ou de son parasitisme sur l’économie réelle. A notre sens, l’analyse correcte est exactement inverse : ce sont les contradictions dans l’économie réelles qui ont provoqué la crise financière.

 

Bien évidemment, telle qu’elle s’est déroulée au travers de la succession des événements, comme le krach boursier, la faillite des banques, ou les subprimes, la crise apparait avant tout comme une crise financière. De même, il apparaît aussi que la récession économique et le chômage se sont développés après le krach financier. Les faits semblent donc porter crédit à ceux qui disent que la crise actuelle est surtout une crise financière. Cette dimension de la crise est indéniable. Il serait absurde de le nier.

 

Cependant, en rester à cette aspect ne peut expliquer pourquoi le secteur financier a pris une telle importance dans l’économie, ni pourquoi la finance a pu déraper et devenir tout à coup aussi cupide. En rester à l’aspect financier empêche de comprendre les causes profondes de la crise. Pour les marxistes, une crise financière n’est qu’une conséquence de contradictions plus fondamentales au sein de l’économie capitaliste. Il faut donc se demander quelles sont les contradictions fondamentales de l’économie capitaliste ? Il y en a essentiellement deux :

 

1) La première correspond aux difficultés du capitalisme à extraire suffisamment de profits pour un investissement donné. En langage courant : on dit que les investissements sont de moins en moins rentables. En langage marxiste, c’est ce que l’on appelle la baisse tendancielle du taux de profit.

2) La deuxième contradiction est celle relative aux difficultés du système à engendrer une demande à la hauteur du volume de marchandises produites, donc, la difficulté à écouler sur le marché l’entièreté de la production.

 

Ce sont ces deux contradictions dans l’économie réelle qui ont régulièrement engendré toutes les crises de surproduction jusqu’à présent. Durant un peu plus de deux siècles d’existence (1780-2009), le capitalisme a connu un peu moins d’une trentaine de crises de surproduction. Cela fait donc, en moyenne, une crise tout les huit ans.

 

Cependant, pour bien comprendre comment fonctionnent ces deux contradictions, ainsi que leurs liens avec la crise financière, il est nécessaire de rajouter deux précisions :

1) En général, ces deux contradictions se manifestent ensemble et s’engendrent mutuellement : en effet, ne pas pouvoir vendre toutes ses marchandises ne permet pas de récupérer la totalité de son profit, et une insuffisance de profits engendre une insuffisance de marchés. Cependant, il faut insister sur le fait que ces deux contradictions peuvent également se présenter séparément, ou de façon telle que l’une des deux contradictions prédomine. Ceci est important pour comprendre les crises du capitalisme, car toutes les crises ne se déroulent pas toujours de la même façon comme nous allons le voir.

2) La deuxième précision à faire, est que ces deux contradictions jouent à la fois à court et à moyen terme. Quand on parle de court terme, on parle de ces cycles de durée moyenne de +/- huit années ; et quand on parle de moyen terme, ce sont des périodes de 25 à 40 années de croissance ou décroissance.

 

Après ce bref rappel du cadre de l’analyse marxiste des crises, nous allons voir maintenant, dans la réalité concrète, comment ces deux contradictions fondamentales du capitalisme peuvent expliquer la crise, et quel est le lien avec le krach financier. Les trois graphiques ci-dessous peuvent nous y aider :


1) Bourse et profits aux États-Unis

  

 

2) Hausse des profits et baisse de l’accumulation après 1982 (EU+UE+Jap)

 

 

3) La baisse de la part des salaires après 1982 a redressé le taux de profit (UE)

 


La courbe de l’indice boursier sur le premier graphique nous montre les deux dernières bulles spéculatives : la première est la bulle internet au moment de la récession de 2000-01, et la seconde est la bulle des subprime avec la récession actuelle. Cà, c’est le volet financier de la crise. Par contre, beaucoup plus intéressant est l’autre courbe, celle qui montre l’évolution de l’économie réelle, plus précisément de la rentabilité des entreprises, c’est-à-dire du taux de profit. Pourquoi est-ce plus intéressant ? Pour trois raisons au moins :

1) La première, c’est que l’on peut clairement constater le lien étroit qui existe entre l’évolution des profits et l’évolution de la bourse.

2) La deuxième, est que ce lien n’est pas quelconque : c’est l’évolution du taux de profit qui détermine l’évolution des indices boursiers. Dans le cycle économique à court terme, c’est le retournement à la baisse du taux de profit (donc l’insuffisance de profits) qui provoque le krach boursier.

3) La troisième raisons est que c’est aussi le retournement à la baisse du taux de profit qui est à l’origine des crises économiques cycliques en 2000-01 et 2008-09.

 

Autrement dit, à court terme, c’est bien l’évolution du taux de profit qui est à l’origine des cycles économiques, des krachs financiers, mais aussi des récessions. Nous avons donc ici une première réponse très claire par rapport à notre question de départ : nous ne sommes pas en présence d’une crise financière qui s’est transformée en récession économique, mais en présence d’une récession économique qui s’est transformée en crise financière. C’est un premier point qu’il nous paraît très important de souligner pour répondre à l’idéologie dominante et réaffirmer l’analyse marxiste des crises.

 

Cependant, lorsque l’on prend du recul et que l’on regarde les évolutions à moyen terme, d’autres éléments importants apparaissent. C’est ce que nous raconte le deuxième graphique où l’on distingue très clairement trois phases :

1) La Ière phase, de l’après-guerre à la fin des années 1960, c’est la période de prospérité où le taux de profit et d’accumulation évoluaient à la hausse, et en parallèle.

2) La IIème phase commence à la fin des années 1960 avec le retournement à la baisse du taux de profit. On voit aussi que cette baisse du taux de profit entraine ensuite le taux d’accumulation avec lui jusqu’en 1982. Dès lors, l’on constate à nouveau que c’est la dynamique du taux de profit qui met fin à la prospérité d’après-guerre et qui inaugure la longue période de crises que nous connaissons depuis une quarantaine d’années.

3) La IIIème phase commence en 1982. Là, par contre, les deux évolutions divergent : le taux de profit remonte fortement, mais pas le taux d’accumulation qui continue à baisser (NB : le calcul du taux de profit ici n’inclus évidemment pas la hausse spéculative de la bourse).

 

On peut alors se poser les quatre questions suivantes face à ces évolutions :

1) Pourquoi les profits remontent-ils à partir de 1982 après avoir longtemps baissé ?

2) Si les profits sont au plus haut, pourquoi l’accumulation ne redémarre-t-elle pas, et pourquoi la crise persiste-t-elle ?

3) Puisque les profits s’envolent vers des sommets, peut-on encore dire aujourd’hui que c’est la baisse du taux de profit qui est la cause de la crise ?

4) Quel est le lien avec la financiarisation de l’économie et les bulles spéculatives ?

 

1) Répondre à la première question apparaît immédiatement : les profits ont pu être rétablis parce que la part des salaires a été compressée. C’est ce que l’on voit clairement sur le 3ème graphique : les salaires représentaient les deux tiers de la demande finale jusqu’en 1982, alors que 25 ans après, ils ne représentent qu’un peu plus de la moitié seulement. La conséquence principale qui en découle est une contraction drastique des marchés solvables, une formidable restriction de la capacité à écouler les marchandises produites, car elle n’est ni compensée par la consommation des capitalistes (qui, par ailleurs, est improductive par définition), ni par les investissements et les ventes dans les pays émergents.

 

2) L’on peut alors aisément répondre à la 2ème question : pourquoi l’accumulation ne redémarre pas et donc pourquoi la crise perdure malgré la hausse du taux de profit ? Tout simplement, et principalement, à cause de cette contraction drastique des marchés : il y a bien encore des investissements aujourd’hui, mais ce sont essentiellement des investissements de rationalisation et de fusion, pas d’élargissement comme durant la période de prospérité d’après guerre.

 

3) Répondre à la 3ème question est également aisé : est-ce que l’on peut encore dire que c’est la baisse du taux de profit qui est la cause de la crise puisqu’il s’envole vers des sommets ? Oui, comme on l’a vu sur le premier graphique, les évolutions à court terme du taux de profit sont toujours le moteur des cycles économiques et des crises. Cependant, depuis 1982, nous ne sommes plus en présence d’une tendance générale à la baisse du taux de profit, mais d’une tendance à la hausse à moyen terme.

En conséquence, et ceci est important, l’essentiel des problèmes économiques depuis les années 80 ne sont plus liés à un manque de rentabilité des entreprises, mais à une insuffisance de marchés solvables où écouler la production. Autrement dit, depuis les années 1980, le capitalisme est à nouveau profitable, mais cela passe par un faible taux d’accumulation et de croissance, un chômage important, et une misère croissance pour la grande majorité des salariés, puisque cette profitabilité retrouvée des entreprises c’est faite en pompant sur la masse salariale, en licenciant, et en pressurant les conditions de travail, et non, comme après-guerre, par une remontée des gains de productivité qui sont toujours faibles comme nous pouvons le voir sur le quatrième graphique :

 

4) Évolution de la productivité du travail


4) Quand à la 4ème question, celle relative à l’origine de l’importance prise par le secteur financier dans l’économie depuis les années 1980. Sa réponse est également facile à comprendre. On peut la lire sur le deuxième graphique : c’est tout l’espace représenté entre les deux courbes, cet espace croissant au cours du temps représente la masse des profits non utilisés pour l’investissement et qui sont venus alimenter la finance. Autrement dit, c’est l’absence de marchés en suffisance qui ne permet pas à la masse de profit de s’investir pour élargir la production. En conséquence, les profits se dirigent alors vers la finance.

Ceci est très important à comprendre, car il est généralement affirmé dans la presse révolutionnaire que la montée de la finance depuis les années 1980, et l’éclatement des bulles spéculatives à répétition, seraient la conséquence de la baisse du taux de profit. C’est-à-dire que les capitalistes placeraient leur argent en bourse comme conséquence de la faible rentabilité des investissements productifs. Or, tous les graphiques ici montrent que ce raisonnement est faux à moyen terme : les investissements productifs sont rentables et les profits sont au plus haut. C’est logique, la spéculation est d’autant plus forte que les profits sont élevés. A moyen terme, il est donc totalement faux de dire que les capitaux vont en bourse parce que les profits sont faibles ! Ce n’est ce phénomène là (la faiblesse des profits) qui peut expliquer la montée de l’importance du secteur financier dans l’économie. C’est justement l’inverse : la surabondance de profits qui ne trouve pas à s’investir par insuffisance de débouchés d’élargissement.

 

La conséquence de tout cela, et c’est le 2ème point important de notre exposé, est que l’essentiel des dysfonctionnements économiques depuis 1982 est lié à la faiblesse des marchés solvables, et non plus à la baisse du taux de profit comme dans les années 1970. La meilleure preuve en est la configuration qui a mené au dernier krach boursier : comme la demande salariale était drastiquement compressée (graphique 3 et 5), la croissance n’a été obtenue qu’en boostant la consommation (graphique 5) par une envolée de l’endettement qui débute en 1982 (graphique 6) et une diminution du taux d’épargne qui débute en 1982 (graphique 7).

 

5) Diminution de la part salariale mais montée de la consommation après 1982 (US)

 


6) La montée de l’endettement à partir de 1982

 

 

 

7) Diminution de l’épargne après 1982 (US)

 

 

 

 

Et demain ? Demain, cette dynamique perverse de l’économie capitaliste va continuer encore de plus belle car rien n’a été résolu, pire, les rustines mises en place pour faire redémarrer la machine vont aggraver le mal à moyen terme, même s’ils vont permettre de repousser la récession à court terme. Si rien ne change, on va dans le mur de façon assurée. Et, d’ici-là, ce sont les salariés qui vont déguster, en premier lieu au niveau de l’emploi par une explosion du chômage. C’est ce qui est déjà en cours aujourd’hui et qui s’annonce encore plus massif dans les mois à venir.



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