Aujourd’hui, la parole s'est vidée de son contenu.
Que se passe-t-il lorsque la société ne se reconnaît plus du tout dans ses propres dires ?
L'idéologie, peut être comprise comme « l'intérêt » déguisé en éthique, est un ensemble de tabous et de mirages, et elle n'est plus efficiente en période de crise.
La parole au lieu de nous faire dire le monde comme il va, est devenue une technique de dissimulation. Elle ne vise plus à donner un pouvoir sur les choses, mais sur les êtres.
Elle cherche à restaurer la maîtrise d'un petit nombre d'individus sur tous. Le monde se travestit-il ? Ou bien sommes-nous un symbole du monde ?
Le langage institue ce questionnement dans lequel nous baignons, et sans lequel il ne saurait y avoir pour ni de même (nous-mêmes) ni d'autre (le monde).
Il existe aussi un réel social, imposé par les hommes, développant un interdit fondamental qui est celui de la remise en cause de la propriété privée.
Il y a historiquement une tentative d’appréhender ce réel social et de contrer la loi qui instaure le respect de la propriété privée. Le jeu de l’idéologisation permet, par l’inscription dans le social de maintenir le rapport social propre à la valorisation du capital.
La non reconnaissance sociale de l’être de l’homme est occultée par l’utilisation de l’imaginaire, par l’idéologisation, qui permet de ne pas penser le réel, qui permet d’entrevoir le paradis différemment de ce réel impossible à dire.
Il s’agit d’un processus historique qui tient compte dialectiquement de la représentation de l’humain forgé en fonction du développement des forces productives. (Les diverses représentations historiques de l’homme et les formes prises par la transmission). L’homme véhicule une aspiration à savoir non satisfaite. La métaphore du paradis terrestre est claire : pour avoir voulu savoir, l’homme est chassé du paradis. Il y a interdiction originelle de connaître le réel. Ceci va obliger l’homme à élaborer un savoir à partir de connaissances éparses d’abord, multiples ensuite, contradictoires enfin. Les réponses qui sont données aujourd’hui sont manifestement insatisfaisantes.
Dans L’Idéologie allemande[1], Marx résume parfaitement la question de la survie de l’homme : au tout début, les hommes ont trouvé les conditions favorables à leur développement. En produisant leurs moyens d’existence, ils transforment la nature et se transforment eux-mêmes. La science permet ainsi d’expliquer et de comprendre le fonctionnement de la nature, du monde d’abord, englobant petit à petit les relations créées par la vie de l’homme lui même.
S’agit-il d’une utopie ?
Les utopistes ne se contentent pas de prendre conscience de ce qui, dans la réalité, leur déplaît; ils tentent d'imaginer une autre réalité qui leur serait plus acceptable. Ce faisant ils sont le fer de lance de l'évolution.
L'Utopie n'est jamais une solution de rechange toute faite; au mieux, c'est une «expérience de pensée» qui permet
de prévoir les conséquences de telle ou telle réforme; ce peut être aussi un pur rêve déconnecté de la réalité. C'est une fiction, plus simple que la réalité.
Marx était un utopiste, les politiciens qui s'en sont ultérieurement inspirés n'ont pas réussi à créer le paradis des prolétaires, à supposer qu'ils l'aient cherché. Les anti-marxistes, en
revanche, ne cherchent aucunement à créer quelque paradis que ce soit...
Par opposition, on peut considérer les soumis à l'ordre établi, les
résignés, les conservateurs stricts, qui sont par nature opposés à toute évolution.
Mais une seule chose compte : développer l’humanité, la laisser se déployer, dans le respect de chaque être, vers ce qu’il offre à la fois de transparence et d’opacité, dans la singularité
de son histoire.
On peut s’interroger sur les faits, les événements qui ont permis ce développement.
On peut faire la distinction entre collectif qui concerne le système de production, de distribution, de consommation, en un mot le collectivisme, et la communauté qui corrige la prépondérance de l’organisationnel, de l’administratif au profit du politique innovant. Il s’agit de privilégier la rencontre, ce qui relève de l’éthique, d’une dimension inconsciente, avec le désir d’y être sans le savoir.
L’utopie, c’est un non lieu proposant une société harmonieuse garantissant le bonheur des hommes. Modèle totalitaire et aliénant reposant sur une morale formalisée autour de 4 idéaux :
· Reproduction / abstinence
· Travail obligatoire
· Collectivisme
· obéissance
Les rapports entre les gens sont transformés ainsi en rapports objectivés entre choses.
Il s’agit de réaliser la séparation absolue du vivant objetisé du parlant ouvrant la porte au sujet. On peut ainsi poser la question de l’éthique, à savoir celle de la structure autour de laquelle s’articule le projet communiste. Quel est le rapport de l’imaginaire au réel dans la recherche d’une société désaliénée.
On en revient ainsi à poser la question de la parole de l’humain. Interdisant le meurtre, l’inceste qui laisse place au désir, à la signification de la limite par rapport à l’Autre.
Le projet communiste fait apparaître la question du respect d’organiser la cité autour de la reconnaissance de la pluralité des singularités.
Comment comprendre les changements de manière différente ?
L’enjeu de la compréhension n’est pas une donnée à connaître, mais une tâche historique : il s’agit d’envisager ce qui relie l’histoire passée, les réalités actuelles et les virtualités futures.
Il importe de reconnaître la primauté de la confrontation dans l’élaboration de la pensée, mouvement dialectique, qui partant de la relation de diverses expériences, débouche sur de nouvelles expériences pratiques demandant à être théorisées. Ce qui permet de développer une vision plus élaborée de la réalité contradictoire analysée. Tout le mouvement d’élaboration théorique repose sur la possibilité d’analyses contradictoires, formulations qui peuvent être remises en question par la pratique.
La pensée dominante se ramène souvent à présenter le monde comme fonctionnant avec des « lois naturelles, avec une rationalité extérieure à l’homme, monde qui serait incapable d’être influencé par l’individu. Et on se retrouve en général en présence de visions contemplatives, fatalistes.
Les systèmes explicatifs qui sont proposés ainsi réduisent l’action possible de l’homme à l’utilisation de technologies au profit de buts parcellaires, à l’utilisation de préceptes moralisateurs, en guise d’éthique, proposant une vision normative de l’intervention de l’homme, relevant de l’école kantienne, reléguant l’action de l’homme à l’impuissance.