Contribution à la
discussion
Ce qui me frappe quand on regarde fonctionner le monde est à quel point les choses vont mal et de façon globale! Ceci comporte une potentialité importante : à travers l’inquiétude et le
mécontentement provoqués par la dégradation de toutes les sphères de la vie(économie, emploi, environnement, politique, violences...), il y a la possibilité de se rendre compte qu’il y a un lien
entre toutes ces zones. C’est donc la perspective de montrer que le système dominant est un rapport social global et que réformer un aspect ponctuel a de moins en moins de sens avec une telle
vision. (Bien sûr, la concrétisation de cette potentialité n’est pas pour demain, j’y reviendrai !). Et, lorsque nous publions des articles, nous devrions, aussi souvent que possible, relier
ces divers aspects entre eux, montrer le lien qui les uni et la perspective à laquelle ça conduit.
On peut montrer de plus en plus aussi que le système, malgré la capacité de la classe dominante à contourner les difficultés, suit sa propre logique interne. Par exemple, la classe dominante s’est formidablement mobilisée à un niveau international pour tenter d’endiguer l’aggravation de la crise économique qui la frappait de plein fouet et de trouver les moyens de prévenir de tels chaos. Ce que nous voyons aujourd’hui est que rien de fondamental n’a changé et ne peut changer : la classe dominante, si elle veut survivre comme classe dominante, doit s’inscrire dans le maintient du fonctionnement actuel. C’est la contradiction dans laquelle elle est prise : changer ponctuellement pour éviter le naufrage mais ne pas changer puisque c’est l’existence du système qui justifie sa propre domination comme classe.
1. Un exemple de ceci est la situation des Etats-Unis. Obama a été élu parce qu’il était porteur de l’illusion du changement : « yes, we can ». Nécessité de changer d’urgence tant sur le plan économique qu’impérialiste. Et, ce que nous voyons aujourd’hui sont précisément les limites de cette possibilité de changer. Malgré l’engagement de l’Etat, l’économie américaine est toujours menacée par les mêmes dangers fondamentaux, la monnaie est fragile, la relance se fait attendre malgré les mesures drastiques et les faillites, l’Etat s’est lourdement endetté. Et sur le plan impérialiste, les promesses de désengagement des troupes américaines, la stabilisation en Irak, la perspective d’un retour à une politique de négociation… montrent aussi leurs limites : la situation n’est pas stabilisée en Irak, ne cesse de se dégrader en Afghanistan (et les autorités militaires réclament des renforts de troupes), l’Iran poursuit sa politique malgré l’affaiblissement de son dirigeant et la situation de l’allié pakistanais se dégrade dangereusement, avec le surcroît de tension que ça peut impliquer dans la région, en particulier au niveau de l’Inde. Le maintient du contrôle sur les sources énergétiques et sur leur circulation nécessitent, de la part des Etats-Unis, la présence militaire directe. Aucune « pacification » politique n’est envisageable et l’affrontement entre les pro et les anti américains se poursuit, entre autres, au travers d’actions de guérillas et de terrorisme, ce dernier étant devenu, en quelques années, une arme habituelle. La seule grande victoire diplomatique actuellement a consisté à sortir quelques détenus de la prison de Guantanamo, entre autres, pour en envoyer un… en Belgique où le gouvernement ne sait tellement pas quoi en faire qu’il l’a transformé en véritable personnage de roman d’espionnage : changement d’identité, protection rapprochée, permis de travail… On peut se demander ce qu’Obama fera de ses autres « patates chaudes »…
Dans la zone du Proche Orient, on attendait également un changement notoire de la politique américaine avec un effet de pacification et de stabilisation. Force est de constater que, là non plus, les choses n’ont guère changé et l’équilibre entre israëliens et palestiniens est toujours dans la même impasse : reprise de l’installation de colonies juives, impossibilité à accepter un statut politique pour la Palestine.
Les liens entre les Etats-Unis et la Russie n’ont pas été dans le sens d’un renforcement des positions américaines. La fermeture des bases militaires que les Etats-Unis avaient installés aux frontières de la Russie constitue à ce niveau un léger recul vis-à-vis d’une Russie qui tente de regagner un peu d’influence impérialiste sur ses voisins directs et sur le plan mondial. Néanmoins, si la Russie avait connu, sous l’ère Poutine, une certaine stabilisation économique, grâce aux revenus pétroliers, l’aggravation récente de la crise a fait diminuer le volume de ces rentrées et la situation économique s’est encore fortement dégradée en Russie, accompagnée d’une accentuation de la répression et du contrôle social. Cette fragilisation vient donc menacer les efforts faits dans la sphère de l’influence impérialiste.
Les liens entre les Etats-Unis et la Chine sont toujours vitaux et marqués par une dépendance mutuelle. Le marché chinois continue de constituer une zone d’exportation importante et les investissements chinois continuent d’alimenter les industries américaines. Mais ce lien est, lui aussi, marqué par la crise et donc, la fragilité : les investissements chinois aux Etats-Unis ne constituent pas des placements juteux et l’économie chinoise, si elle continue à afficher des chiffres de croissance qui font baver toutes les économies mondiales, est une économie fragile reposant avant tout sur l’exploitation forcenée et donc, intenable à terme, de sa classe ouvrière.
Et, dans la région, l’économie japonaise ne s’est jamais remise de la crise qui a frappé les pays asiatiques il y a plusieurs années.
Un facteur important du point de vue économique est la dégradation
climatique. La production capitaliste crée de plus en plus de déséquilibres, de zones arides provoquant des tempêtes de sable (entre autres, c’est un phénomène préoccupant en
Chine) incapables désormais de retenir les inondations de plus en plus nombreuses. Ceci a un impact très lourd sur les populations et l’économie locale mais aussi, sur les potentialités
d’investissements pour les pays riches.
2. Face à l’hégémonie américaine et à la domination de la classe bourgeoise en général, se trouve la classe exploitée, ses modifications profondes et ses réactions de résistance partout dans le monde.
En-dehors de l’appréciation qu’on peut faire des mouvements de classe (leur incapacité à se généraliser, leur caractère défensif, etc.), ils n’en constituent pas moins, à la fois, une manifestation de refus du fonctionnement actuel mais aussi un fameux facteur de déstabilisation pour la classe dominante et ça, nous avons tendance à le sous-estimer. Ce qui est à souligner, à côté de ces manifestions de classe, c’est la présence d’un questionnement à propos du fonctionnement actuel du monde et en même temps, l’impossibilité pour ces deux tendances à se rencontrer. Les réactions de résistance actuelles n’arrivent pas encore à poser la question de l’avenir général de la société.
Un phénomène que nous devrions apprécier est celui de l’émigration. En effet, les guerres et les famines poussent des pans importants de population à se déplacer. Ceci a un impact sur les économies locales (à la fois privées de leur main-d’œuvre potentielle mais en même temps, renforcées par le soutien financier que ces migrants apportent aux populations restées sur place). Ceci constitue aussi une main-d’œuvre semi-clandestine qui offre à l’économie des pays riches une main d’œuvre exploitable à souhait ainsi qu’un moyen de faire pression sur la main-d’œuvre « officielle ». Mais ce phénomène de circulation est aussi un facteur de fragilisation du contrôle social. Et les Etats tentent de trouver un équilibre précaire entre l’intérêt économique et la menace sociale que représentent ces masses exploitables mais peu contrôlables.
Rose,