SITUATION POLITIQUE

Mardi 10 novembre 2009

Contribution à la discussion

Ce qui me frappe quand on regarde fonctionner le monde est à quel point les choses vont mal et de façon globale! Ceci comporte une potentialité importante : à travers l’inquiétude et le mécontentement provoqués par la dégradation de toutes les sphères de la vie(économie, emploi, environnement, politique, violences...), il y a la possibilité de se rendre compte qu’il y a un lien entre toutes ces zones. C’est donc la perspective de montrer que le système dominant est un rapport social global et que réformer un aspect ponctuel a de moins en moins de sens avec une telle vision. (Bien sûr, la concrétisation de cette potentialité n’est pas pour demain, j’y reviendrai !). Et, lorsque nous publions des articles, nous devrions, aussi souvent que possible, relier ces divers aspects entre eux, montrer le lien qui les uni et la perspective à laquelle ça conduit.

 

On peut montrer de plus en plus aussi que le système, malgré la capacité de la classe dominante à contourner les difficultés, suit sa propre logique interne. Par exemple, la classe dominante s’est formidablement mobilisée à un niveau international pour tenter d’endiguer l’aggravation de la  crise économique qui la frappait de plein fouet et de trouver les moyens de prévenir de tels chaos. Ce que nous voyons aujourd’hui est que rien de fondamental n’a changé et ne peut changer : la classe dominante, si elle veut survivre comme classe dominante, doit s’inscrire dans le maintient du fonctionnement actuel. C’est la contradiction dans laquelle elle est prise : changer ponctuellement pour éviter le naufrage mais ne pas changer puisque c’est l’existence du système qui justifie sa propre domination comme classe.

 

1.         Un exemple de ceci est la situation des Etats-Unis. Obama a été élu parce qu’il était porteur de l’illusion du changement : « yes, we can ». Nécessité de changer d’urgence tant sur le plan économique qu’impérialiste. Et, ce que nous voyons aujourd’hui sont précisément les limites de cette possibilité de changer. Malgré l’engagement de l’Etat, l’économie américaine est toujours menacée par les mêmes dangers fondamentaux, la monnaie est fragile, la relance se fait attendre malgré les mesures drastiques et les faillites, l’Etat s’est lourdement endetté. Et sur le plan impérialiste, les promesses de désengagement des troupes américaines, la stabilisation en Irak, la perspective d’un retour à une politique de négociation… montrent aussi leurs limites : la situation n’est pas stabilisée en Irak, ne cesse de se dégrader en Afghanistan (et les autorités militaires réclament des renforts de troupes), l’Iran poursuit sa politique malgré l’affaiblissement de son dirigeant et la situation de l’allié pakistanais se dégrade dangereusement, avec le surcroît de tension que ça peut impliquer dans la région, en particulier au niveau de l’Inde. Le maintient du contrôle sur les sources énergétiques et sur leur circulation nécessitent, de la part des Etats-Unis, la présence militaire directe. Aucune « pacification » politique n’est envisageable et l’affrontement entre les pro et les anti américains se poursuit, entre autres, au travers d’actions de guérillas et de terrorisme, ce dernier étant devenu, en quelques années, une arme habituelle. La seule grande victoire diplomatique actuellement a consisté à sortir quelques détenus de la prison de Guantanamo, entre autres, pour en envoyer un… en Belgique où le gouvernement ne sait tellement pas quoi en faire qu’il l’a transformé en véritable personnage de roman d’espionnage : changement d’identité, protection rapprochée, permis de travail… On peut se demander ce qu’Obama fera de ses autres « patates chaudes »…

 

Dans la zone du Proche Orient, on attendait également un changement notoire de la politique américaine avec un effet de pacification et de stabilisation. Force est de constater que, là non plus, les choses n’ont guère changé et l’équilibre entre israëliens et palestiniens est toujours dans la même impasse : reprise de l’installation de colonies juives, impossibilité à accepter un statut politique pour la Palestine.

 

Les liens entre les Etats-Unis et la Russie n’ont pas été dans le sens d’un renforcement des positions américaines. La fermeture des bases militaires que les Etats-Unis avaient installés aux frontières de la Russie constitue à ce niveau un léger recul vis-à-vis d’une Russie qui tente de regagner un peu d’influence impérialiste sur ses voisins directs et sur le plan mondial. Néanmoins, si la Russie avait connu, sous l’ère Poutine, une certaine stabilisation économique, grâce aux revenus pétroliers, l’aggravation récente de la crise a fait diminuer le volume de ces rentrées et la situation économique s’est encore fortement dégradée en Russie, accompagnée d’une accentuation de la répression et du contrôle social. Cette fragilisation vient donc menacer les efforts faits dans la sphère de l’influence impérialiste.

 

Les liens entre les Etats-Unis et la Chine sont toujours vitaux et marqués par une dépendance mutuelle. Le marché chinois continue de constituer une zone d’exportation importante et les investissements chinois continuent d’alimenter les industries américaines. Mais ce lien est, lui aussi, marqué par la crise et donc, la fragilité : les investissements chinois aux Etats-Unis ne constituent pas des placements juteux et l’économie chinoise, si elle continue à afficher des chiffres de croissance qui font baver toutes les économies mondiales, est une économie fragile reposant avant tout sur l’exploitation forcenée et donc,  intenable à terme, de sa classe ouvrière.

Et, dans la région, l’économie japonaise ne s’est jamais remise de la crise qui a frappé les pays asiatiques il y a plusieurs années.

 

Un facteur important du point de vue économique est la dégradation climatique. La production capitaliste crée de plus en plus de déséquilibres, de zones arides provoquant des tempêtes de sable (entre autres, c’est un phénomène préoccupant en
Chine) incapables désormais de retenir les inondations de plus en plus nombreuses. Ceci a un impact très lourd sur les populations et l’économie locale mais aussi, sur les potentialités d’investissements pour les pays riches.

 

2.         Face à l’hégémonie américaine et à la domination de la classe bourgeoise en général, se trouve la classe exploitée, ses modifications profondes et ses réactions de résistance partout dans le monde.

 

 En-dehors de l’appréciation qu’on peut faire des mouvements de classe (leur incapacité à se généraliser, leur caractère défensif, etc.), ils n’en constituent pas moins, à la fois, une manifestation de refus du fonctionnement actuel mais aussi un fameux facteur de déstabilisation pour la classe dominante et ça, nous avons tendance à le sous-estimer. Ce qui est à souligner, à côté  de ces manifestions de classe, c’est la présence d’un questionnement à propos du fonctionnement actuel du monde et en même temps, l’impossibilité pour ces deux tendances à se rencontrer. Les réactions de résistance actuelles n’arrivent pas encore à poser la question de l’avenir général de la société.

Un phénomène que nous devrions apprécier est celui de l’émigration. En effet, les guerres et les famines poussent des pans importants de population à se déplacer. Ceci a un impact sur les économies locales (à la fois privées de leur main-d’œuvre potentielle mais en même temps, renforcées par le soutien financier que ces migrants apportent aux populations restées sur place). Ceci constitue aussi une main-d’œuvre semi-clandestine qui offre à l’économie des pays riches une main d’œuvre exploitable à souhait ainsi qu’un moyen de faire pression sur la main-d’œuvre « officielle ». Mais ce phénomène de circulation est aussi un facteur de fragilisation du contrôle social. Et les Etats tentent de trouver un équilibre précaire entre l’intérêt économique et la menace sociale que représentent ces masses exploitables mais peu contrôlables.

 Rose,

                                                                                            

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE
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Vendredi 26 décembre 2008

Depuis le début du mois de décembre, plusieurs villes grecques sont en proies à des manifestations violentes qui opposent des jeunes – essentiellement des étudiants – aux forces de l’ordre. Si le meurtre d’un jeune manifestant a servi de déclencheur à l’embrasement que l’on connaît depuis un mois, celui-ci n’est pas apparu comme un éclair dans un ciel bleu. Il s’inscrit dans un contexte de conflit social dans le secteur de l’enseignement et de manifestations de mécontentement qui secouent bien  d’autres secteurs du monde du travail.

 

Ainsi, pour reprendre le fil de l’histoire,  les transformations économiques que la Grèce a connues dans les années 70 ont nécessité la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et diversifiée, engendrant le développement de l’enseignement obligatoire et l’ouverture de l’enseignement supérieur à de larges masses de jeunes.  Forcément, l’accès au diplôme supérieur faisait miroiter, pour ces jeunes, la possibilité d’une insertion professionnelle, voire, d’une ascension sociale.

L’ouverture des écoles et des universités a entraîné des coûts financés progressivement par des partenaires privés et a impliqué l’introduction de critères de sélection de plus en plus sévères. C’est donc le tableau habituel d’une école de masse, encadrée par des professeurs aux  conditions de salaires et de travail en constante dégradation, excluant un nombre croissant d’étudiants qui s’est dessiné, suivant par là le mouvement général enclenché dans d’autres pays indusrtrialisés. A cela s’est ajoutée la pression de l’évolution des contradictions internes du système capitaliste. L’enseignement ne constituait plus l’illusion d’un accès à une vie meilleure mais le reflet des injustices sociales et des craintes pour l’avenir partagées par l’ensemble des populations exploitées des pays industrialisés.

 

D’une certaine manière, cette désillusion peut être comparée au mouvement de mai 68 qui marquait la révolte de la jeunesse et de parties de la classe ouvrière contre les effets palpables de la dégradation économique et les perspectives qu’elle entraînait.

 

Pour revenir à la Grèce, on peut citer les mouvements de protestation des étudiants en 1991, 98, l’occupation des universités en 2006 et sa reprise en 2007, la grève de 6 semaines des enseignants en 2006… et ceci n’est pas une liste exhaustive.

 

Un élément qui a encore renforcé la détermination des étudiants est le fait qu’une partie d’entre eux travaillent comme salariés pour financer leurs études. Ils sont donc confrontés directement à l’exploitation par le travail et à la réalité du chômage et des perspectives économiques, à l’image des jeunes luttant dans le cadre du mouvement anti-CPE en France. C’est d’ailleurs ce qui a amené le ministre français de l’éducation a retirer en ce mois de décembre 2008 la réforme de l’enseignement qu’il s’était pourtant juré de faire passer en dépit des protestations des lycéens et professeurs. Ceci n’est qu’un élément de plus démontrant le caractère global du système capitaliste, de sa crise et des « remèdes » que la classe dominante tente de lui opposer : ce sont les restrictions drastiques et leur corollaire d’exclusion.

 

La situation grecque n’est donc pas, comme les médias tentent de nous le présenter, une situation particulière faisant suite à un événement exceptionnel – la mort d’un jeune – mais constitue la manifestation de l’opposition d’une classe prolétarisée et spécialement de sa jeunesse  contre la dégradation de ses conditions d’existence, contre les perspectives d’un avenir incertain, contre la résignation devant l’acceptation du rapport global d’exploitation et de coercition imposés par la classe dominante. Le soutien populaire dont ces jeunes font l’objet ainsi que les mouvements sociaux qui se sont déroulés ces dernières années ne sont que des manifestations supplémentaires de cette opposition fondamentale.

 

 

                                                                                              Perspective Internationaliste.

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE
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Jeudi 18 décembre 2008

En direct de camarades grecs: "Le spectre de la liberté vient toujours le couteau entre les dents"
Tirer dans la chair est le point culminant de l'oppression sociale

Toutes les pierres arrachées des trottoirs et jetées sur les boucliers des flics ou sur les vitrines des temples de la marchandise ; toutes les bouteilles enflammées gravitant sous le firmament ; toutes les barricades érigées dans les avenues, séparant nos espaces des leurs ; tous les containers plein des déchets d'une société consumériste que les flammes de l'émeute transforment, d'un rien en un quelque chose ; tous les poings dressés à la lune ; ce sont les armes qui donnent un corps et un vrai pouvoir, non seulement à la résistance, mais aussi à la liberté. C'est ce sentiment de liberté qui, seul, mérite qu'on parie sur de tels moments : le sentiment des matins oubliés de notre enfance, lorsque tout peut arriver, parce que c'est nous, comme être humains créatifs, qui nous sommes réveillés, et non les futures machines-hommes productives du subordonné, du stagiaire, du travailleur aliéné, du propriétaire privé, du père de famille. C'est le sentiment de se confronter aux ennemis de la liberté - de ne plus les craindre.
 
Ainsi, celui qui veut continuer à penser à ses propres affaires, comme si rien ne se passait, comme si rien ne s'était jamais passé, a de sérieuses raisons de s'inquiéter. Le spectre de la liberté vient toujours le couteau entre les dents, avec l'envie violente de rompre toutes les chaînes qui réduisent sa vie à une misérable répétition, permettant aux rapports sociaux dominants de se reproduire. Depuis samedi 6 décembre, aucune ville dans ce pays ne fonctionne normalement : pas de thérapie par l'achat, pas de routes dégagées pour rejoindre nos lieux de travail, pas de nouvelles des prochaines initiatives du gouvernement pour le rétablissement, pas de va-et-vient insouciant entre des émissions de télé sur la façon de vivre, pas de conduites nocturnes autour de Syntagma, et ainsi de suite. Ces nuits et ces jours n'appartiennent pas aux boutiquiers, aux commentateurs télé, aux ministres et aux flics. Ces nuits et ces jours appartiennent à Alexis !
 
En tant que surréalistes, nous sommes sortis dans les rues dès le premier moment, ensemble, avec des milliers de rebelles et d'autres gens exprimant leur solidarité, parce que le surréalisme est né du souffle de la rue et n'a pas l'intention de le lâcher. Après cette résistance massive aux assassins d'État, le souffle de la rue est encore plus chaud, encore plus accueillant et encore plus créatif. Proposer une direction à ce mouvement ne nous correspond pas. Toutefois, nous assumons toute la responsabilité de la lutte commune, parce que c'est une lutte pour la liberté. Sans être obligés d'approuver chaque expression d'un mouvement aussi massif, sans être partisans de la colère aveugle ou de la violence pour elle-même, nous considérons que l'existence de ce phénomène est juste.
 
Ne laissons pas ce souffle flamboyant de poésie s'éteindre ou mourir !
Convertissons le en une certaine utopie : la transformation du monde et de la vie !
Pas de paix avec les flics et leurs patrons !
Tout le monde dans la rue !
Qui ne peut comprendre la rage se taise !
 
Groupe surréaliste d'Athènes, décembre 2008

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE
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Samedi 4 octobre 2008

QUEL AVENIR ?

 

Aujourd’hui, nous protestons contre la vie chère. Mais ce phénomène n’est pas réversible et puise ses racines dans la logique de fonctionnement du système économique.

 

Le but de la production capitaliste n’est pas de satisfaire nos besoins – n’oublions pas qu’un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes dans le monde – mais de générer du profit. Ce profit provoque une concurrence féroce entre les entreprises et les amène à prendre toutes les mesures permettant de produire toujours plus avec toujours moins : délocalisations, sous-traîtance, contraction des coûts, licenciements massifs, augmentation des prix, utilisation d’une technologie toujours plus innovante…

Bref, les conditions de travail et d’existence sont marquées au fer rouge des impératifs économiques. Les Etats ne sont d’ailleurs pas en reste puisque, depuis plusieurs années, les gouvernements des Etats qui disposaient d’une sécurité sociale détricottent véritablement tout le maillage des garanties sociales (indemnités de chômage, soins de santé, retraites…).

 

Le système économique mondial est miné par ses contradictions internes. Il tente alors de parer au plus pressé en prenant des mesures immédiates : destructions pures et simples de marchandises, créations de pénuries artificielles avec leur conséquence sur l’augmentation des prix, tensions inter-impérialistes et interventions guerrières, mépris total pour la qualité des produits, de l’alimentation et de l’impact de cette production sur l’environnement.

Ces derniers éléments entraînent à leur tour d’autres déséquilibres comme des perturbations grave du climat, de l’agriculture et des déplacements de populations fuyant les guerres, les famines et les désordres climatiques.

 

La situation actuelle est bien une situation de crise mondiale profonde qui résulte de la logique du système économique mondial. Et notre protestation d’aujourd’hui n’est qu’un cri de révolte de plus dans la clameur qui se fait entendre dans toutes les parties du monde, de la part de tous les travailleurs en grève, de tous les affamés qui luttent pour survivre.  La France a très récemment été secouée par des mouvements de grèves (transports, fonctionnaires, étudiants ; le secteur des transports en Italie ; le secteur automobile en Roumanie,  en Russie et chez Ford-Genk en Belgique ; les infirmières en Finlande, les cheminots en Allemagne et, plus loin de nous, les usines textiles et les minoteries en Egypte ; la construction à Edmonton au Canada ; des conflits incessants en Chine… Et ceci ne sont que quelques exemples cités en vrac.

 

Alors que nous disent les partis socialistes, les syndicats, les organisations de défense des citoyens ? Qu’il faut un capitalisme éthique, qui répartit les richesses différemment…  Il serait bien naïf de croire à de pareilles fables ! Un capitalisme « humain » n’est pas possible : il ne vit que grâce à l’exploitation de ceux qui travaillent pour lui permettre de se développer. La croissance de la Chine n’est qu’un des multiples exemples de ce fonctionnement. Le système économique augmente sans cesse l’exploitation sans se préoccuper de la qualité de vie de ceux qu’il exploite.

 

La seule perspective possible est donc de changer radicalement de logique économique, de refuser la logique de production de valeur et de profit pour créer un système dont la production sera orientée vers la préservation de la vie et d’un rapport plus équilibré entre l’activité humaine et l’environnement naturel ainsi que la satisfaction des besoins humains élémentaires.

 


PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE

 

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