PRISES DE POSITION

Mercredi 23 avril 2008
Réflexions en cours

Mai 68 –Mai 2008

« c’est seulement pour le bien des sans-espoir que l’espoir nous a été donné » (Walter Benjamin)



Pour nous, militants depuis 30, 40 ans, Mai 68 a constitué le premier signal « fort » d’un immense espoir. Toutes les structures de la société capitaliste semblaient pouvoir être bouleversées, toutes les couches sociales semblaient en proie à une ébullition jamais rencontrée, tous les pays semblaient traversés par le changement, et la conscience politique semblait amorcer un virage radical  :

-                     La classe ouvrière, dans la première grève générale depuis ***, en France, démontrait ses tendances à la solidarité, à devenir un organisme en fusion (à développer)

-                     Le mouvement étudiant, en France, en Italie, en Allemagne, en Belgique, aux Etats-Unis, qui se soulevait contre les  tendances à la « modernisation »/rétrogression sociale : la guerre au Vietnam, l’orientation générale vers une société uniformisée, où l’enseignement est au service des besoins du marché ; la pénétration de l’Université par les besoins des grandes entreprises ;

-                     la déchéance accrue du parlementarisme (à développer) ;

-                     Les mouvements des femmes, des homosexuels, revendiquaient le droit à la « condition humaine » 

-                     L’engouement pour la Chine, l’Albanie, qui semblent représenter une alternative « à la mesure du peuple» au socialisme des plans quinquénaux staliniens de l’URSS ;

 

-                     La dénonciation de la politique du Parti Communiste français, de la politique d’écrasement menée par l’URSS en Hongrie (1956), ***

 

-                     La redécouverte d’écrits fondamentaux du marxisme, restés inconnus ou peu publiés jusqu’alors : « Histoire et conscience de classe » de Georg Lukacs, les « Grundrisse », et  le « chapitre inédit du capital » de Marx ; l’appropriation de ces écrits par les intellectuels et par la jeunesse ; l’émergence d’une pensée politique inspirée à la fois par les écrits des Marx et par ceux de Freud (Marcuse : « l’Homme unidimentionnel »; « Eros ou Civilisation ») ;

 

-                     La critique de la technologie (Heidegger, Benjamin, Gunther Anders) (à développer)

-                     Il règne une atmosphère d’euphorie  ; on croit dans le changement possible, tout de suite  ; le couple, la famille bourgeoise, l’autorité parentale, l’éducation rigide  sont mis en question; la généralisation de la contraception modifie l’attitude par rapport à la sexualité.

Certains s’efforceront de trier le « bon » du « mauvais », de séparer le mouvement « purement ouvrier » des « luttes partielles ». Nous n’en ferons rien. Le sens des mouvements de ’68 est une réponse globale de révolte dans une époque encore non révolutionnaire. Il nous faut saisir le caractère « non encore révolutionnaire » de la période de ’68 et des années ’70. Il  nous faut voir comment cette période était encore empreinte d’illusions sur le fait de pouvoir échapper à l’emprise croissante de la technique, et sur le caractère imminent de la révolution. Il nous faut aussi comprendre comment le capitalisme a bouleversé son mode de domination économique, idéologique, politique, écologique depuis lors, pour comprendre comment les conditions d’une période et d’une conscience révolutionnaires sont en train de mûrir, et donner une signification ni triomphaliste, ni défaitiste, à ce gigantesque signal avertisseur qu’a été ‘68.

En ’68, vingt ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, après la reconstruction, le capitalisme fait à nouveau face à la crise économique. Les changements technologiques, dont la révolution numérique, vont toutefois lui permettre, à l’intérieur de ce contexte de crise,  de modifier profondément la production, l’emploi de la classe ouvrière, les conditions de vie, et l’idéologie qui  est liée à ces conditions matérielles (ref : articles de Sander).

En ’68, nous vivions encore dans un monde limité, pour tout, où tout était rare, cher : voitures, télévision, voyages, études supérieures, *** Depuis, avec l’augmentation de la productivité, nous sommes passés, dans les pays industrialisés, à une abondance apparente généralisée. L’augmentation de la productivité a eu pour conséquence une diminution des coûts de production, *** des marchandises meilleur marché permettant la reproduction de la force de travail à meilleur prix.

En ’68, la classe ouvrière pouvait encore compter sur ses bastions, sur ses concentrations traditionnelles dans la sidérurgie, les mines, les chaînes de montage automobile ; depuis, ces concentrations ont été largement démantelées dans les pays centraux, alors qu’elles se sont développées à une échelle encore plus grande dans les pays d’Asie. Le prolétariat, composé de ceux qui n’ont que la vente de leur force de travail pour survivre, est éclaté en innombrables situations différentes (temps partiels, mobilité, emplois temporaires). Les restructurations, les délocalisations d’entreprises ont détruit le tissu physique, géographique, du prolétariat occidental qui doit trouver d’autres critères pour s’identifier et converger.

En ’68, le vent de changement semblait souffler de la périphérie du capitalisme, des pays en lutte pour leur indépendance, contre la domination coloniale ou impérialiste. Les « forces révolutionnaires » du Vietnam, de la Chine, (Cuba ??) semblaient, de par leur jeunesse et leur ferveur, pouvoir secouer la chape du vieux monde qui avait enseveli toute velléité de révolte sous la reconstruction de l’après-guerre. La « révolution culturelle », le refus de la modernité, le refus du monde extérieur, étaient repris par certains intellectuels occidentaux maoïstes qui y voyaient une alternative vivante au socialisme de tanks et d’acier de l’Union soviétique (bien que le maoïsme fut déjà dénoncé par le révolutionnaire Charles Reeves, « Le tigre de papier », Editions Spartacus, 1974, ainsi que par Simon Leys : « Chronique de la Révolution culturelle », rédigé de 1967 à 1969). Vingt ans après, en 1989, les massacres de Pékin ont témoigné devant toutes les caméras du monde, de  la vraie nature du « communisme chinois » : celui d’un « gouvernement qui déclare la guerre à son peuple et lance une armée de meurtriers contre les foules désarmées et pacifiques de sa capitale » (S. Leys, Préface de 1989 aux « Essais sur la Chine », Editions Bouquins, p. 3). L’invasion du Cambodge par le rival vietnamien, en 1978 mettait un terme  aux atrocités des « khmers rouges » de  Pol Pot ; aujourd’hui encore, le pays est miné, en proie à un sous-développement profond, à un délabrement équivalent à celui de certains des temples d’Angkor. Aujourd’hui, les affrontements au Tibet  ne démentent pas la constante du régime chinois : l’utilisation de la violence la plus brutale pour conserver la totalité du pouvoir politique. Qui pourrait encore aujourd’hui espérer que l’idéal révolutionnaire nous soit porté par le vent venu de Chine, ou du Vietnam, ou du Cambodge ?

Mille neuf cent soixante huit voit aussi l’émergence de l’écologie, et des partis politiques « Verts ». Rudi Dutschke, Daniel Cohn Bendit (check). Quarante  ans après, l’espoir de sauver la planète de la catastrophe écologique a  considérablement diminué. L’écologie, d’idéologie politique, a été récupérée comme idéologie pour des buts purement mercantile, en devenant  la  source de nouveaux marchés de produits « verts ». L’écologie est même utilisée dans la lutte inter-impérialiste. La motivation pour la production de bio-carburants n’est pas tant le sauvetage de la planète, mais la libération des Etats-Unis et de l’Europe de l’emprise des énergies fossiles importées. L’indifférence par rapport aux conséquences de cette production sur l’émerge de nouveaux déséquilibres dans la production pour la chaîne alimentaire et l’augmentation de la souffrance d’une  partie croissante de la population mondiale, ne peut que choquer. « Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d’un crime contre l’humanité pour sa propre soif de carburant (…) et quand l’Union européenne décide de faire passer la part des biocarburants à 10% en 2020, elle reporte le fardeau sur les petites paysanneries africaines … » (Jean Ziegler, conseiller à l’ONU sur l’alimentation, Libération, 14 avril 2008).

Mai’68 a vu exploser la contestation des institutions représentatives de l’idéologie bourgeoise, l’Eglise, le mariage, l’éducation rigide, le manque de participation démocratique dans les universités. Les révoltes étudiantes contre la guerre du Vietnam constituent une tentative de faire reculer la dépolitisation de la vie publique dans la société capitaliste avancée. C’est peut-être à ce niveau-là que le contrecoup fut le plus important, parce que plus insidieux. La société post-68 échappe sans doute à une idéologie « cohérente en soi », ce qui ne signifie pas que la « liberté » de penser et d’agir apparente échappe à la domination de l’idéologie. Le contrôle de l’opinion, fondement de tout gouvernement, du plus despotique au plus libre, « est infiniment plus important dans les sociétés libres, où l’on ne peut maintenir l’obéissance par le fouet » (Noam Chomsky, Dominer le monde ou sauver la planète, Ed. 10/18, p, 15). Le contrôle de « l’opinion publique » à propos des événements de politique internationale est le fruit d’un travail aussi systématique et organisé que n’importe quelle autre production.

 

Alors, par rapport à 68, faut-il s’enfermer dans une grotte, et se couper du monde de peur de l’entendre se plaindre ?

 

 

 

 

La question : le marxisme a-t-il fait faillite ?

-         Faut-il faire une croix sur le concept de lutte de classe, d’exploitation, de plus-value, et penser que l’heure de Marx est définitivement passée ?

-         Faut-il penser que le capitalisme est un système qui s’auto-reproduira sans fin, que le prolétariat est un pôle de la contradiction, qui est définitivement intégré dans le système capitaliste ?

-         Faut-il penser que le « changement » ne peut être « pensé » que par le Negri et consorts, et « porté » par les Chavez et consorts ?

40 ans après ’68, on eut réaffirmer la validité du marxisme, et la nécessité d’actualiser le marxisme

-         La loi de la valeur et l’exploitation ont poursuivi leur conquête du monde, géographiquement, et dans tous les aspects de la vie sociale (industrie du loisir ; l’enseignement comme un des marchés les plus importants du 21ème siècle)

-         La mondialisation a rendu tout projet « autarcique » (la Chine) ou « de bloc » (l’ex-bloc de l’Est) complètement dépassé

-         La lutte de classe …

-         la domination  de la technologie et de la techno-science, dénoncée par l’école de Francfort (Adorno, Gunther Anders, Marcuse)  s’est renforcée ; avec la révolution des « technologies de l’information » et de l’informatique, le pouvoir dépend plus que jamais de la maîtrise de la technologie de pointe

-         le développement de la productivité conduit à une diminution du prix des marchandises de première nécessité pour le remplacement de la force de travail ; l’homme devient un consommateur et est mis en forme par les besoins de vendre les produits

-         l’augmentation du chômage, la honte promethéenne (Anders : la honte du côté faillible de l’homme face au côté infaillible de la machine)

-         tout mouvement est basé sur une perte d’illusions et sur une conscience de plus en plus aigue de la profondeur des changements à opérer : JL

 

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés