EN ELABORATION

Jeudi 22 octobre 2009

le mouvement communiste

  EXTRAIT D'UN TEXTE DE LH

  1. Le sujet des droits de l’Homme n’est donc pas l’homme mais la partie satisfaite de la société bourgeoisie qu’est la bourgeoisie. Telle est la tare de l’Etat moderne que Marx voulait élucider.  L’erreur est d’identifier émancipation politique  et émancipation humaine. C’est pourquoi, selon Marx,  l’affirmation réelle de l’homme ne peut s’accomplir qu’en dehors de l’élément du droit, c’est-à-dire de l’Etat politique : « les droits de l’homme seront par la suite condamnés par l’histoire même dont ils procèdent : l’affirmation bourgeoise des droits de l’homme révèle sa nécessité comme nécessité de la contradiction réelle qui constitue sa raison d’être et donc de disparaître. Les Droits de l’homme sont une auto-justification idéologique de l’affirmation de soi politique de l’homme du droit qu’est le bourgeois, se renient en étant niés dans le destin développant la contradiction de la société bourgeoise. »[1] Dans la société bourgeoisie, les intérêts de cette  classe d’hommes qu’est la bourgeoisie  se dissocient de plus en plus des intérêts de la communauté. L’émancipation politique n’est donc pas l’ultime étape de l’émancipation humaine comme la présente les thuriféraires de l’Etat de droit.. Elle en est plutôt la dernière forme à l’intérieur de l’ordre mondial « tel qu’il a existé jusqu’à présent » : celui de la division du travail, de la propriété privée, des classes, de la société civile comme  « bellum omnium contra omnes. » 

 

 

2.      Marx, interprète alors l’histoire humaine  l’émergence du sujet homme en tant qu’universel concret. C’est pourquoi, il distingue trois grands moments dans la séquence temporelle des formations historiques : le pré-capitalisme, le capitalisme et le communisme. Cette séquence est en réalité relative à la position de « l’homme » comme sujet, c’est-à-dire comme  universel concret : le communisme est ce mouvement.

 

  1. Dans la foulée du mouvement des Lumières, Marx affirme que l’homme est bien le sujet de l’histoire universelle mais avant le communisme, qui marque le passage de la préhistoire à l’histoire elle-même, l’homme reste un sujet présupposé c’est-à-dire nié par les rapports de production et en attente d’une position réelle, c’est-à-dire d’une position des individus réels eux-mêmes. C’est pourquoi, il ne s’attarde pas sur les lois générales des modes de production qui se sont succédé dans l’histoire mais sur leur différence spécifique. Ne s’attardant pas sur les lois générales, Marx ne s’attarde donc pas  sur des lois qui s’appliqueraient à « l’homme en général », comme le fait l’anthropologue : l’anthropologisation de la pensée de Marx qui n’est qu’un aspect de sa déconstruction, apparaît par exemple dans la notion de « société capitalisée ». La capitalisation des individus représente en effet une « mutation anthropologique » comme dilution de l’appartenance des individus à des classes sociales distinctes,  la société devenant elle-même une simple somme d’individus. Dans son approche naturaliste, la pensée anthropologisante renonce à la distinction que fait Marx entre la généralité abstraite « homme » et le sens qu’il donne lui-même à ce terme comme « universalité concrète ».

 

4.      Dans le pré-capitalisme,  les hommes sont le but de la production. Il s’agit cependant d’une satisfaction à l’intérieur d’un cadre limité :  « l’homme est le grec » ou « l’homme est un citoyen romain » : « le prédicat grec, romain, nie le sujet « homme » non pas  parce que « grec » ou « romain » sont des non-sujets (au sens où « ouvrier » et « capitaliste » sont des non-sujets) mais parce que ce prédicat, comme les autres prédicats analogues, enferment le sujet « homme » dans une détermination limitée. » [2]  Le capitalisme développe l’universalité des besoins. Mais l’homme n’y est pas non plus  le but de la production. Dans le capitalisme, l’homme est non-homme . Il est sujet nié en chose et donc individu insatisfait. Mais, dans le cas où « l’homme est un ouvrier »,  « la négation du sujet par le prédicat ne provient nullement de la limitation des prédicats. (…). Le prédicat satisfait bien à l’infinitude du sujet et de ce point de vue, il n’y aurait pas de négation. Mais il ne le satisfait que sous une forme négative. Le sujet ne rencontre pas une forme limitée mais  rencontre un infini négatif. La négation n’est pas limitation de l’infini, mais réalisation négative de l’infini en tant qu’infini. » [3] Ainsi pré-capitalisme et capitalisme répondent chacun à une exigence du communisme : l’homme comme but de la production dans le pré-capitalisme mais l’homme « limité », l’infinité de l’homme posée par le capitalisme mais sous une forme négative. Le communisme, mouvement réel de l’histoire,  réalise la synthèse des deux principes.

 

  1. Pour Marx, l’histoire des rapports sociaux est bien un processus d’individualisation progressive de l’existence sociale des individus en sa loi et en sa fin. Le capital est la dernière forme antagonique de cette existence sociale, la dernière forme basée sur l’existence de classes. En produisant la connexion universelle des individus, le capital a produit les conditions historiques d’une maîtrise de l’être social, c’est-à-dire d’une position de l’homme comme sujet réel. Car Marx considère comme éminemment révolutionnaire le rôle historique qu’a joué la bourgeoisie : l’époque bourgeoise se distingue de toutes les époques précédentes par le bouleversement incessant de la production, par la permanence de l’instabilité et du mouvement : « En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays (…) L’ancien isolement et l’autarcie locale et nationale font place à un trafic universel, une interdépendance universelle des nations. »[4]  et  « Il est certain que cette connexion des choses neutres est préférable à l’absence de lien entre les individus ou à un lien exclusivement local fondé sur l’étroitesse des liens du sang originel et sur des rapports de domination et de servitude. »[5] Il fallait donc que les individus créent d’abord cette connexion universelle pour pouvoir ensuite la maîtriser. Il ne s’agit donc plus de revenir à une soi-disant plénitude originaire. La production  historique de la connexion sociale est la condition du développement total des individus : « A des stades antérieurs de développement, l’individu singulier apparaît plus complet parce qu’il n’a justement pas encore élaboré la plénitude de ses relations et n’a pas encore fait face à celles-ci en tant que pouvoirs et rapports sociaux indépendants de lui. Il est aussi ridicule d’avoir la nostalgie de cette plénitude originelle que de croire qu’il en faille rester à cette totale vacuité. Le point de vue bourgeois n’a jamais dépassé l’opposition à cette vue romantique et c’est pourquoi, c’est cette dernière qui constitue légitimement le contraire des vues bourgeoises et les accompagnera jusqu’à son dernier souffle  »[6] On voit à quel point cette importance accordée à l’histoire, comme production de cette connexion universelle, s’oppose aux discours de l’authenticité et de la corruption de l’être authentique par le temps et par l’histoire.

 

6.      L’appropriation de la puissance sociale est la condition du plein épanouissement des individus : «  L’appropriation de ces forces n’est elle-même rien d’autre que l’épanouissement des aptitudes individuelles requises par les instruments matériels de la production. De ce fait, l’appropriation d’une totalité d’instruments de production équivaut à l’épanouissement d’une totalité de facultés dans les individus eux-mêmes…. » [7] Marx ajoute que  « Seuls les prolétaires des temps présents… sont capables de parvenir à cette affirmation active d’eux-mêmes, complète et non plus bornée,  qui consiste à s’approprier une totalité de forces productives et à déployer une totalité d’aptitudes supposées par là-même. » [8]

 

7.      Dans le développement de sa propre contradiction interne, la société capitaliste développe en même temps la négation d’elle-même, en produisant la classe des travailleurs salariés, travailleurs qui s’associent dans une lutte contre l’exploitation de leur puissance de travail. Dans cette lutte, ils forment une communauté qui vise à placer sous sa maîtrise ses propres conditions d’existence : « les individus y participent en tant qu’individus. C’est justement l’association des individus qui soumet à son autorité les conditions du libre épanouissement et du libre mouvement des individus, conditions qui avaient été jusque-là livrées au hasard et qui s’étaient figées en face des individus, précisément du fait de leur séparation en tant qu’individus et de leur union nécessaire. Imposée par la division du travail, celle-ci est devenue en raison de leur séparation, un lien étranger. » [9]   L ‘action des travailleurs salariés, le communisme, renverse donc cette forme déraisonnable de la raison qu’est le capital  et réconcilie la communauté et les individus réels. Le communisme dépasse : l’individualité pauvre mais assurée de la communauté organique pré-capitaliste ; l’individualité abstraitement libre, séparée de sa production, dans l’interdépendance réifiée de la société capitaliste, l’individualisation transparente à soi des individus faisant de leur productivité sociale leur propre puissance d’individuation. 

 

  1. Dans le communisme en effet :  l’homme ne se perd plus dans son objet car cet objet est devenu objet humain, c’est-à-dire  objet social : « l’objet, pour lui, devient un objet social, si lui-même devient pour soi un être social, et si la société devient pour lui un être dans cet objet. » [10] L’homme est donc devenu  l’objet de la conscience sensible et du besoin sensible : ce besoin est le  besoin de l’homme en tant qu’homme à l’image du langage,   le matériel de l’activité de chacun est d’emblée social, l’existence de chacun est  une existence sociale, chacun est conscient d’agir en tant qu’être social cette  conscience elle-même n’est que la forme théorique de ce dont la communauté réelle, l’être social est la forme vivante

 

9.      Se substitue alors  à la « richesse » de l’économie politique, l’homme riche, l’homme qui a besoin d’une totalité de manifestations humaines. L’universalité qui se réalise dans l’appropriation maîtrisée par les individus associés de la production est la totalité organisée de ces manifestations humaines, seule apte  à nourrir la « libre individualité » : « En se réalisant elle accomplira comme totalité organisée de pouvoirs réels ce que la conception abstraite de l’individualité abstraite tentait de définir à travers les prescriptions aliénées des Droits de l’homme. » [11]

 

 



[1] B. BOURGEOIS,  op. cit. p. 26

[2] R. FAUSTO, Marx : logique et politique, op.cit.,  p. 50

[3] R. FAUSTO, op.cit., p. 50

[4] K. MARX, Le manifeste communiste dans Philosophie, op .cit., p. 403

[5] K. MARX ,  op .cit.,  p. 97

[6] K. MARX,   op. cit., p. 99

[7] K. MARX, L’idéologie allemande dans Philosophie, op.cit. , p. 388

[8] K. MARX, op. cit., p. 388

[9] K. MARX, op. cit., p  387

[10] K. MARX, Manuscrits parisiens dans Philosophie, op . cit., p. 153

[11] B. BOURGEOIS, Droit et liberté selon Marx, op .cit.,  p. 51

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE
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Samedi 4 juillet 2009
Ce texte de FD est encore en élaboration.

Sommes-nous confrontés à une situation imprévisible ? Comment prendre en compte les soubresauts de la crise actuelle du capitalisme en fonction des intérêts de la classe ouvrière, en sachant qu'historiquement des éléments constitutifs permettant le fonctionnement et la réaction contre l'exploitation ne remplissent plus aujourd'hui le même rôle ?

Qu’est ce qui fait que ces réactions soient aussi timides, malgré l’importance de la crise, malgré les appels de tous ceux qui prétendent parler au nom de la classe ? Alors que se passe-t-il ?

 

Le système capitaliste

Le capitalisme est un système de production qui, dès le départ, déshumanise les relations sociales en instaurant le rapport monétaire à la valeur.  C’est ce rapport à la valeur qui évolue historiquement et dialectiquement en fonction du développement des forces productives.  Cette évolution se traduit par une pénétration de plus en plus forte de la valeur, accentuant en quelque sorte l’inhumanité du capital, la réification.  Cette situation se traduit par un cortège de violences orchestrées pour défendre la valorisation du capital contre la baisse tendancielle du taux de profit, dans un contexte de concurrence de plus en plus exacerbée entre les divers capitaux. 

Historiquement, le capitalisme résulte d'un long combat pour rendre possible la liberté de pouvoir vendre et acheter. Le combat de la bourgeoisie naissante se limite à la défense de la liberté marchande. Et si la loi de la valeur théorisée par Marx est une constante caractéristique du rapport de production capitaliste, son mouvement, son extension sont le produit historique d'une situation de classe, qui au 19ème siècle n'occupait pas encore entièrement le champ de l'accumulation possible, laissant ainsi une marge de manœuvre aux diverses classes sociales qui subissaient l'attaque frontale du rapport capitaliste.

 

Ce processus affecte toute la société capitaliste. Cela signifie que l'opération de la loi capitaliste de la valeur pénètre petit à petit la société comme une totalité; que chaque pore de la société est envahi et transformé par l'opération de la loi de la valeur; que tous les domaines de l'existence sociale sont tendanciellement envahis par la loi de la valeur. Ce qui empêche qu'une telle totalité mise en forme par la loi de la valeur ne devienne une totalisation dont il n'y a pas d'issue est le fait que la loi de la valeur a ses contradictions propres; contradictions qui fournissent la base pour son propre renversement.

Pour expliquer ce phénomène, Marx fait appel à une notion particulière, celle de la réification.

 

La réification selon Marx

Marx a développé le concept de réification.  La notion de réification apparaît en 1859, où Marx dit que les « relations sociales entre les personnes se présentent pour ainsi dire comme inversées, comme un rapport social entre les choses ».

Plus tard, dans le premier tome du Capital, il affirme que « la matérialisation des rapports de production provient de la structure interne de l’économie marchande. Le fétichisme n’est pas seulement un phénomène de conscience sociale, mais d’être social »…

La réification, c’est le phénomène par lequel les relations entre les êtres prennent la forme de relation entre des choses.

Mais dans l’œuvre de Marx, ce concept prendra diverses formes.  Dans les premiers temps, M. parle d’aliénation ou de séparation. Plus tard, lorsqu’il développera la théorie du fétichisme de la marchandise, il utilisera les notions de travail réifié ou figé, de fétichisme ou de théorie de la valeur.   Ces trois formulations sont des approches d’un même problème, la détermination de l’activité créatrice des travailleurs dans la forme capitaliste de l’économie.
La première approche par Marx de l’analyse des relations sociales dans la société capitaliste se fit au travers du concept d’aliénation ou de séparation.

Marx emprunte ce concept à Hegel tout en critiquant le contenu que ce dernier lui avait donné

Pourtant, en 1845, dans ses Thèses sur Feuerbach, Marx critique ceux selon qui l’essence de l’homme demeure isolée, hors de l’histoire , et, de ce fait, abstraite.

Pour Marx « l’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux » (Thèses sur F. in L’idéologie allemande). Selon Marx F. « n’arrive jamais aux hommes qui existent et agissent réellement,  il ne connaît pas d’autres rapports humains, de l’homme avec l’homme que l’amour et l’amitié, et encore idéalisés… Il ne parvient donc jamais à saisir le monde sensible comme la somme de l’activité vivante et physique des individus qui le composent »

Dans l’Idéologie allemande (1845=46), puis Misère de la philosophie (1847), Marx envisage l’homme en termes bien plus concrets, càd considère le monde des objets comme un monde d’activités humaines concrètes, d’activités créatrices

 

 

Avant cela (en 1844), Marx a pose l’aliénation comme inhérente aux relations sociales dans une société capitaliste où une classe s’approprie le travail qu’une autre classe aliène. « en définissant par l’analyse critique l’aliénation de l’homme par lui-même, l’aliénation du produit de son travail et même de sa propre activité, Marx a soulevé la question de l’abolition de ces formes de déshumanisation, et la possibilité de restaurer une société humaine ».

Dans certains passages des Manuscrits de 1844, Marx identifie même le communisme à une retour à la nature humaine «  (voir citation p. 7), le « retour à l’essence de l’homme ».

 

En 1847 (Misère de la philosophie) : « en acquérant de nouvelles forces productives, les hommes changent   leur mode de production et en changeant le mode de production…ils changent tous leurs rapports sociaux…p. 9 ». L’étape suivant, selon FP consistera à ramener l’essence » humaine dans l’histoire ce qui revient à affirmer que l’homme n’a pas d’autre essence que son existence historique, ce qui fait dire à Marx «que « la somme des forces de production, de capitaux, de formes de relations sociales que chaque individu et chaque génération trouvent comme des données existantes, est la base concrète de ce que les philosophes se sont représentés comme « substance » et « essence de l’homme »

Concernant le projet historique : « les hommes ont chaque fois atteint le degré d’émancipation que leur prescrivaient et permettaient non pas leur idéal de l’homme, mais les forces productives existantes ». Marx a résolu (selon FP) l’essence de l’homme dans les conditions historiques où l’homme vit et a été ainsi conduit à abandonner le conflit entre l’homme aliéné de la société capitaliste et son essence humaine non-aliénée. (p. 9).

Il est intéressant de noter que selon Rubin, en 1859 le conflit réapparut une nouvelle fois, sous la forme d’un conflit entre les forces productives et les relations sociales (v.p. 10, à discuter).

 

 

Voyons. « Pour transformer la théorie de l’aliénation des relations humaines en une théorie de la réification des relations sociales en théorie du fétichisme de la marchandise, Marx a du ouvrir la voie du socialisme utopique au socialisme scientifique de la négation de la réalité au nom d’un idéal à la recherche dans cette réalité même de forces de développement et de mouvement. Le lien entre l’aliénation et le fétichisme de la marchandise      réside dans le concept de réification   (matérialisation ou objectivation) des relations sociales

 

 

 

La réponse qu’il a proposé a été caractérisée de messianique : « le prolétariat est capable de rompre le processus de réification ».  L’Ecole de Frankfort en fait la critique.  Mais celle-ci débouche sur la négation du caractère révolutionnaire du prolétariat.  Pour l’Ecole de Frankfort, la société capitaliste s’oriente vers une réification totale.

 

De plus, le processus sociétal, même développant une réification extrême, laisse toujours subsister des espaces de désobéissance.  Dès lors, on peut interpeller l’Ecole de Frankfort afin qu’elle précise la nature de cette force potentielle non réifiante.

 

 

Les apports de Lukacs.

Celui-ci pensait que la réification trouverait ses limites dans la conscience du prolétariat, en tant que critique de la marchandise, alors que l’Ecole de Frankfort dénonce ce concept comme étant une pétition de principe idéaliste la thèse lukacsienne qui considère dans le prolétariat l’identité du sujet et de l’objet permettant ainsi le dépassement de la réification.

Plus tard, Lukács reprend, à partir de Marx, une définition élémentaire de la réification.  Celui-ci désigne le processus cognitif par lequel un être humain est perçu comme une chose. Lukács utilise des éléments issus de l’œuvre de Marx, de Weber, de Simmel, et cela dans « La réification et la conscience du prolétariat », issus de son œuvre maîtresse « 

Il s’agit de l’échange marchand qui, avec l’établissement des sociétés capitalistes, est devenu le mode dominant de l’activité intersubjective.

Avec l’évolution du K, les sujets sont contraints d’inscrire leur rapport à la société dans une relation réifiée.  Des choses dont on peut tirer profit.

On parle ainsi de chosification, lorsque l’objet, le traitement instrumental, lorsque les capacités personnelles sont transformées en élément économiquement profitable.

Il s’agit d’autre chose que d’une simple phénoménologie des changements d’attitudes.

 

Une explication fonctionnaliste intervient : l’extension du K exige  que toutes les sphères de la vie soient investies par le rapport marchand.

Mais il tient compte de l’apport de Weber, qui prétend que l’évolution sociétale amène à une   rationalisation des attitudes, dépassant le traditionalisme.

 

La transformation est vue ainsi du côté simplement objectal.  Et les hommes ?

En fait il y a transformation dans le sens où l’homme est amené à ne plus participer à l’action sociale.  Il devient spectateur, contemplateur non impliqué.

 

Lukács estime qu’avec l’expansion du rapport marchand, les hommes abandonnent leur position de sujets, parce que contraints de se comporter par rapport à la vie sociale en observateurs distanciés.

C’est la quête du profit qui rationalise le comportement.

 

Du fait de la socialisation, le système de comportement réifiant se développe.  Le traitement instrumental d’autrui est un fait social, avant d’être moral.

 

A quoi fait-il référence pour condamner le comportement réifié ?  Y a-t-il une référence normative, idéalisée ?

Pour  Lukács, la référence s’inscrit dans la pratique humaine, et tire sa justification des énoncés de l’ontologie sociale.

 

La question qui se pose ainsi : à quoi pourrait ressembler un rapport pratique au monde qui ne serait pas affecté par la contrainte de la réification ?


  A poursuivre

 

 

 

 

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Samedi 4 juillet 2009

Lâcher la proie pour l’ombre ou les errances d’une certaine critique

Ce texte de LH est une réponse appropriée à une série de dérapage quant à la compréhension de la crise.  Nous le discutons en ce moment au sein de PI.  Il comporte une cinquantaine de pages.


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Dimanche 18 janvier 2009


Aujourd’hui, la
parole s'est vidée de son contenu. 

Que se passe-t-il lorsque la société ne se reconnaît plus du tout dans ses propres dires ? 

L'idéologie, peut être comprise comme « l'intérêt » déguisé en éthique, est un ensemble de tabous et de mirages, et elle n'est plus efficiente en période de crise.

 

La parole au lieu de nous faire dire le monde comme il va, est devenue une technique de dissimulation.  Elle ne vise plus à donner un pouvoir sur les choses, mais sur les êtres. 

Elle cherche à restaurer la maîtrise d'un petit nombre d'individus sur tous.  Le monde se travestit-il ?  Ou bien sommes-nous un symbole du monde ? 

Le langage institue ce questionnement dans lequel nous baignons, et sans lequel il ne saurait y avoir pour ni de même (nous-mêmes) ni d'autre (le monde).

 

Il existe aussi un réel social, imposé par les hommes, développant un interdit fondamental qui est celui de la remise en cause de la propriété privée.

Il y a historiquement une tentative d’appréhender ce réel social et de contrer la loi qui instaure le respect de la propriété privée.  Le jeu de l’idéologisation permet, par l’inscription dans le social de maintenir le rapport social propre à la valorisation du capital.

 

La non reconnaissance sociale de l’être de l’homme est occultée par l’utilisation de l’imaginaire, par l’idéologisation, qui permet de ne pas penser le réel, qui permet d’entrevoir le paradis différemment de ce réel impossible à dire.

Il s’agit d’un processus historique qui tient compte dialectiquement de la représentation de l’humain forgé en fonction du développement des forces productives. (Les diverses représentations historiques de l’homme et les formes prises par la transmission).  L’homme véhicule une aspiration à savoir non satisfaite.  La métaphore du paradis terrestre est claire : pour avoir voulu savoir, l’homme est chassé du paradis.  Il y a interdiction originelle de connaître le réel.  Ceci va obliger l’homme à élaborer un savoir à partir de connaissances éparses d’abord, multiples ensuite, contradictoires enfin.  Les réponses qui sont données aujourd’hui sont manifestement insatisfaisantes. 

Dans L’Idéologie allemande[1], Marx résume parfaitement la question de la survie de l’homme : au tout début, les hommes ont trouvé les conditions favorables à leur développement.  En produisant leurs moyens d’existence, ils transforment la nature et se transforment eux-mêmes.  La science permet  ainsi d’expliquer et de comprendre le fonctionnement de la nature, du monde d’abord, englobant petit à petit les relations créées par la vie de l’homme lui même.

 

 

S’agit-il d’une utopie ?

Les utopistes ne se contentent pas de prendre conscience de ce qui, dans la réalité, leur déplaît; ils tentent d'imaginer une autre réalité qui leur serait plus acceptable. Ce faisant ils sont le fer de lance de l'évolution.

L'Utopie n'est jamais une solution de rechange toute faite; au mieux, c'est une «expérience de pensée» qui permet de prévoir les conséquences de telle ou telle réforme; ce peut être aussi un pur rêve déconnecté de la réalité. C'est une fiction, plus simple que la réalité.
Marx était un utopiste, les politiciens qui s'en sont ultérieurement inspirés n'ont pas réussi à créer le paradis des prolétaires, à supposer qu'ils l'aient cherché. Les anti-marxistes, en revanche, ne cherchent aucunement à créer quelque paradis que ce soit...

Par opposition, on peut considérer les soumis à l'ordre établi, les  résignés, les conservateurs stricts, qui sont par nature opposés à toute évolution.
Mais une seule chose compte : développer l’humanité, la laisser se déployer, dans le respect de chaque être, vers ce qu’il offre à la fois de transparence et d’opacité, dans la singularité de son histoire.

 

On peut s’interroger sur les faits, les événements qui ont permis ce développement.

On peut faire la distinction entre collectif qui concerne le système de production, de distribution, de consommation, en un mot le collectivisme, et la communauté qui corrige la prépondérance de l’organisationnel, de l’administratif au profit du politique innovant.  Il s’agit de privilégier la rencontre, ce qui relève de l’éthique, d’une dimension inconsciente, avec le désir d’y être sans le savoir.

L’utopie, c’est un non lieu proposant une société harmonieuse garantissant le bonheur des hommes.  Modèle totalitaire et aliénant reposant sur une morale formalisée autour de 4 idéaux :

·         Reproduction / abstinence

·         Travail obligatoire

·         Collectivisme

·         obéissance

Les rapports entre les gens sont transformés ainsi en rapports objectivés entre choses.

Il s’agit de réaliser la séparation absolue du vivant objetisé du parlant ouvrant la porte au sujet.  On peut ainsi poser la question de l’éthique, à savoir celle de la structure autour de laquelle s’articule le projet communiste.  Quel est le rapport de l’imaginaire au réel dans la recherche d’une société désaliénée.

On en revient ainsi à poser la question de la parole de l’humain.  Interdisant le meurtre, l’inceste qui laisse place au désir,  à la signification de la limite par rapport à l’Autre.

Le projet communiste fait apparaître la question du respect d’organiser la cité autour de la reconnaissance de la pluralité des singularités.

 

Comment comprendre les changements de manière différente ?

L’enjeu de la compréhension  n’est pas une donnée à connaître, mais une tâche historique : il s’agit d’envisager ce qui relie l’histoire passée, les réalités actuelles et les virtualités futures. 

Il importe de reconnaître la primauté de la confrontation dans l’élaboration de la pensée, mouvement dialectique, qui partant de la relation de diverses expériences, débouche sur de nouvelles expériences pratiques demandant à être théorisées.  Ce qui permet de développer une vision plus élaborée de la réalité contradictoire analysée.  Tout le mouvement d’élaboration théorique repose sur la possibilité d’analyses contradictoires, formulations qui peuvent être remises en question par la pratique. 

La pensée dominante se ramène souvent à présenter le monde comme fonctionnant avec des « lois naturelles, avec une rationalité extérieure à l’homme, monde qui serait incapable d’être influencé par l’individu.  Et on se retrouve en général en présence de visions contemplatives, fatalistes.

Les systèmes explicatifs qui sont proposés ainsi réduisent l’action possible de l’homme à l’utilisation de technologies au profit de buts parcellaires, à l’utilisation de préceptes moralisateurs, en guise d’éthique, proposant une vision normative de l’intervention de l’homme, relevant de l’école kantienne, reléguant l’action de l’homme à l’impuissance.

 



[1] MARX, K. – ENGELS, F.  (1972).   L’idéologie allemande.  Paris.  Editions Sociales  A583

 

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