DISCUSSIONS

Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 13:52

 Cher Max,

 En réponse a ta lettre je veux d’abord préciser le concept « travail productif » dans l’analyse de Marx, et puis clarifier comment nous comprenons le concept d’ « ouvrier collectif ».

Je crois que nous sommes d’accord que pour Marx le concept « travail productif », comme le concept « valeur » n’a pas le même sens que dans la langue commune. Il le définit en fonction de sa théorie de la valeur : c’est le travail qui fait que la valeur du capital produit est plus haute que celle du capital investi. C’est une définition du point de vue du capital, de l’accumulation de la valeur. Ce n’est pas la nature concrète du travail qui le fait productif ou improductif. Prenons ton exemple des « personnels dits de maison ». Tu écris qu’ils ne sont pas productifs parce qu’ils ne sont pas payés avec du capital mais avec le revenu des capitalistes, mais c’est une explication tautologique car ce qui definit le revenu est ce qu’il n’est pas productivement investi. « Tous les produits qui sont consommés individuellement sont payés par le revenu », écrit Marx, « mais cela ne veut pas dire qu’aucune valeur n’est créée ni appropriée par le capital dans leur production ». Le personnel domestique est en effet improductif, mais pas parce qu’ils ne font pas de « surtravail ». En contraire, ils en font énormément (Mais j’ai l’impression que tu utilises « surtravail », et « survaleur » comme synonymes de « plus-value », corrige-moi si je me trompe). Ils sont improductifs parce qu’ils n’augmentent pas le capital, leur travail ne produit pas du capital dans une forme nouvelle. Ces domestiques certes sont des prolétaires. Ils vendent leur force de travail, dont le prix est déterminé par la valeur générale de la force de travail (mais qui se trouve souvent au-dessous de cette valeur, vu les caractéristiques du secteur) mais c’est la seule vente qui se déroule, il n’y a pas de vente subséquente qui réalise le surtravail accompli comme plus-value, comme capital. La situation change si le riche décide de ne plus engager directement des domestiques mais d’employer des firmes spécialisées pour nettoyer sa maison ou soigner son jardin. Le même travail devient productif parce qu’il produit une marchandise, une service dont l’achat réalise le surtravail comme plus-value. Donc, contrairement a ce que tu penses, ces jardiniers de villas souvent sont bien, du point de vue de la théorie de valeur, des travailleurs productifs.    

Je traite le concept de travail productif plus à fond ici : http://internationalist-perspective.org/IP/ip-discussions/software9.html.  (Tu y trouveras aussi la source des citations de ce texte)

On a le droit de ne pas être d’accord avec Marx mais pas de déformer sa pensée. C’est ce que tu fais, sans doute sans le vouloir. Tu écris plusieurs fois que tu nous apprends rien de nouveau à propos de Marx. Au contraire, tu nous apprends une interprétation de sa pensée tout a fait nouvelle. Moi en tout cas je n’ai jamais entendu l’idée que pour lui « capital productif [est] le capital voué au paiement des travaux dont le résultat physique est la fabrication des objets immédiatement nécessaires à l’existence des travailleurs et à la reproduction de ceux-ci », et que « la plus-value issue de cette sphère des travaux capitalistes salariés est la seule qui concourt à l’accumulation capitaliste », et tout le reste est « une valeur d’usage pour la société, ni qu’il ne génère point de profit pour les employeurs ».

Point de profit en dehors de la production des biens de consommation pour les travailleurs ? On se demande alors pourquoi les capitalistes investissent dans la production de machines, si ca ne rapporte pas de plus-value et pourquoi ils cherchent d’abord à réduire la consommation des travailleurs. Et surtout, si la production de la plus-value accumulable n’est produite que dans la production des biens de consommation des travailleurs, comment cette plus-value est-elle réalisée, si le reste de l’économie, pour une raison que tu es le seul à comprendre, ne produit que des valeurs d’usage? J’espère que ce n’est pas encore une fois la béquille des marchés extra-capitalistes qui soutient cette étrange hypothèse. En tout cas, une grande partie de l’œuvre de Marx (le Capital, en particulier vol2, ou il analyse le processus de transformation de la valeur dans le mouvement cyclique de reproduction élargie du capital, mais aussi les Grundrisse) n’aurait pas pu être écrit s’il avait partagé ta vision de ce qui est « travail productif ».

Nous sommes d’accord avec toi que c’est une erreur de définir le prolétariat sur base du concept de ‘travail productif’. Le prolétariat se définit du point de vue du prolétariat, pas du capital : c’est la classe sociale qui dépend de la vente de sa force de travail dont dépend la reproduction de la société. En ce qui concerne sa position sociale, peu importe si le capitaliste utilise cette force de travail pour des fins productives ou improductives. En ce qui concerne la rentabilité du capital dans son ensemble par contre, c’est la question essentielle. Selon la théorie de Marx, c’est exclusivement dans la sphère de la production des marchandises que la valeur est créée. Donc tout le travail dans la sphère de la circulation des marchandises est par définition improductif (avec l’exception importante du travail nécessaire pour transporter les marchandises et les mettre à la disposition des acheteurs, qu’il considérait comme une extension de la sphère de la production dans la sphère de la circulation qui augmente la valeur des marchandises). Plus largement, tout le travail qui ne produit pas des marchandises vendables ne peut pas être productif. Dans la phase de production, A (le capital investi) se transforme en M, marchandises. Seulement en prenant une forme-valeur, le travail accompli est du capital élargi. Cependant, le capital a besoin de beaucoup de travail qui ne créé pas de marchandises mais qui est nécessaire dans sa gestion de la société. La aussi des travailleurs font du surtravail, c'est-à-dire qu’ils bossent plus d’heures que nécessaires pour produire ce qu’ils achètent avec leurs salaires, mais ce surtravail n’est pas cristallisé dans des marchandises vendables, ce qui pour Marx est le critère essentiel du travail productif. Les caractéristiques concrètes de ces marchandises n’ont point  d’importance en cet égard. Elles doivent avoir une valeur d’usage, autrement elles ne seraient pas vendables. Mais contrairement à ce que tu penses, pour Marx, "la désignation du travail comme travail productif n’a absolument rien à voir avec le contenu déterminé du travail, ou avec la valeur d’usage particulière dans laquelle il se manifeste ». La valeur d’usage particulière de ce qui est produit est bien sûr très importante dans l’analyse de la reproduction du capital et ses obstacles (qu’on a discuté dans plusieurs textes, entre autre ‘Crise de la valeur’), mais pas dans la phase A-M, dans laquelle la valeur est produite par le travail productif. Ce que Marx analyse est comment le capital s’accroit, comment la forme-valeur (qui est une relation sociale entre capital et travail) est transmise dans les marchandises. Ces marchandises peuvent être des objets ou des services, lourdes ou intangibles, utiles ou des conneries de luxe, du pain ou des missiles, des tracteurs ou des cours d’université, ce qui compte c’est que leur forme de marchandises vendables transmet la forme-valeur et permet l’intégration de la plus-value dans la circulation du capital.

Comme tu sais, nous insistons beaucoup sur les transformations qui se déroulent et se sont déroulées dans le capitalisme, et nous utilisons le concept de Marx d’une dynamique générale vers la ‘domination réelle du capital’ sur l’économie, le processus de travail et la société entière, pour les analyser. Ce cadre permet entre autre de percevoir l’extension de la forme-valeur, sa pénétration dans toutes les activités humaines et donc aussi l’extension du travail productif dans des secteurs où il n’était pas dominant avant (services etc). C’est un facteur dont il faut tenir compte en regardant les conditions de la production de la valeur aujourd’hui. Mais cette dynamique change aussi le prolétariat. L’«ouvrier collectif» est le produit de cette transformation du capitalisme ; il n’est donc pas correct d’affirmer qu’il a existé toujours. Cette transformation a mené à un processus de production dans laquelle l’accroissement de la richesse réelle n’est plus déterminée par la croissance du surtravail mais par la mise en oeuvre d’une force productive sociale dont la productivité est déterminée par l’application de la connaissance générale. Par contre, de manière absurde,le temps de travail reste la mesure de la valeur. La valeur de la production reste la somme du temps de travail nécessaire. La transformation technologique rend possible que le capital s’approprie d’une partie toujours plus grande de cette valeur, car elle fait tomber la valeur des couts de la réproduction du travail nécessaire. Au même temps, avec la diminuation du travail nécessaire, la valeur totale diminue (relativement).Cette transformation technologique fait aussi que le travailleur n’est plus au centre de la production, qui s’accroit beaucoup plus rapidement que la valeur . C’est la technologie et la science qui causent cette productivité gigantesque, pas l’acroissement de travail nécessaire. Le centre du processus de production sont les machines, les systèmes automatisées etc., produits et opérés par ‘l’ouvrier collectif’. Les apports individuels à la production deviennent difficilement a mesurer car le processus de travail se socialise toujours plus. C’est l’effort collectif de travailleurs, col-bleus et col-blancs qui, souvent sur des continents différents, produisent les marchandises. Cela a des conséquences sur quel travail est productif. Les liens entre le produit finale et les différents travailleurs qui ont contribués dans des roles différents à sa production, sont souvent moins visibles. Des services différents sont intègrés par la forme valeur dans la production collective de marchandises.

 Pour nous, « l’ouvrier collectif » c’est n’est pas les travailleurs productifs, c’est n’est pas le prolétariat de toujours, c’est le prolétariat d’aujourd’hui, employés et sans-emplois. C’est la force sociale dont le capitalisme dépend pour la création de la valeur, dont l’humanité dépend pour sa reproduction. Même si la domination réelle détruit l’ espace autonome que le prolétariat pouvait occuper avant, et renforce ainsi le totalitarisme de la forme-valeur, la socialisation du travail qu’il opère, et la centralité auquel il mène, la connaissance comme source de la richesse réelle, ouvrent des potentialités d’une communisation réelle, d’une vraie révolution, qui sont historiquement nouvelles.      

Du point de vue de ‘l’ouvrier collectif’, la distinction entre travailleurs productifs et improductifs n’a pas d’importance. Il n’y a pas de « bataillions d’avant-garde » situés dans les secteurs productifs. L’émergence du travailleur collectif a explosé les frontières fixes entre les deux. Et le capitalisme a besoin des travailleurs improductifs aussi. Tout mouvement qui ne tend pas à la généralisation sera défait.

Distinguer travail productif et improductif reste important car seulement le premier permet l’accumulation de la valeur dont le capitalisme dépend. C’est dans cette contexte que nous avons essayé d’analyser l‘évolution de ces catégories.

Sander 

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE - Publié dans : DISCUSSIONS
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 13:51

Qu’est-ce que Marx entend par « travail productif » ? C’est d’abord pour lui n’importe quelle espèce de labeur dont le résultat excède en valeur le coût (social) de la force de travail employée à le réaliser. Tout travail accompli sous le régime capitaliste doit par nature, nécessairement, aboutir à une survaleur ; autrement, on n’a plus affaire à du capitalisme. Tout travail salarié ne génère pas forcément un surtravail (encore que, en général, oui), tel est par exemple le cas des personnels dits de maison privée, dont le travail, n’étant pas rétribué avec du capital mais avec de la rente, est extérieur au champ capitaliste. En revanche, absolument tout travail réalisé dans ce dernier champ est soumis à la règle impérative de la survaleur.
Marx, c’est bien connu, donne un panel diversifié d’exemples d’emplois qui génèrent de la plus-value : ils vont de l’ouvrier de manufacture ou d’usine au clown en passant par l’instituteur, l’écrivain travaillant pour une maison d’édition ou une cantatrice engagée par un directeur d’opéra. Pour moderniser le propos, on pourrait citer encore les employés de banque, les caissières de grand magasin, les techniciens du tournage des films, le personnel hôtelier, les conducteurs d’autocars touristiques, etc. Dans la mesure où chacun de ces types de travailleur est salarié par une entreprise capitaliste, pour autant qu’il reçoive un salaire contre sa prestation, eh bien, tous ces travailleurs enrichissent d’une survaleur l’entrepreneur qui les salarie. C’est la productivité générique du travail effectué dans les conditions capitalistes.
En même temps, Marx fait délimite ce qu’il appelle « capital productif », comprenant par là le capital voué au paiement des travaux dont le résultat physique est la fabrication des objets immédiatement nécessaires à l’existence des travailleurs et à la reproduction de ceux-ci. Pour Marx, une telle production  est la source première de la survaleur et l’origine du capital voué au paiement des autres travaux. La plus-value issue de cette sphère des travaux capitalistes salariés est la seule qui concourt à l’accumulation capitaliste au niveau global du système. C’est cette par-là de l’activité productrice capitaliste générale que Marx nomme rigoureusement « travail productif », c’est-à-dire productif de la quote-part de la plus-value générale qui participe directement à l’accumulation systémique du capital. Par antithèse, tout ce qui ne peut être dit productif au sens ci-dessus défini est réputé « improductif », cela ne voulant évidemment pas dire qu’il n’a pas de résultat tangible : une valeur d’usage pour la société, ni qu’il ne génère point de profit pour les employeurs.

 

Le point de départ est le texte que Mac Intosh a diffusé ce dernier décembre en réplique aux charges polémiques de RGF dans le débat sur la caractérisation de classe de mouvements tel celui des Indignés. Votre compagnon écrit :

« Le problème est l’absence de l’historicité dans la théorie de RGF, ou du moins dans son analyse du mode de production capitaliste (MPC). Sa vision du MPC est statique, figée, gelée. Il n’y a pas de processus dans la trajectoire du capitalisme. Au contraire, il y a la tendance à pérenniser les données immédiates comme si on était encore en 1847 ou peut-être en 1917 ; il y a une série d’invariances dans RGF : invariance des textes du marxisme, invariance du capital et ses modes d’extraction de la plus-value et d’accumulation. Invariance du marxisme, invariance du prolétariat, qui semble rester pour RGF exclusivement les cols-bleus, dans les grandes usines industrielles, qui produisent, chacun individuellement, de la plus-value. » (Premier paragraphe du texte.)

Et, au dernier paragraphe de la page 1 :

« Mais la plus grande faiblesse théorique de RGF, à mon avis, est sa conception de la classe ouvrière, comme elle était encore au XIXe siècle  […] Où est l’ouvrier collectif des manuscrits de Marx ? L’ouvrier collectif qui produit la valeur collectivement, qui est la source de la plus-value, du travail abstrait. Cet ouvrier collectif se trouve dans les usines et dans les bureaux, mais aussi dans les bidonvilles, lorsqu’il est devenu superflu pour les besoins du capital. Cet ouvrier collectif est absent dans la théorie de RGF, ou bien il en situe une partie significative dans les ‘classes moyennes’. »

Je pense que la critique d’anhistoricité de la pensée de RGF est légitime. Tous les arguments du réquisitoire d’Alan ne sont pas forcément bien ajustés1 mais le propos du camarade est en général valide fondamentalement. Nos amis les Robin Bonfant ne dénient évidemment pas le témoignage de leurs yeux qui indique des changements dans la vie du capitalisme et de sa société mais estiment que ces changements ne sont que le simple déroulement du métabolisme économico-social capitaliste dont les principes actifs auraient été une fois pour toutes analysés par Marx au XIXe  siècle (avant 1883). Ces modifications n’ont rien de nouveau dans leur teneur profonde. A ce plan et pour l’essentiel, il en va de la vision du prolétariat chez eux comme de l’extraction de la plus-value. Le raisonnement de RGF est foncièrement essentialiste (ou ontologique) : tout ce qui advient était contenu dans la matrice originelle. Mon intention……

Dans la longue citation que j’ai faite du texte d’Alan, il y a un point précis qui m’a accroché, c’est lorsque le camarade écrit : « Cet ouvrier collectif se trouve dans les usines et dans les bureaux […]. » En premier examen, cette assertion provoque à penser que l’« ouvrier collectif » en question, dont Mac Intosh a dit par ailleurs, on l’a lu, qu’il était le producteur collectif de la valeur et de la plus-value, regrouperait pratiquement toutes les catégories de travailleurs. En somme, tout travail (salarié, s’entend) serait productif pour le capital. Cela, si, comme Alan, on entend être respectueux du cadre marxien d’analyse, apparaît incorrect. Il y a dans ces mots de Mac Intosh, ce me semble, une confusion entre le fait que tous les travailleurs n’ayant que la vente de leur force de travail pour subsister composent le prolétariat et la donnée que seule une partie du travail est générateur de plus-value, concourant ainsi à l’accumulation capitaliste.

L’objectif modeste de mon intervention sera de montrer pourquoi il faut faire la distinction entre ces deux points. On peut la comprendre aussi comme une élucidation actuelle de l « ouvrier collectif » en partant du point de vue que cet ouvrier là n’est pas tout le prolétariat, qu’on ne peut pas le tenir pour un terme équivalent à « prolétariat » (où à ce que vous appelez à PI « classe ouvrière »,expression qui, pour le compte, est davantage dans une relation de synonymie avec « ouvrier collectif »).

Si, donc, on peut et doit en effet entendre le prolétariat comme l’ensemble des personnes qui sont contraintes de vendre leur force de travail contre salaire pour vivre, il faut aussi préciser les données factuelles suivantes :

Ceux qui n'ont que leur force de travail à vendreau capital pour subsister, le prolétariat en un autre mot, représentent de nos jours environ les deux tiers de la population active, non salariés inclus. Cela en moyenne et au moins pour les pays de vieux capitalisme ; avec le cas des "nouveaux pays émergents" (Chine, Inde...), cette moyenne s'abaisse quelque peu (mais pas tant que ça). A cette population active salariée, nous devons, nous les révolutionnaires, ajouter l'immense majorité des chômeurs et ceux qui ne peuvent pas même espérer entrer un jour dans le salariat (des jeunes gens en général) ou y rentrer après perte d’emploi. Il convient aussi de rattacher au prolétariat, si minime soit leur effectif, les travailleurs attelés à des labeurs d'ordre privé (jardiniers de villas, par exemple), bien que leur salaire ne soit pas payé avec du capital.

2° Dans le prolétariat, il n'y a pas que des cols-bleus. Ceux-ci comptent grosso modo pour un tiers de la population active seulement. L'autre tiers, comment le décrire ? disons que c'est l'ensemble des non-cols-bleus, ou cols-blancs, pour faire synthétique.

3° Tous les cols-bleus, ou travailleurs manuels, pour aller encore une fois très vite, ne sont pas affectés à la production des biens et richesses immédiatement nécessaires à la vie des gens. Vaste secteur, s'il en est, qui va de l'extraction des minerais aux chantiers de construction de bâtiments d'habitation en passant par les diverses industries (sidérurgie, industries de transformation, pharmacie, agriculture...). On les trouve aussi, en nombre certes moindre, dans les secteurs extérieurs à ladite production. Il y a d'autre part des cols-blancs intégrés au procès de cette même production-là, ne serait-ce que les concepteurs de machines et de technologies, si déterminantes dans le capitalisme d'après 1975, sans oublier les ingénieurs et techniciens de fabrication. Mais la plus grosse partie des non-cols-bleus est employée dans les activités de services, qui ne produisent rien à strictement parler : ils ne fabriquent pas. Dans ce lot, il y a évidemment les employés d'assurance ou de banque, les employés commerciaux, les travailleurs des secteurs du loisir, du tourisme. etc., ainsi que les fonctionnaires administratifs. Répétons que, dans ces secteurs, il y a un petit contingent de cols-bleus.

Ces précisions factuelles étant effectuées, il faut voir, si l'on entend demeurer dans le champ marxiste, si l'on estime devoir se plier au cadre de la critique de la valeur économique - comme Jacqueline en proteste au nom de PI au long des autres chapitres de son article -, ce que tout  cela donne par rapport à la production de plus-value concourant à l'accumulation capitaliste globale. Pour Marx, je ne vous l'apprends pas, c'est au niveau de l'accumulation en question, et uniquement là, qu'il faut porter l'identification de la force sociale véritablement révolutionnaire. Celle-ci est donc la classe de la production de la plus-value qui constitue en même temps, les aspects étant consubtantiellement liés, la classe productrice (fabricante) des biens et richesses sociales immédiatement nécessaires. Cette classe me semble devoir correspondre à ce que vous appelez l'"ouvrier collectif".

 De ce que j'ai dit plus haut, il se tire clairement que cet ouvrier-là est éminemment associé dans le procès de production (de plus-value et de richesses sociales conjointement) , lequel combine des travaux manuels et intellectuels, d'exécutants et ordonnants,  de multiples métiers et qualités à l'échelle intercontinentale. Cela s'amorçait déjà à l'époque de Marx et s'est considérablement amplifié au XXe siècle jusqu'à nos jours. Depuis les années 1970, la robotisation et l'incorporation des technologies informatiques dans la production matérielle a parfaitement vérifié ce que Marx disait du "general intellect". Jacqueline, toujours dans l'article évoqué, a tout à fait raison de dire que le caractère combiné et coopératif du travail strictement producteur (et même les autres à quelque degré), que l'"ouvrier collectif", en termes équivalents, a toujours existé dans le travail (y compris au stade manufacturier, en fait, où la somme des travaux identiques mais  individuels constitue la production d'entreprise) que régit le capitalisme et n'est donc pas un concept nouveau. Son référent s'est développé, voilà tout (mais ce développement a sans doute atteint aujourd'hui le palier où l'augmentation quantitative devient un changement qualitatif). Encore faut-il bien -une nouvelle fois si l'on entend être fidèle à Marx -circonscrire l'usage dudit concept, qui ne saurait s'appliquer qu'à la sphère de la production des biens et richesses sociales de base, même si l'assise de cette production, comme je l'ai souligné, s'est énormément élargie par rapport au XIXe siècle.

S'il est exact, commme le fait Jacqueline, de placer face au capitalisme une force sociale unie, toutes catégories d'emploi et secteurs d'activité confondus, cols-bleus et blancs, par la commune obligation de vendre sa force de travail, il convient pourtant, au sein de ce grand ensemble, de distinguer, pour respecter l'esprit marxien, les travailleurs non-productifs (de plus-value et de richesses sociales)  des travailleurs productifs. Pourquoi ? Parce qu'il semble que, aux yeux de Marx, les productifs sont, en qualité de créateurs de plus-value accumulable, à la place qui structure tout le rapport capital-travail. Ils sont sur la ligne de faille centrale du système et leurs luttes jouent immédiatement sur le processus d'accumulation capitaliste, voire le bloquent. Là réside l'argument majeur d'une théorie classiquement répandue dans le milieu révolutionnaire et qui fait de ces travailleurs-là le fer de lance de toute la classe ouvrière (qu'il vaudrait d'ailleurs mieux appeler prolétariat car le contingent ouvrier n'en est qu'une partie; importante, certes, mais une partie seulement, surtout aujourd'hui). Les autre arguments, je le rappelle, sont que cette fraction du prolétariat est bien  plus associée, collectivisée, que les autres dans de gigantesques unités de production (ce qui est moins vrai de nos jours, sauf, peut-être, en Chine, Inde, etc.) et qu'elle possède la plus ancienne tradition de lutte. A ces titres, elle serait bien l'avant-garde révolutionnaire.

Ce qui a déclenché la présente communication, c'est la lecture, sous la plume de Mac Intosh répliquant en décembre aux charges polémiques de RGF par rapport à la caractérisation de classe de mouvements tel celui des Indignés, de ces mots  : "Cet ouvrier collectif se trouve dans les usines et les bureaux (...)." Au regard de tout ce qui a été dit ci-dessus du schéma analytique de Marx, Alan, tout en se revendiquant du marxisme, que je sache, pèche par imprécision : tous les travailleurs de bureau ne font évidemment pas partie de l'"ouvrier collectif" mais une partie mineure seulement. Sans doute n'est-ce là que le fruit d'un discours précipité par l'énervement, bien compréhensible, que les Robin ont provoqué. Ce même emportement est sans doute responsable du procès inique que le camarade intente à Robin Bonenfant en l'accusant doublement, à tort, de balancer à la poubelle le concept d'"ouvrier collectif" marxien et de prétendre que la classe productrice de la plus-value est uniquement composé d'ouvriers stricto sensu.

Pour  peu qu'on se donne la peine de lire la littérature de RGF sur son site (ou sur papier), il est clair que ce groupe ne mérite pas les critiques en question. Je comprends à ce plan que le bouffeur de textes marxiens qu'il est se soit  senti violemment vexé : pensez-donc, il sait mieux que personne le passage du Capital où Marx a parlé de ce fameux ouvrier et s'en réclame à la lettre en le citant in extenso aussi bien que Jacqueline le fait dans son article de 2006,  texte dont la riposte de RGF montre qu'il ne l'a pas ou mal lu à son tour. Jacqueline, polémiquant pour sa part contre Hardt et Negri, dit bien, en effet, que tout travail accompli sous le régime capitaliste n'est pas producteur de valeur économique (tout en argumentant sur le fait que la difficulté à délimiter précisément  la sphère de cette production aujourd'hui n'empêche pas celle-ci d'exister et ne doit pas conduire à l'abandon de la théorie critique marxienne de la valeur). S'il avait lu ces propos, RGF, répondant à Mac Intosh, n'aurait pas fait pareillement son laïus offusqué sur le rejet de la notion de "travail improductif" par PI. Il est vrai cependant que la camarade ne désigne ce travail qu'en creux, sans le caractériser, en antithèse implicite du "travail productif". RGF, Jacqueline en conviendra, n'a pas tort d'insister, dans le cadre marxien s'entend, sur le fait que le gonflement de la sphère improductive, l'augmentation des faux frais capitalistes, pour le dire en d'autres mots, n'est pas sans jouer, au cours du développement historique du système (le passage à la fameuse domination formelle),  sur l'accumulation et la productivité du travail. Jacqueline dit aussi cela mais, c'est vrai, PI gagnerait à traiter spécifiquement de ce point.

Il y a là, par manque, une sorte d'appel d'air dont l'effet est accusé à l'intérieur du texte que Gérard Bad, peu suspect de connivence avec les Robin, a (re)diffusé lui aussi dans le Réseau international de discussion fin novembre dernier, pour le même débat. Je cite le passage : "Nous avons, selon moi, deux tendances révisionnistes (du marxisme, ndr) : l'une que nous venons de voir avec Camatte (mais aussi RGF, ndr) consiste à réduire le prolétariat  à sa fraction productrice de plus-value et donc à diviser le prolétariat (...) ; l'autre revient à gommer la distinction entre la sphère de production et celle de la circulation et à nous présenter un prolétariat socialisé sous le vocable de travailleur collectif."

PI n'est pas désigné nommément comme illustration de la seconde tendance mais, comme avocat notoire dudit travailleur,  il est bien entendu concerné par le tir critique de Bad. Sa pointe contre la division du prolétariat trouve sa justification particulière en regard du discours très marqué de RGF établissant une différence d'intérêt objectif entre le prolétariat producteur de plus-value et les autres catégories de salariés, consommatrices de cette plus-value, parasites en quelque mesure. Cet aspect de la position des Robin, legs du bordiguisme, je crois bien, voire du stalinisme, sur les classes doit à mon avis être spécialement attaqué.
Le texte de Bad est intéressant à un autre point de vue, pas vraiment nouveau mais utile à répéter. Si, dit-il, il est important de discriminer travail productif et travail improductif, parce que l'un et l'autre jouent sur l'accumulation capitaliste et celle-ci sur les conditions de la lutte de classe, cela n'importe aucunement dès qu'on se place sur le terrain concret de cette lutte. Là, dit Gérard, joue seul le fait de l'astreinte à la vente de la force de travail, commune à tous les travailleurs (ou presque), tous également exploités dans le rapport capital-travail. Sous cet angle de vue, le prolétariat est unique, et dans ses motifs de lutte, et dans les formes de celle-ci.

Il est ainsi pour le moins exagéré de prêter à RGF l’idée que la classe ouvrière (Robin préfère presque toujours dire « prolétariat ») serait composée uniquement de cols-bleus d’usines et d’accuser ce groupe de brader la notion d’ « ouvrier collectif ». Ce serait une pure imbécillité de la part de RGF car le caractère collectif du travail sous le capitalisme (et même avant lui) est une évidence pout tout un chacun, hier comme aujourd’hui.

Par PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE - Publié dans : DISCUSSIONS
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 08:55

La critique que fait RGF à PI, l’accusant d’une “raison humaniste et universalisme interclassiste”, d’une incompréhension de la réalité proletarienne, d’une incapacité à comprendre la conception matérialiste de la théorie de la lutte de classe, d’un enthousiasme pour les idéologies des “classes moyennes” ou de l’ “aristocratie ouvrière”, est elle-même située sur un terrain ideologique en-dessous du marxisme.

A mon avis la catégorie la plus importante de Marx est l’historicité; ça c’est le veritable centre de sa méthode: “Nous ne connaissons qu’une seule science, celle de l’histoire.” (l’Ideologie allemande)

 

L’histoire au sein de la nature, l’histoire des modes de productions, l’histoire au sein d’un mode de production spécifique, par exemple le mpc, des étapes dans son dévelopment, dans les modes de subsomption du travail au capital et dans la physionomie de la classe ouvrière. Le problème est l’absence de l’historicité dans la theorie de RGF, ou du moins dans son analyse du mode de production capitaliste (mpc). Sa vision du mpc est statique, figée, gelée. Il n’y a pas de processus dans la trajectoire du capitalisme. Au contraire, il y a la tendance a pérenniser les données immediates comme si on était encore en 1847 ou peut-être en 1917; il y a une série d’ invariances dans RGF: invariance des textes du marxisme; invariance du capital et ses modes d’extraction de plusvalue et d’accumulation; invariance du proletariat, qui semble resté pour RGF exclusivement les cols bleu dans les grande usines industrielles, qui produisent, chacun individuellement, de la plus-value.

 

Sur les textes du marxisme: est-il possible aujourd’hui de lire la Dialectique de la nature d’Engels comme autre chose qu’un exemple du matérialisme rudimentaire et mécanique qui caractérisait la Deuxième Internationale et puis le Stalinisme? Est-il possible de lire Materialisme et Empirio-criticisme de Lénine, avec sa theorie rudimentaire sur la connaissance comme simple reflet du monde extérieur dans le cerveau de l’individu, comme si un être humain était une caméra, et ne pas voir comme théorie comme une répudiation implicite des  Theses sur Feuerbach de Marx?   

 

 Et qu’en est-il des textes de Marx lui-meme? Aujourd’hui nous savons, grâce a la publication des propres manuscrits de Marx pour le Capital, et surtout des vastes manuscrits de 1861-1863 du premier volume de Capital, que le texte, à l’insistance d’Engels, a été raccourci et vulgarisé avant sa publication, et que l’édition de 1867 était à nouveau modifiée et vulgarisée avant que ne soit publiée la version que des  générations de révolutionnaires ont lue. Ces manuscripts contiennent des elements cruciaux qui anticipent la trajectoire actuelle du mpc, et démontrent son caractère de processus. Ces mêmes manuscripts de Marx rélèvent les modifications profondes dans l’extraction de la plus-value de l’ouvrier collectif, et des nouveaux modes d’accumulation sur l’échelle planétaire. Ni la mondialisation, ni le rôle du capital fictif et du secteur financier, ne sont réductibles à l’imperialisme de la conception léniniste, avec sa théorie de l’aristocratie ouvrière, ni au capital financier de Hilferding ou de Boukharine. Toutes ces theories sont dépassées; leur place est au musée des antiquités.

 

Mais le plus grande faiblesse théorique de RGF, à mon avis, est sa conception de la classe ouvrière, comme elle était encore au dix-neuvième siècle, statique dans son existence sociale. Où est l’ouvrier collectif des manuscripts de Marx ? L’ouvrier collectif qui produit la valeur collectivement, qui est la source de plus-value, du travail abstrait. Cet ouvrier collectif se trouve dans les usines et dans les bureaux, mais aussi dans les bidonvilles, lorsqu’il est devenu superflu pour les besoins du capital. Cet ouvrier collectif est absent dans la théorie de RGF, ou bien il en situe une partie significative dans ‘les classes moyennes’. Quelle contribution ces “théoriciens” peuvent-ils apporter à la résistance de l’ouvrier collectif contre l’austerité brutale capitaliste en cours, quand ils considèrent que ces prolétaires ne sont pas une partie de la classe, mais une distraction que les “vrais” marxistes dédaignent?

 

                                                       Mac Intosh 

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Mardi 3 mai 2011 2 03 /05 /Mai /2011 09:47

Comme Joao Bernardo[1] le constate très justement, « Dans le monde contemporain, nous avons, d’un côté, les capitalistes dotés d’une cohésion transnationale, consolidée par de multiples organisations nationales, mais aussi liées sur le plan international et supranational par des réseaux aux mailles très serrées. De l’autre côté, nous avons les travailleurs qui, dans leur relation avec les capitalistes, sont dominés globalement, comme classe, mais qui sont divisés entre eux et ne luttent pas comme une classe. Cette double situation implique que, dans les conditions actuelles, la classe ouvrière a une existence simplement économique comme productrice de plus-value et victime de l’exploitation, sans avoir une existence politique et sociologique comme sujet de luttes et base de formes d’organisation opposées au capitalisme ».

 

Si nous ne pouvons qu’être globalement d’accord avec ce constat, il me semble que Joao Bernardo oublie un élément fondamental : l’articulation et l’influence dynamique entre ces deux classes et entre cohérence d’une part, et non cohérence d’autre part. Et cet élément d’interliaison est la conscience.

 

Freud, dans sa métapsychologie, nous dit que la conscience serait la fonction d’un système, le système perception-conscience.  Il précise trois éléments :

·         Le système perception-conscience reçoit des informations provenant du monde extérieur et du monde interne (qui s’inscrivent ainsi dans le système plaisir/déplaisir) ;

·         Que ce système dispose d’une énergie librement mobile, susceptible de s’investir et de surinvestir tel ou tel élément (ce sont les mécanismes de l’attention) ;

·         Que la conscience joue un rôle important dans la dynamique des conflits (évitement conscient du désagréable, régulation plus discriminatrice du principe de plaisir).

 

Pour résumer, on peut donc dire de la conscience qu’il s’agit  d’un système d’enregistrement d’informations et de perceptions, dynamique et vivant, capable d’investissements et donc, d’actions tournées vers un but.

 

Je pense que nous pouvons transposer les idées contenues dans cette définition de la conscience faite par Freud à la conscience politique. Elle serait, elle aussi, un système de perception et d’enregistrement ainsi qu’un outil vivant servant à l’action tournée vers un but.

 

En fonction de ces éléments de définition, la conscience politique du prolétariat n’est ni une donnée abstraite, intellectuelle, ni une donnée passive.  Elle part de la perception/sensation (de plaisir/déplaisir), mobilise une énergie pour gérer la conflictualité en enclenchant une action, à l’image, d’ailleurs, des processus de pensées qui partent et s’appuient de et sur la sensation corporelle, crée de la pensée, amène à une prise de recul et à une capacité de réflexivité, et débouchent sur une action.

 

Ces deux éléments de système et d’activité me semblent fondamentaux à rappeler lorsqu’on parle de la conscience politique du prolétariat qui apparaît trop souvent comme une notion abstraite et floue.

 

Alors, revenons au contexte global, à celui dans lequel baigne le prolétariat et qui provoque en lui ce système de perceptions-conscience.

 

Ce contexte est, entre autres, celui de la mondialisation.  Depuis l’accentuation de la crise économique mondiale, en 2008, cette mondialisation du mode de fonctionnement capitaliste et de ses effets sont devenus d’une évidence criante.

·         Une crise des « subprimes » aux Etats-Unis provoque un Tsunami économique faisant s’écrouler des pans entiers du système bancaire à travers le monde et provoque une onde de choc  de  fragilisation des Etats nationaux, obligés de soutenir d’urgence leurs institutions financières ;

·         Les modes d’exploitation sont de plus en plus connus et uniformisés à travers le monde et les revendications de luttes contre cette exploitation forcenée provoquent  des conflits sociaux à travers  toutes les zones géographiques de la planète ;

·         Les effets de la production capitaliste, de la recherche du « moindre coût », du profit à tout prix, se font, eux aussi, sentir à travers le monde. Les centrales nucléaires ont fleuri partout, les nuages radioactifs circulent aussi librement que les marchandises et les capitaux… Les dévastations écologiques concernent tous les pays, ainsi que les déséquilibres (inondations brutales, tornades de plus en plus fréquentes, sécheresses…) provoqués par les effets de la production ;

·         Enfin, la paupérisation, même si elle se manifeste à des degrés encore très différents selon les zones géographiques, est un phénomène caractéristique du mode de fonctionnement capitaliste mondial.

 

Le phénomène de mondialisation correspond au mouvement naturel d’extension du capitalisme. La domination réelle du capital s’est étendue globalement à toutes les zones géographiques de la planète, uniformisant les modes d’exploitation, leurs conséquences et les réactions de résistance.

Il s’agit là d’une potentialité très importante d’unification et de recomposition du prolétariat. Ainsi, la cohérence dont se dote la classe capitaliste a un impact sur la possibilité de perception-conscience du prolétariat, de la généralisation de ses conditions d’existence à travers le monde et de l’uniformisation du mode de fonctionnement et de la perspective globale du mode de production capitaliste. Et l’étalement au grand jour de l’approfondissement de la crise, en 2008, fait que cette potentialité ne peut aujourd’hui plus être ignorée.

 

Bien sûr, le développement de la conscience prolétarienne n’est pas la conséquence automatique des conditions matérielles. Mais elle est perception et réflexion au départ et grâce à ces conditions matérielles. L’extension et l’uniformisation de ces dernières contiennent donc la potentialité que la prise de conscience soit une perception d’une situation globale, redivisant le monde en classes sociales nouvellement mieux identifiables, permettant la mise en évidence des enjeux et des intérêts antagoniques. Il y a donc une interaction dynamique entre l’évolution du capitalisme et la recomposition de sa classe et de ses formes de domination et recomposition du prolétariat et conscience de classe prolétarienne.

 

Rose

 



[1] BERNARDO, J.  (2008).  Classe ouvrière et travailleurs fragmentés.  Paris.  In Ni Patrie, ni Frontières n° 25/26.  octobre 2008.

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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 18:42

Réponse à RC

La revue Présence Marxiste[1] consacre un article « Les infortunes des concepts d’aliénation et de réification » (Présence marxiste n° 83 – août 2010) à notre réflexion parue dans PI 53 concernant la réification.

 

J’ai donc lu cet article qui pourfend les positions que nous défendons.  Il s’agit d’un véritable anathème.

RC  se réclame de la trinité: Marx-Lénine-la gauche communiste.

Mais quel Marx? Certainement pas le Marx des « Manuscrits de 1844 » ou les « Thèses sur Feuerbach », et pas le Marx des « manuscrits pour le Capital ».

Quel Lénine? Pas le Lénine pendant la guerre, mais le Lénine de « Matérialisme et empiriocriticisme », ce chef d’oeuvre du positivisme.

Et quelle Gauche?  Pas Ruhle, ça c'est vrai. J'imagine Bordiga, avec son conception du parti et de la conscience.

 

En fait, il me semble que pour RC la trajectoire du capitalisme, son développement, était terminé en 1848 ou peut-être en 1871, et que nous sommes encore dans la même période, avec une classe ouvrière invariable et une civilisation capitaliste qui est aussi exactement le même qu'hier.

 

Bien sûr, cette vision ne rencontre pas celle de ceux qui considèrent que le capitalisme n’a pas changé, où que les changements fondamentaux du capitalisme ont pris fin à la moitié du 19ème siècle, instaurant ainsi une invariance socioéconomique, ouvrant la porte à une appréciation statique de l'histoire, où le prolétariat ne parvient toujours pas à apparaître en tant que sujet historique.

Le prolétariat, et son parti, en sont ainsi réduits à utiliser des tactiques afin de s'adapter aux avancées du capital. Le prolétariat y est perçu comme essentiellement « trade unioniste », incapable de développer une compréhension de classe des événements. Il doit donc continuer à faire un front tactique avec la bourgeoisie.

Approche qui ne tient absolument pas compte de la réalité historique telle que nous pouvons l'entrevoir. Elle dénature en quelque sorte la démarche marxiste en confondant une projection théorique idéalisée, transformant ainsi l'effort de théorisation en schémas non vérifiables, si ce n'est par le discours programmatique lui-même.

 

 

Pas question de se focaliser sur la défense de l’orthodoxie.  Je suis un peu comme Chavée, un poète surréaliste borain, qui m’a transmis l'expérience de liberté d'un « vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne ».  Je n’ai pas la prétention d’être le thuriféraire d’une quelconque idéologie.

 

RC résume correctement l’article.  A la p 2975 de PM, RC rappelle la démarche de l’Ecole de Frankfurt[2].  Il s’agit d’un bon passage.  Je  récuse l’accusation d’Adorno porté contre Marx de prôner un matérialisme mécaniste, et en cela, je rappelle l’approche dialectique de Marx.  Ma conclusion pose la question fondamentale du devenir initial de cette école de Frankfurt : l’abandon du concept de lutte de classe comme élément révolutionnaire. 

Marx est bien le penseur de la liberté qui tient compte des contingences matérielles, contrairement à l’idéalisme de Kant.  Effectivement je met en évidence la dimension humaine du communisme, et cela, sans restriction aucune.  En cela je me réfère à Marx.

Mais il exact que PI n’a pas la prétention d’assumer une quelconque continuité avec « le programme communiste », définit en dehors de tout contexte de luttes prolétariennes. 

 

Les critiques de RC

Cependant, dès le départ, RC jette la confusion.  Il prétend que PI défend que «… ce n’est plus par la contrainte brutale aux premiers de son accumulation que le capitalisme empêche les prolétaires d’agir et de penser collectivement : c’est par la consommation et la culture de masse organisées par l’Etat bourgeois ».  p 2969 de PM.

Il ne s’agit pas d’une citation, mais d’une assertion de la part de RC.  D’ailleurs, assez paradoxalement, RC ne cite jamais le texte, malgré les critiques qu’il formule.

Contrairement à ce que pense RC, PI estime que l’évolution en cours ne signifie pas rupture avec le fondement de l’accumulation.  Ce que pointe PI est effectivement un changement, mais qui ne remet en rien en cause les bases du rapport marchand et son accumulation historique sous le capitalisme.

 

A la p 2970 de PM,  RC suggère, en faisant l’amalgame entre CCI, PCI et PI, que notre conception de la lutte de classe relève d’une explication « idéaliste » de la lutte de classe : « La lutte prolétarienne est dirigée contre la structure sociale…, c’est la lutte pour le bénéfice de toute la classe…, c’est la lutte pour le pouvoir. »

RC se démarque de cette position en affirmant « l’inexistence du prolétariat ».  Le prolétariat n’a pas d’existence sociale, donc pas de lutte de classe.  Le capital dissout la lutte de classe.

La domination du capital sur le travail est à son comble, pour RC.  Il prétend que les ouvriers « n’anticipent pas la destruction de la propriété privée, l’abolition des rapports de classe ».  En affirmant cela RC met en avant « un vieil idéal ».

Manifestement, il s’écarte de la possibilité de comprendre ce qui se passe au profit d’affirmations livresques coupées de la réalité.  (Il se place effectivement à l’extérieur d’une praxis propre au mouvement révolutionnaire).  Il adopte une posture idéaliste au profit de la défense de la notion « Parti ».

 

RC s’engage ainsi dans un faux débat.  Effectivement, il tient à réaffirmer l’orthodoxie du parti de classe.  La polémique qu’il développe ne porte pas sur la compréhension de la réification, mais sur la divergence profonde qui nous sépare sur la question du parti.  Et cette divergence n’est pas neuve[3].

 

La fin du MPC n’a rien de l’obligation morale, comme le prétend RC à la p 2979 de PM.  Il dépend des contradictions internes du capital, contradictions exacerbées par la lutte consciente des prolétaires.  Faut-il reconstruire le marxisme ? 

Je critique le déterminisme parce qu’il dénie toute fonction à l’action créatrice du prolétaire et qu’il réduit cette action à l’attentisme réformiste, cher à M. De Man.  A la p 2980 de PM, après avoir fait l’amalgame avec le CCI et le PCI, RC me compare à Henri De Man, social-démocrate réformiste belge, qui critiquait la lutte de classe.  Celui-ci, sur sa lancée, a collaboré avec l’occupant allemand.

Si je puis accepter la connotation d’une dérive libertaire, voir marxiste libertaire pour caractériser ma démarche et ma compréhension de Marx – je me revendique malgré tout toujours d’un communisme des conseils – par contre je ne comprends pas la référence à De Man.  National socialiste, adhérant ouvertement au début de la seconde guerre mondiale à l’idéologie de l’occupant, son « approche » de Marx n’a rien d’humaniste, voire même d’idéaliste.  Ce qui n’est pas le cas de Vandervelde, autre dirigeant du POB, qui a consacré un ouvrage de critique idéaliste du marxisme, pour justifier le réformisme.  La critique en a été faite dans PI.

 

Les systèmes explicatifs qui sont proposés ainsi réduisent l’action possible de l’homme à l’utilisation de technologies au profit de buts parcellaires, à l’utilisation de préceptes moralisateurs, en guise d’éthique, proposant une vision normative de l’intervention de l’homme, relevant de l’école kantienne, reléguant l’action de l’homme à l’impuissance.

Il ne s’agit pas d’effectuer ici une démonstration propre aux sciences naturelles, mais de mettre en évidence le processus de compréhension propre à une démarche matérialiste et d’en apprécier la pertinence.

 

Peut-on affirmer que la situation présente de l’homme soit récurrente ?  Une telle affirmation ne tiendrait pas compte de l’évolution – évolution biologique, évolution sociale, évolution économique, évolution politique.  On peut parler d’évolution historique où divers facteurs interviennent.  Mais comment aborder cette évolution ?  La ligne évolutive entend qu’il y ait un point de départ, un point d’arrivée.

Cela signifie qu’existe un concept initial qui permet d’expliciter cette évolution.

Mais faut-il, pour comprendre la situation présente, poser la question de l’origine au risque de tomber dans une démarche eschatologique ? 

On peut lire l’histoire comme une perte : perte du Paradis, « l’homme a été chassé du paradis terrestre, parce qu’il voulait savoir », perte du communisme primitif.

 

Cela signifie qu’il s’agit de retrouver ce qui a été perdu. 

La notion de « mission » chère aux partitistes, se comprend ainsi.  Tout était présent dès le début.  L’évolution n’est pas prise en considération.  La compréhension matérialiste est absente au profit d’une appréciation idéaliste d’un accomplissement déterminé par une transcendance, d’ordre divine ou de l’ordre du Parti immanent, à nécessité messianique.  

 

 

Mais une autre lecture existe, matérialiste celle-là.  Les changements observés sont le résultat des choix de l’agir humain confronté aux exigences d’une situation historique.  L’homme réagit en fonction de capacités intrinsèques qu’il développe en tentant de se dégager de l’animalité, de la soumission à la nature, de la dépendance au rapport marchand qui s’est imposé par l’instrumentalisation de l’activité créatrice, comme le montre Marx.  L’homme se révolte, comme le rappelle Camus, afin d’affirmer, contre la réification, son choix de sujet.  

La réification empêche l’action en tant que sujet.

Il s’agit de la chosification, de l’objetisation de l’homme, à savoir, le fait que l’homme perde sa faculté de choix.  Aujourd’hui, l’individu consommateur a de moins en moins de choix.  C’est cela le changement de la postmodernité que je décris.  Sur le plan politique, l’esclavage est l’expression extrême de cet état.  La démocratisation, avec le jeu électoral, en est une autre illustration. 

L’aliénation touche le devenir existentiel en insistant sur le particulier au détriment du général, elle empêche de faire lien et de laisser apparaître l’expression du sujet.

 

RC pose par après la bonne question de la compréhension du processus révolutionnaire.  Mais à vouloir insérer les concepts dans des catégories, RC en arrive à séparer des éléments pour construire des catégories propres aux sciences bourgeoises : économique, social, politique.

Action critique, la révolution ne peut être que consciente en s’organisant afin que le sujet révolutionnaire puisse advenir en niant de manière radicale le rapport marchand.

 

RC extrapole rapidement, en évitant de poser le problème.  Si effectivement, le parti a réponse à tout, s’il organise la lutte, du moins théoriquement dans les écrits de RC, celui-ci élude la question du passage de cette lutte « économique » à la lutte « politique ».  Par contre, RC fait surgir tout à coup le concept d’Etat prolétarien comme garant d’un passage à une autre société.  Comme quoi le Parti ne pourrait pas tout faire.  Mais RC ne fournit aucune justification à la nécessité du développement d’un organe de classe bourgeois issu de l’ancien régime.

 

Des précisions sur notre compréhension du processus révolutionnaire

 

A la p2977 de PM, RC traite cette fois-ci ma vision de conception esthétique de la révolution.  Si effectivement, le rôle du parti n’est pas abordé, par contre il est faux de prétendre que cette vision ne tient  « pas l’action des lois économiques du capitalisme conduit inéluctablement celui-ci à sa perte ».  Mais j’ajoute que ce sera l’œuvre des prolétaires en révolution. 

Et je précise que cette œuvre révolutionnaire se réalisera de manière organisée et consciente.

Et contrairement à la démarche communisatrice, je défends l’importance de ce processus d’organisation et de conscience qui se déroule concrètement au sein des luttes. 

La perturbation du rapport marchand

La grève, par l’arrêt de la production, du travail, bloque le rapport marchand.

Sur le plan privé, cette situation réintroduit le lien.  La solidarité de fait permet de repousser l’aliénation, et déplace l’activité potentielle vers l’espace public.  La grève instaure de nouvelles relations politiques et relègue la réification par l’établissement d’une « démocratie » directe, grâce à une activité critique.

D’où l’importance accordée aux luttes, l’analyse que nous en faisons afin d’en tirer les leçons.

Ce mouvement implique le développement d’une prise de conscience sociale permettant la mise en place d’une nouvelle activité, créant un nouvel espace où la solidarité reste présente.

La prise de conscience se réalise à partir de la réalité de la mise en place de nouveaux rapports sociaux, de la compréhension nouvelle que cela implique, créant ainsi la possibilité d’une activité critique à partir des liens de solidarité émergeants.  Il s’agit effectivement d’un mouvement politique qui doit s’organiser dans le cadre des organes – conseils, comités, - qui se manifestent durant le processus en cours.

 

Le processus de prise de conscience, s’il est activé par la lutte pour de nouveaux rapports sociaux, est soutenu par la nécessité d’une compréhension nouvelle, plus générale, plus globale, d’un savoir plus approprié où les communistes ont à intervenir, pour que puisse se constituer les sujets conscients et solidaires.

FD

 

 

 

 



[1] Présence Marxiste.  Contacts : Robert Camoin.  MONTEIPDON. F - 63440 SAINT PARDOUX.

[2] Nous n’avons pas connaissance de l’ouvrage intitulé « Sur les concepts marxistes d’aliénation, d’être générique et de communauté humaine ».  Manifestement, c’est un manque.  Il ne s’agit pas d’un ostracisme.  Et si nous abordons ce problème, c’est justement en dehors de ce fameux concept de « coupure épistémologique » défendu par Althusser. 

 

[3] J’ai été influencé, avant mai 68, par le communisme de conseil.  Et lorsque dans les années 1974, le CCI qui venait de se constituer, a accepter notre adhésion, RC s’était déjà opposé prétextant notre filiation libertaire.  Je ne me rappelle pas sur quelle divergence RC a quitté le CCI par après.  Mais, à Bruxelles, nous avons approfondi la question de la conscience de classe, et lorsque le CCI a commencé son « involution » léniniste, nous nous sommes opposés ouvertement, en constituant une tendance interne, avant d’être mis à la porte en 86-87.  Depuis nous avons constitué PI, en nous réclamant de la plateforme politique du CCI, jusqu’au numéro 27 de PI.  Robert, alors qu’il publiait Jalons nous a rejoint un petit moment, pour disparaître et lancer sa publication actuelle.  On peut se référer à PI 25 ans après, publié sur notre blog : http://ippi.over-blog.com/

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REUNIONS PUBLIQUES

Perspective Internationaliste tient régulièrement des réunions de discussion, partie intégrante de son travail de stimulation d'un réel débat et d'une discussion autour des questions vitales auxquelles sont confrontés les révolutionnaires et la classe ouvrière. Pour des renseignements concernant la prochaine réunion, écrire aux adresses locales. Des réunions sont organisées à Bruxelles, Paris, New-York.

 

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PROCHAINE REUNION

Réunion publique de discussion organisée par Perspective Internationaliste.

 

Quelle société post capitaliste imaginons-nous ?

Cette réunion se déroulera à l’AGECA, 177, rue de Charonne, Paris 11ème,, à 15.30  heures, le samedi 9 juin 2012

 

QUI SOMMES NOUS ?

 

Perspective Internationaliste est une publication qui défend le Marxisme en tant que théorie vivante, capable d’aller à ses sources, de les critiquer, et de les développer au fur et à mesure de la trajectoire sociale historique. Dans cette optique,  Perspective Internationaliste se basant  sur les avancées théoriques de la Gauche Communiste, pense que sa tâche principale est d’aller au-delà des insuffisances et des faiblesses de la Gauche Communiste par un effort incessant de développement théorique. PI ne pense pas que cette tâche lui revient à lui seul, mais plutôt qu’elle ne peut être accomplie que grâce au débat et discussions avec tous les révolutionnaires. Cette vision conditionne la clarté de sa contribution à la lutte et au développement de la conscience de classe du prolétariat. PI n’a pas pour but d’apporter à la classe un programme politique achevé, mais plutôt de participer au processus général de clarification qui se produit au sein de la classe ouvrière.

 

Le capitalisme est un produit transitoire de l’histoire, et non sa finalité. Il est né en réponse à des conditions qui n’existent désormais plus : l’inévitable pénurie, la force de travail comme seule source de richesse sociale. Le capitalisme a fait de la force de travail une marchandise pour s’approprier la différence entre sa valeur et la valeur qu’elle crée. Pendant des siècles, cette recherche de la plus-value a permis une harmonie relative entre le développement de la société et l’accumulation capitaliste. Il a alors donné naissance à un nouveau processus de production, la domination réelle du capital, dans laquelle ce n’est plus la force de travail, mais la machine qui est au centre de la production.  La science et la technologie, mises en mouvement et contrôlées   par le travailleur collectif, deviennent la source première de la création de la richesse sociale. L’énorme productivité déclenchée par ce processus permet au capitalisme de croître à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur.  Il s’est étendu à toute la planète et a absorbé toutes les sphères de la société – y inclus les syndicats et les partis de masse qui sont surgis de la lutte de la clase ouvrière.  

 

La pénurie n’est désormais plus inévitable, mais cette situation, au lieu de libérer l’humanité du besoin, condamne le capitalisme à la surproduction. La création de richesse n’est désormais plus dépendante de l’exploitation de la force de travail mais ceci plonge le capitalisme, prisonnier de la loi de la valeur, dans une crise du profit. Ces obstacles à l’accumulation forcent le capitalisme à augmenter l’exploitation du travail et à faire de la place pour une nouvelle expansion par le biais de l’auto-destruction,  de la dévalorisation massive de capital dans la crise et la guerre. Le capitalisme entre dans sa phase de décadence lorsqu’une telle destruction cannibalistique fait partie intégrante de son cycle d’accumulation. Il est décadent, non pas parce qu’il ne connaît plus de croissance – il s’est énormément développé et a profondément modifié la composition des classes sociales et les conditions dans lesquelles elles luttent -, mais en raison de cette croissance, de sa recherche avide de profit, du fait qu’il est devenu auto-destructeur.  Il est décadent parce qu’il est obligé de lancer des centaines de millions d’êtres humains dans le chômage et la pauvreté parce qu’il ne peut en extraire du profit ; à cause de la productivité qui pourrait rencontrer tous les besoins. Il est décadent parce que son besoin de dévalorisation le conduit irrémédiablement  à la guerre et à la violence incessantes. Le capitalisme ne peut être réformé ; il ne peut être humanisé. Lutter à l’intérieur du système est illusoire : le capitalisme doit être détruit.

 

Le capitalisme est aussi décadent parce qu’il a généré les conditions pour son propre remplacement par une nouvelle société. La science et la technologie, accouplées à la loi de la valeur, et à sa marchandisation de toute la vie, ne sont pas libératrices en elles-mêmes. Mais la classe ouvrière en mouvement, est, par sa condition même à l’intérieur du capitalisme, forcée à se libérer de l’aliénation auquel ce capitalisme, en tant que rapport social, la soumet, et est donc l’élément porteur d’un projet de société libérée de la loi de la valeur, et de la division de la société en classes.

 

Un tel projet n’a jamais existé dans l’histoire. Si la révolution russe a bien été une révolution prolétarienne, elle n’a pas débouché sur une société communiste. Le soi-disant « communisme » de l’ex-bloc de l’Est, comme celui de la Chine ou de Cuba, n’est rien d’autre qu’une manifestation du capitalisme d’Etat. En effet, l’émergence à l’échelle historique d’une nouvelle société ne peut être réalisée que par la négation totale du capitalisme, et par l’abolition des lois qui régulent le mouvement du capital. Une telle société nouvelle implique une transformation profonde de la relation de l’homme à lui-même et aux autres, des individus à la production,  à la consommation, et à la nature ; elle implique une communauté humaine au service du développement et de la satisfaction de tous les besoins humains.

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