A PROPOS DE LA DEMOCRATIE

Les événements d’Afrique du Nord interpellent, l’article de Rose dans ce numéro de PI résume parfaitement les événements, mais ils relancent la réflexion autour de la notion de « démocratie ».  Ce mouvement pose effectivement une question fondamentale : celle de la perspective offerte par la bourgeoisie dans le contexte d’une crise internationale.

 

A Paris, à Athènes, à Londres, au Portugal, en Espagne, au Maghreb, en Chine les manifestants soulèvent le même problème : celui de la possibilité de survivre dans cette société décadente.  Il s’agit d’un questionnement, élément important dans la nécessaire prise de conscience de l’obligation de dépasser l’ordre social de la bourgeoisie.  Ces luttes posent la question de la liberté, d’une revendication fondamentale de justice sociale. 

Les occupations des places publiques dans diverses villes européennes mettent en exergue le besoin de liberté, la recherche de meilleures conditions de vie, dénoncent l’exploitation, la domination de la politique bourgeoise, manifestent le désir de vivre autrement.

 

  1. La signification de ces mouvements

Il s’agit là de revendications fondamentales du prolétariat, point de départ de revendications plus fondamentales.  La lutte pour la liberté, la lutte pour le droit à la parole, la lutte pour la libre réflexion, la lutte pour la reconnaissance, a toujours été une revendication des travailleurs.

La lutte pour la liberté d’expression, pour le droit d’association, pour la justice sociale constituent des éléments importants pour s’affirmer contre le pouvoir endémique de la bourgeoisie et dénoncer le régime de terreur qu’elle impose pour protéger l’exploitation capitaliste.  De tout temps, l’homme a manifesté son mécontentement contre le pouvoir dominant.  De tout temps, l’homme s’est questionné quant à la logique de l’exploitation qu’il subissait.

De l’homme nature, à l’homme esclave, à l’homme serf, pour en arriver à l’homme machine, voire à l’homme cybernétisé se pose ainsi la question d’une histoire de l’homme en fonction de la recherche d’un autre social : les révoltes d’esclaves, de la plèbe romaine, des artisans moyenâgeux, aux ouvriers du capitalisme, des jeunes « indignés » expriment certainement le désir, certes inconscient, de s’assumer comme sujet, de briser la réification, d’aller à la rencontre d’une autre façon de vivre et de subsister.  Ils questionnent fondamentalement le bien fondé de l’existence de l’Etat capitaliste d’aujourd’hui.  Ils revendiquent le droit à vivre différemment, le droit à prendre la parole, le droit de s’organiser autrement. 

 

  1. Les réactions de la bourgeoisie

Ce qui est paradoxal aujourd’hui, c’est que toutes ces luttes nous sont présentées comme des revendications démocratiques.  Mais conjuguer ces luttes avec une simple revendication démocratique pour obtenir un nouveau système politique me semble réducteur. 

 

En fait la bourgeoisie a constamment tenté de récupérer idéologiquement ces revendications sous le couvert de la « démocratie », quitte à les réprimer au nom de cette même « démocratie ». 

Il n’est donc pas étonnant d’assister à cette couverture médiatique qui transforme ces mouvements en simple revendication démocratique.  C’est effectivement embrouiller la signification des événements.  Mais il est étonnant que des camarades se réclamant du marxisme participent encore à ce chant de sirènes[1]. 

 

  1. Pourquoi parler de démocratie ?

 

 

De tout temps, la société dominée, d’abord formellement ensuite réellement, par le rapport marchand a tenté de réduire la résistance des travailleurs, soit en utilisant la force de répression, soit en distillant un Discours idéologique favorisant l’adhésion des travailleurs à la légitimisation de l’Etat qui s’adaptait aux nécessités du développement du rapport marchand.

Le développement du rapport marchand nécessite une gouvernance, une gérance, une adhérence au système

La gouvernance nécessite un Etat chargé historiquement de protéger la propriété du rapport marchand au travers de sa police.  Elle a besoin également d’une armée qui assure son expansion.  

La gérance prend en charge la gestion de la vie sociale en accordant un statut à l’individu en fonction des besoins de la gouvernance.

L’adhérence prévoit au travers de la scolarisation, du discours idéologique l’adhésion au système.

 

Mais ce Discours idéologique n’apparaît pas inopinément, il résulte de l’évolution économique, de la forme que prend l’Etat.  Quant à la répression, elle est utilisée lorsque le Discours sociétal ne parvient plus à occulter la contradiction.

 

 

·      un discours métaphysique sous la féodalité et l’ancien Régime, où l’homme était réduit à être une créature de Dieu, asservie au pouvoir du Seigneur.  Lien de propriété à partir de l’asservissement.  Le lien est « naturel », reconnu par Dieu, incarné par l’Eglise et le Roi.  Il est nommé en fonction de son appartenance.  L’accumulation primitive est récupérée à la gloire du « Seigneur » : les cathédrales, monastères,…

·      un discours démocratique patriotique où l’homme était considéré comme patriote pouvant être représenté afin qu’il puisse subir plus aisément l’exploitation dans le cadre du capitalisme ascendant.  Ce discours s’impose afin de justifier le pillage en cours.  Il y a transformation du lien en Contrat qui organise l’anonymat et l’errance du travailleur.  Dieu est remplacé par la notion tout aussi abstraite de Peuple, incarné par sa possibilité de représentation par le parlementarisme.  Ce qui est affirmé ainsi par le démocratisme, c’est que le pouvoir d'Etat doit émaner du peuple, rendre des comptes au peuple, et, sous une forme ou une autre, pouvoir être changé par le peuple.  Mais que signifie cette notion de peuple ? 

·      un discours démocratique égalitariste où l’homme d’aujourd’hui est considéré comme citoyen consommateur, capable d’être acteur du spectacle décadent offert par le capitalisme aujourd’hui.  Dans cette nouvelle phase, la validité du contrat social n’est plus garantie par l’Etat national.  Elle a été dispersée entre  représentations régionales d’une part et internationales d’autre part.  Aujourd’hui, l’anonymat est renforcé par le spectacle de l’Etat télévision et les délocalisations obligeant les travailleurs à la « flexibilité », faisant disparaître la nomination du Patron au profit d’une « culture d’entreprise ».

 

 

 

 

  1. C’est quoi cette démocratie ?

 

Mais finalement, c’est quoi cette démocratie ?  En fait, il est difficile de fournir une définition, le concept est flou.

Initialement, le terme démocratie nous vient du grec.  Il signifiait la capacité de participer à la vie publique de la Cité.  Mais cette idée n’incluait en aucune façon la notion de gouvernance et encore moins d’égalité.  Il est évident que la Cité grecque, qui admettait l’esclavagisme n’avait rien d’égalitaire.

De même, la « Démocratie » de la Cité grecque ne s’adressait qu’aux membres de la Métropole, et excluait esclaves, femmes, non propriétaires, barbares...

 

Ce  concept a été redécouvert et a commencé à gagner du terrain aux XVIII et XIXe siècles et  a été utilisé contre la monarchie autocratique et les despotismes fondés sur la monarchie et l'Eglise catholique.

 

La démocratie est donc une conception bourgeoise, un Discours qui positionne l’Etat-nation dans la société, imposant un statut particulier à l’individu. 

Le terme démocratie signifie le droit à être représenté.  En aucun cas, il ne fait allusion à la gouvernance.  Manifestement il y a confusion.

 

Le discours démocratique fait croire que le processus de représentation parlementaire peut influer sur les décisions de gouvernance du rapport marchand.

Ce terme exprime la domination de l'idéologie et de la terminologie bourgeoises sur les luttes pour la liberté et la libération de l'humanité menées historiquement par les classes dominées. 

C’est précisément l'illusion que l'extension légale et formelle de la représentation au sein de la société bourgeoisie équivaut à la liberté personnelle et à la possibilité pour l'individu d' «intervenir réellement dans les affaires publiques».

La bourgeoisie substitue ainsi le concept de liberté, et de luttes pour la liberté, de luttes pour la justice sociale, qui remettent en question la gouvernance bourgeoise par la notion de démocratie. 

 

  1. L’utilisation du concept « peuple »

 

La conception de la démocratie s’entend donc comme «représentation du peuple».  Ce qui est affirmé ainsi par le démocratisme, c’est que le pouvoir d'Etat doit représenter le peuple, rendre des comptes au peuple, et, sous une forme ou une autre, pouvoir être changé par le peuple.  Mais que signifie cette notion de peuple ? 

D’autre part, que faut-il entendre par la représentation du peuple ?  Jusqu’il y a peu, de nombreux secteurs de la société (et parfois même la majorité des êtres humains: les femmes, les Noirs, les immigrés, etc.) n'étaient pas inclus dans le «peuple» au sein de certaines démocraties.

 

  1. Les changements historiques de l’Etat et l’idéologie

 

Le commerce, les nouvelles technologies et les échanges de toutes sortes font éclater le cadre de l’Etat-nation hérité du XXème siècle. 

Des changements touchent effectivement  la réalité du fonctionnement de l’Etat.

A moins de croire, contrairement à une analyse matérialiste sérieuse, que l’Etat échapperait aux changements, et ne serait pas sensible aux évolutions économiques, que l’on aurait donc affaire à un « Etat invariant ».  Dans PI 25, «Mondialisation du capital et nouvelles tendances de l'Etat » décrivait les changements de l’Etat démocratique : on est passé ainsi d’un Etat monarchique, à un Etat impérial, à la démocratie « jacobine », où un comité auto proclamé parlait au nom du peuple, à la démocratie censitaire, où des citoyens propriétaires réglaient la vie publique, pour développer le concept de démocratie patriotique au service de la Nation, pour en arriver à une démocratie égalitaire aujourd’hui, en permettant, après bien des années, de considérer comme des citoyens à part entière certaines couches défavorisées de la société : les femmes.

D’un Etat censitaire, pour arriver à un Etat « moderne » prônant l’égalitarisme depuis quelques années. 

 

  1. Progrès et démocratie

 

La démocratie est associée à la notion de progrès.  Elle constituerait un « progrès » par rapport à l’Etat féodal, monarchiste.  C’est à ce titre qu’il faut la soutenir.  La lutte contre la féodalité que la bourgeoisie a menée durant des siècles est considérée comme une lutte pour le progrès de la société.

 

Marx s’est positionné de manière contradictoire.  Il faut le reconnaître.  Avant de faire la critique de la démocratie, il a considéré l’évolution du rapport marchand comme indispensable au positionnement de la classe ouvrière, estimant qu’il s’agissait là d’un « progrès ».

Marx écrit qu’il s’agit de « faire de la société une communauté des hommes, pour atteindre à leurs fins les plus élevées : un Etat démocratique » (lettre à Ruge, 1843). Quand il présente la démocratie comme « l’énigme résolue de toutes les constitutions », par laquelle « la constitution apparaît pour ce qu’elle est, le libre produit de l’homme » (Critique de la philosophie politique de Hegel, 1843), il oppose à l’existence de l’Etat, une vraie démocratie, et s’affirme bien partisan de la démocratie.  C’est ce qui peut expliquer la lettre de soutien adressée au Président des USA Lincoln.

 

  1. Les critiques

 

Des critiques sont émises par rapport à ce concept, ainsi l’Enragé Varlet, pendant la Révolution française : « Pour tout être qui raisonne, gouvernement et révolution sont incompatibles » ; ainsi Jacques Roux : « Une révolution menée par les masses et un pouvoir fort (contre les masses) sont deux choses incompatibles » ; ou Babeuf : « Les gouvernants ne font des révolutions que pour toujours gouverner. Nous en voulons faire enfin une pour assurer à jamais le bonheur du peuple par la vraie démocratie » ; ou encore Buenarroti : « S’il se formait dans l’État une classe exclusivement au fait des principes de l’art social, des lois et de l’administration, elle trouverait bientôt le secret de se créer des distinctions et des privilèges », et surtout  Proudhon : « En proclamant la liberté des opinions, l’égalité devant la loi, la souveraineté du peuple, la subordination du pouvoir au pays, la Révolution a fait de la société et du gouvernement deux choses incompatibles (…).

Il y a incompatibilité absolue du pouvoir avec la liberté. Point d’autorité, point de gouvernement, même populaire : la Révolution est là (…) Le gouvernement du peuple sera toujours l’escamotage du peuple. Si la Révolution laisse subsister le Gouvernement quelque part, il reviendra partout. » (« L’Idée générale de la Révolution au XIXe siècle »).

 

 

 

Mais, Marx a pu faire également la critique de cette conception de la démocratie. 

Si « l’émancipation politique constitue un grand progrès (..), c’est la dernière forme atteinte par l’émancipation humaine à l’intérieur du monde tel qu’il a existé jusqu’ici ».

Les droits de l’homme, « c’est la participation (…) à la communauté politique, à la vie de l’Etat », et les droits du citoyen sont ceux « de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la communauté. »  « La révolution politique dissout la vie civile en ses éléments constitutifs sans révolutionner ces éléments eux-mêmes (.) L’émancipation politique est la réduction de l’homme, d’une part au membre de la société civile, à l’individu égoïste et indépendant, d’autre part au citoyen, à la personne morale. »

Au contraire, « (.) lorsque l’homme aura reconnu et organisé ses forces propres comme forces sociales et ne retranchera plus donc de lui la force sociale sous l’aspect de la force politique, c’est alors seulement que l’émancipation humaine sera accomplie. » (La Question juive, 1844) Si « l’Etat démocratique (est) le véritable Etat », et s’il faut se débarrasser de l’Etat, il en découle la nécessité d’inventer une vie qui n’aura besoin ni de l’un ni de l’autre, ni de l’Etat ni de la démocratie.

 

Pour Bordiga, démocratie est synonyme de libre examen par des individus se considérant égaux et décidant à la majorité. Si le parlement étouffe les prolétaires en les associant à la bourgeoisie, la démocratie ouvrière est tout autant à rejeter, car l’énergie de lutte des prolétaires s’y décompose en décisions individuelles.

La démocratie équivaut à une réunion de volontés et de droits égaux, ce qu’ils ne peuvent être dans le parlementarisme bourgeois, et n’ont pas à être dans l’action de classe du prolétariat : la révolution ne dépend pas de mécanismes majoritaires ou proportionnels, mais de la capacité du prolétariat organisé à se doter d’une force centralisée et d’un cerveau collectif.

 

Ce sera l’enjeu des discussions se déroulant au sein de l’IC.  Et les camarades exclus de l’IC en 1927, qui formeront la Fraction de Gauche vont résumer la discussion quelques années plus tard.

 

- Résolution de la F.B. de la G.C.I. -

« L'accumulation capitaliste fut la force motrice du progrès historique tant que le développement des forces productives coïncida avec l'intérêt de classe de la Bourgeoisie.- La perspective évoquée par Marx de l'avènement du Capitalisme absolu (ayant évincé tous les modes de production précédents) ne pouvait être considérée comme une certitude historique, mais seulement comme une tendance que les contrastes économiques et de classe, développés à l'extrême par les lois de la production bourgeoise, ont définitivement refoulée et remplacée par l'autre tendance, dirigée vers la compression et le destruction des forces productives, réalisées dans le nationalisme économique, l'économie de guerre et, enfin la guerre impérialiste.-   Quand s'ouvre objectivement la succession historique d'un type de société en déclin, toute l'évolution est commandée par l'antagonisme entre les classes fondamentales: le problème du pouvoir politique prend le pas sur les questions économiques.-  Aussi bien que la condition de la Révolution bourgeoise fut le triomphe politique de la Bourgeoisie - qui était le moteur révolutionnaire jusqu'au moment où naquit la société capitaliste - aussi bien la condition du Socialisme est-elle la dictature du Prolétariat, aujourd'hui seule classe révolutionnaire.- ---L'enjeu historique actuel se concentre définitivement et exclusivement dans la lutte décisive entre la Bourgeoisie mondiale et le Prolétariat mondial et non dans l'opposition entre le Capitalisme et le Féodalisme colonial ou semi-colonial.- L'obstacle à l'épanouissement des forces productives, ce n'est plus comme à l'aube des révolutions bourgeoises, le rapport féodal de production, mais le rapport bourgeois. »

Notre critique

La Démocrate développe le concept d’égalité, qui d’ailleurs à eu bien du mal à s’installer au sein de l’appareil d’Etat.

Réfléchir sur la démocratie ne signifie en aucun cas se désolidariser des luttes en cours, mais bien en resituer le cadre. 

Il ne s’agit pas ici de dénoncer la démocratie, de se mobiliser pour combattre la démocratie, mais simplement de tenter de comprendre le problème. 

En ce sens, elle ne doit pas être combattue en tant que telle, mais bien à dépasser comme le mode de production capitaliste qu’elle permet de gérer.  Il s’agit bien sûr d’un dépassement révolutionnaire que seule la lutte de classes peut effectuer.

La justice sociale et les libertés politiques ne sont pas les produits du processus démocratique en tant que tel.  Elles sont le produit des forces et mouvements sociaux qui exigent la liberté et la justice : au cours de l'histoire, ceux-ci ont réussi, à partir de l'intérieur et de l'extérieur du processus démocratique, à changer l'équilibre des forces sociales.  Ces luttes, au moment de leur paroxysme ont produit d’autres formes d’organisation dépassant la séparation imposée par la société bourgeoise au nom de la démocratie.

Mais il y a manifestement une contradiction fondamentale lorsque la démocratie prétend défendre le droit à la liberté et à la défense des désirs de chacun et de tous.  Comment une telle chose peut se développer dans une société capitaliste où des hommes défendent des intérêts divergents, et sont prêts à défendre par les armes leurs intérêts respectifs ?

 

La démocratie est a-classiste. 

Existe-t-il une possibilité de démocratie économique et sociale ?  La réponse est négative.  A moins que l’on ne prenne en considération les discutailleries permises au sein des Comités d’entreprise par des représentants « élus » des travailleurs et le patronat.

 

Elle parle de « peuple », dans un sens globalisateur et intégrateur.  La démocratie ne se soucie pas de savoir quelle conception de la liberté individuelle, de la justice sociale, de l'égalité des êtres humains et des droits humains prévalent dans une société sans classes.  La démocratie occulte la séparation, tout en la renforçant.  C’est en cela qu’elle s’oppose au mouvement vers une société sans classes, vers une société communiste.  Cette séparation définit la politique : consciente de son incapacité foncière à éteindre les antagonismes, la société les transpose en terrain supposé neutre, en tout cas parallèle, où les conflits sont traités et généralement amortis au mieux possible de la perpétuation de l’ensemble du système social.

 

Notre critique n’a rien à voir avec une critique réactionnaire qui touche l’Etat démocratique, la démocratie.  Notre critique, par contre touche l’Etat.

Les réactionnaires dénoncent le libre arbitre et l’individualisme bourgeois pour y substituer une nouvelle (ou ancienne) autorité mieux oppressive.

Le communisme s’oppose à la démocratie parce qu’il est contre l’Etat. Le fascisme est seulement contre la démocratie, parce qu’il est pour l’Etat.

La démocratie substitue à la notion de classes sociale, le concept de peuple.

Contre les gouvernements existants dont la légitimité idéologique et le pouvoir provenaient de sources extérieures au « peuple » et à la société, la bourgeoisie ascendante, et les réformateurs sociaux ont exigé des «gouvernements à base parlementaire».  La revendication en elle-même, comme l'ont montré les luttes qui se sont déroulées durant les deux siècles suivants jusqu'à aujourd'hui, est tout à fait ambiguë.  Elle s’abstrait du véritable problème : la lutte de classes. 

Mais, pour moi, il est clair, que les changements, les « améliorations » obtenues à la condition de vie des travailleurs est le résultat des luttes sociales violentes contre la démocratie en place.  La bourgeoisie ne faisant qu’avaliser en récupérant le sens des combats ouvriers, et cela après la répression des mouvements de luttes.

 

La crise de la démocratie

Pourquoi le parlement démocratique tourne-t-il à vide ?  Je me permettrai de citer Alain BADIOU[1], philosophe impertinent, non marxiste, qui soulève de très bonnes questions par rapport aux « difficultés » de la démocratie aujourd’hui.  Et ce n’est pas l’exemple de la « non-gouvernance » à la belge qui contredira cet aspect.  Le politique a été remplacé par la gestion administrative.

Le démocrate attribue la crise de la démocratie non à ce qu’elle est, mais à ce qu’il n’y en aurait pas encore assez :

·       pas assez d’apprentissage de l’esprit critique à l’école,

·       pas assez de journaux de référence,

·       pas assez d’émissions sérieuses à la radio et la télévision, et nos sources d’information ne sont jamais assez étendues ni pluralistes.

Les centres de décision se sont déplacés.    Manifestement, la perspective tracée par RGF de pouvoir utiliser la structure démocratique de l’Etat ne reflète plus la réalité.  Pire, entrevoir les événements de Tunisie ou d’Egypte comme la mise en branle d’une « nouvelle révolution bourgeoise » me paraît anachronique non seulement dans la bouche de révolutionnaires, mais aussi par rapport à l’analyse de la réalité.

 

Une illustration de cette crise

Elle est reflétée par la situation des pays qui ont accédé récemment à cette démocratie.  Ce changement s’est opéré à l’Est, dans certains pays d’Amérique du Sud.  Le remplacement des anciens gouvernements militaires par des gouvernements civils dans certains pays plus pauvres - qui s'est le plus souvent déroulé selon les plans et les programmes approuvés par les régimes militaires eux-mêmes - est le résultat de causes économiques et de l'affaiblissement considérable de l'utilité sociale des régimes militaires dans ces Etats, plutôt que d'un grand mouvement ascendant pour la liberté. 

 

De même pour les pays anciennement colonisés.  Le problème historique et fondamental de ces Etats est le développement économique.  Avec la décolonisation, la bourgeoisie de ces pays a eu recours à des régimes militaires pour supprimer les dissensions politiques au sein de la classe dirigeante elle-même, pour renforcer l'oppression et réprimer violemment la classe ouvrière, et pour assurer les conditions politiques et sociales nécessaires à l'augmentation de la rentabilité du capital et du taux de croissance économique.

 

La situation dans les pays arabes semble aller dans le même sens.  En effet, l'interdiction ou la limitation sérieuse des activités des organisations révolutionnaires et de la classe ouvrière; la limitation de la liberté d'expression, de l'activité politique, des droits de s'organiser et de manifester; l'existence d'un formidable appareil de répression militaire et policier fonctionnant au-dessus des lois, d'une justice servile face au gouvernement; le manque de droits sociaux et politiques garantis pour les individus; l'usage de la torture, l'existence de la peine capitale, et, pour résumer, l'impuissance et la dépossession des citoyens de leurs droits face au pouvoir d'Etat, sont demeurés intacts. On peut le vérifier en analysant la situation de chaque région du monde, de l'Océanie au Sud-Est asiatique en passant par l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud.

 

Avec l’évolution économique actuelle, les stratégies du développement économique sont, dans l'ensemble, arrivées à une impasse dans ces pays.   Il importe de libérer le marché et, donc, vers l'augmentation de la liberté d'action pour le capital privé.  Un gouvernement militaire ne paraît plus capable de réaliser cela. 

En guise de conclusion

Et c’est ici qu’intervient un élément de basculement de la société : la poursuite du développement capitaliste implique la généralisation de la destructivité à tous les niveaux de la vie.  Il s’agit donc d’une inversion de perspective globale de la marche de la société.  La perspective du développement devient synonyme de danger de mort de l’espèce humaine et a donc des implications profondes sur les conditions de vie  ainsi que sur les perspectives que le MPC représente désormais pour l’humanité. 

Indiscutablement, le monde tel qu’il se définissait après les deux guerres mondiales a vécu, et si la crise, l’exploitation et la barbarie capitaliste sous toutes ses formes continuent à marquer le cours de l’histoire,  les termes ne s’en définissent plus de la même manière sur le plan de la composition des classes, de l’organisation économique et politique de la production et de l’organisation sociale, de la manière dont la loi de la valeur infiltre les domaines les plus privés de l’activité et de la pensée humaine.  Le terme de mondialisation résume les transformations profondes actuelles. 

 

Pour moi, la réalité d’un monde qui meurt sous ses convulsions économiques, écologiques, guerrières est venue prendre la place de la prospérité pour tous et montre encore plus sa cohérence et sa logique de recherche de profit à tout prix.  En ce sens, le mûrissement des conditions objectives et subjectives permet un bouleversement social.  Les événements d’Afrique du Nord en sont une illustration.  Ils mettent en avant des revendications fondamentales pour la liberté, le respect, et en cela, ils se confrontent à la réalité de cette société.  Ce mouvement qui se traduit aujourd’hui par « l’indignation » est une expression importante du ras le bol, de la décrédibilisation des solutions démocratiques bourgeoises.

La démocratie est là pour les contenir et pour détourner les revendications.  Les libertés publiques ne sont pas sorties d’élections ou de paisibles débats, mais de grèves, de manifestations, d’émeutes, presque toujours violentes, souvent sanglantes. Ensuite, une fois installée, oublieuse de son origine, la démocratie proclame que « le pouvoir n’est pas dans la rue »… d’où pourtant elle vient. La politique se veut première, mais résulte de causes qu’elle s’efforce d’organiser alors qu’elles sont nées hors d’elle.

 

Matériellement, la révolution s’impose comme alternative au capitalisme. 

Les émeutiers qui bousculent la quiétude du monde arabe et de notre occident bien pensant, nous le montrent. FD

 



[1] BADIOU, A.  (1985).  Peut-on penser la politique ?  Paris.  Editions Seuil.  a859

 



[1] Je fais allusion au groupe RGF.  Robin Good Fellow – (http://www.robingoodfellow.info/) - qui défend le démocratisme, comme étape obligée à l’affirmation du prolétariat.  « Nous avons déjà insisté et notamment lors de la vague révolutionnaire inaugurée en Tunisie que, y compris dans les pays où la l’ensemble de la bourgeoisie était plus ou moins directement ou au pouvoir, la question de l’approfondissement de la démocratie, de la révolution en permanence dans la perspective d’une démocratie poussée jusqu’au bout restait une composante essentielle de la stratégie révolutionnaire du parti communiste. A peine quelques mois après les révolutions tunisiennes et égyptiennes et alors que la lutte ouverte continue en Syrie, Libye, Yémen, tandis que les premiers pays cités restent en ébullition, les événements d’Espagne viennent renforcer notre analyse ».  Texte diffusé sur le Réseau International de Discussions. (http://membres.multimania.fr/resdisint/)

 

LE DERNIER PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE

  

 

 

Perspective Internationaliste n° 56  Avril 2012 PI 56

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Adieu à Wil  BARNES  PI 56

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 PI 56

 

 

REUNIONS PUBLIQUES

Perspective Internationaliste tient régulièrement des réunions de discussion, partie intégrante de son travail de stimulation d'un réel débat et d'une discussion autour des questions vitales auxquelles sont confrontés les révolutionnaires et la classe ouvrière. Pour des renseignements concernant la prochaine réunion, écrire aux adresses locales. Des réunions sont organisées à Bruxelles, Paris, New-York.

 

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PROCHAINE REUNION

Réunion publique de discussion organisée par Perspective Internationaliste.

 

Quelle société post capitaliste imaginons-nous ?

Cette réunion se déroulera à l’AGECA, 177, rue de Charonne, Paris 11ème,, à 15.30  heures, le samedi 9 juin 2012

 

QUI SOMMES NOUS ?

 

Perspective Internationaliste est une publication qui défend le Marxisme en tant que théorie vivante, capable d’aller à ses sources, de les critiquer, et de les développer au fur et à mesure de la trajectoire sociale historique. Dans cette optique,  Perspective Internationaliste se basant  sur les avancées théoriques de la Gauche Communiste, pense que sa tâche principale est d’aller au-delà des insuffisances et des faiblesses de la Gauche Communiste par un effort incessant de développement théorique. PI ne pense pas que cette tâche lui revient à lui seul, mais plutôt qu’elle ne peut être accomplie que grâce au débat et discussions avec tous les révolutionnaires. Cette vision conditionne la clarté de sa contribution à la lutte et au développement de la conscience de classe du prolétariat. PI n’a pas pour but d’apporter à la classe un programme politique achevé, mais plutôt de participer au processus général de clarification qui se produit au sein de la classe ouvrière.

 

Le capitalisme est un produit transitoire de l’histoire, et non sa finalité. Il est né en réponse à des conditions qui n’existent désormais plus : l’inévitable pénurie, la force de travail comme seule source de richesse sociale. Le capitalisme a fait de la force de travail une marchandise pour s’approprier la différence entre sa valeur et la valeur qu’elle crée. Pendant des siècles, cette recherche de la plus-value a permis une harmonie relative entre le développement de la société et l’accumulation capitaliste. Il a alors donné naissance à un nouveau processus de production, la domination réelle du capital, dans laquelle ce n’est plus la force de travail, mais la machine qui est au centre de la production.  La science et la technologie, mises en mouvement et contrôlées   par le travailleur collectif, deviennent la source première de la création de la richesse sociale. L’énorme productivité déclenchée par ce processus permet au capitalisme de croître à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur.  Il s’est étendu à toute la planète et a absorbé toutes les sphères de la société – y inclus les syndicats et les partis de masse qui sont surgis de la lutte de la clase ouvrière.  

 

La pénurie n’est désormais plus inévitable, mais cette situation, au lieu de libérer l’humanité du besoin, condamne le capitalisme à la surproduction. La création de richesse n’est désormais plus dépendante de l’exploitation de la force de travail mais ceci plonge le capitalisme, prisonnier de la loi de la valeur, dans une crise du profit. Ces obstacles à l’accumulation forcent le capitalisme à augmenter l’exploitation du travail et à faire de la place pour une nouvelle expansion par le biais de l’auto-destruction,  de la dévalorisation massive de capital dans la crise et la guerre. Le capitalisme entre dans sa phase de décadence lorsqu’une telle destruction cannibalistique fait partie intégrante de son cycle d’accumulation. Il est décadent, non pas parce qu’il ne connaît plus de croissance – il s’est énormément développé et a profondément modifié la composition des classes sociales et les conditions dans lesquelles elles luttent -, mais en raison de cette croissance, de sa recherche avide de profit, du fait qu’il est devenu auto-destructeur.  Il est décadent parce qu’il est obligé de lancer des centaines de millions d’êtres humains dans le chômage et la pauvreté parce qu’il ne peut en extraire du profit ; à cause de la productivité qui pourrait rencontrer tous les besoins. Il est décadent parce que son besoin de dévalorisation le conduit irrémédiablement  à la guerre et à la violence incessantes. Le capitalisme ne peut être réformé ; il ne peut être humanisé. Lutter à l’intérieur du système est illusoire : le capitalisme doit être détruit.

 

Le capitalisme est aussi décadent parce qu’il a généré les conditions pour son propre remplacement par une nouvelle société. La science et la technologie, accouplées à la loi de la valeur, et à sa marchandisation de toute la vie, ne sont pas libératrices en elles-mêmes. Mais la classe ouvrière en mouvement, est, par sa condition même à l’intérieur du capitalisme, forcée à se libérer de l’aliénation auquel ce capitalisme, en tant que rapport social, la soumet, et est donc l’élément porteur d’un projet de société libérée de la loi de la valeur, et de la division de la société en classes.

 

Un tel projet n’a jamais existé dans l’histoire. Si la révolution russe a bien été une révolution prolétarienne, elle n’a pas débouché sur une société communiste. Le soi-disant « communisme » de l’ex-bloc de l’Est, comme celui de la Chine ou de Cuba, n’est rien d’autre qu’une manifestation du capitalisme d’Etat. En effet, l’émergence à l’échelle historique d’une nouvelle société ne peut être réalisée que par la négation totale du capitalisme, et par l’abolition des lois qui régulent le mouvement du capital. Une telle société nouvelle implique une transformation profonde de la relation de l’homme à lui-même et aux autres, des individus à la production,  à la consommation, et à la nature ; elle implique une communauté humaine au service du développement et de la satisfaction de tous les besoins humains.

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