Partager l'article ! Editorial : Révolte dans les pays arabes et l’austérité généralisée: Ce printemps a vu une série de soulèvements sociaux massifs qui on ...
PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE
« Etre radical, c’est saisir les choses à la racine. Mais la racine pour l’homme, c’est l’homme lui-même »
Karl Marx
Ce printemps a vu une série de soulèvements sociaux massifs qui ont déjà renversé les régimes vieux de plusieurs décennies de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte, et menace maintenant le régime de Saleh au Yémen, le régime de Kadhafi en Libye, et le régime de Khalifa au Bahreïn, dont chacun a eu des liens économiques et géopolitiques étroits avec l'Ouest. Les révoltes sociales se sont maintenant répandues en Syrie, menaçant le règne semi-séculaire de la famille d'Assad. Et alors que le régime syrien n’était en rien l’ami de l'Ouest, son effondrement possible confronte l'impérialisme occidental à des risques et des défis considérables. Au delà des défis que ces bouleversements posent pour l'impérialisme occidental, cette vague de révolte sociale dans tout le monde arabe peut marquer le début d'une nouvelle période de lutte de classe dans un espace géopolitique où pendant des décennies la classe ouvrière a semblé être prise dans la poigne des idéologies réactionnaires puissantes : nationalisme, xénophobie, sectarisme religieux. Pour des pro-révolutionnaires, la signification historique de ces bouleversements réside dans l'expérience de différentes couches du travailleur collectif qui commence à secouer le poids de ces idéologies réactionnaires, et à surmonter la crainte de la puissance des régimes qui ont contrôlé le capitalisme dans le monde arabe, à riposter, et à renverser des régimes dont la puissance a par le passé semblé inattaquable.
À ces révoltes, ainsi qu’au besoin du capitalisme d’y répondre, qui est étroitement lié à la crise économique globale qui a éclaté en 2007, et qui a presque mené à l'effondrement du système bancaire international, nous devons ajouter le risque d'une crise de la dette dans beaucoup de nations de l'Union Européenne, menaçant la stabilité de l'euro, et menaçant aujourd'hui également les USA et le rôle du dollar comme monnaie de réserve internationale. La réponse du capital aux USA et en Chine face au krach financière fut d’injecter la liquidité dans le système bancaire et de créer des programmes de stimulation pour fournir une demande face au danger de déflation globale. Ces programmes de stimulation, cependant, ont créé de nouvelles bulles financières qui menacent la stabilité du capitalisme, et ils sont complètement passés à côté de la nécessité du capitalisme mondial d'une dévalorisation massive de capital, sous les formes de capital constant et variable. C'est cette nécessité qui mène à l'imposition des mesures draconiennes d'austérité qui menacent maintenant la reproduction de la force de travail de l'ouvrier collectif.
Bien que les soulèvements dans le monde arabe ne résultaient pas immédiatement de la lutte de classe sur le lieu de production, ils sont un résultat direct de la crise du capitalisme. Les mobilisations de masse qui ont réclamé le renversement des dictatures corrompues dans tout le monde arabe, ont une base sociale mélangée, mais résultent du désespoir d'une population de jeunes, en pleine expansion, même dans ses segments les plus éduqués, faisant face au chômage et à un manque complet de toute perspective d’une vie décente, à moins qu’ils aient des liens avec la famille régnante, ou avec des partis, ou avec des officiels. La stagnation économique et le déclin, combinés avec la corruption effrénée, condamnent des strates de classe ouvrière à vivre dans la "planète de taudis" que sont devenus les grands centres urbains du monde arabe. Ajoutez à cela la disparition de la « soupape de sécurité » fournie jadis par l'émigration et les jobs – aussi peu payés qu’ils soient - en Europe de l'Ouest, où la xénophobie dirigée contre les musulmans, et l’afflux des ouvriers de l’Europe de l’Est, ont menacé les jobs et les rentes qui, par le passé, ont adouci l'impact de l'appauvrissement qui caractérisait les villes et les villages de Tunisie et d’Egypte, et le lien entre le bouleversement social dans ces pays et la crise économique dans les métropoles devient clair. Voici ce qui a galvanisé les révoltes populaires, et non un engagement abstrait vis-à-vis des droits de l’homme universels, de la démocratie constitutionnelle, et des élections libres, comme l’ont proclamé les médias occidentaux. Ainsi en Tunisie, par exemple, la révolte populaire très rapidement a trouvé son centre social dans des districts à prédominance ouvrière.
Ce qui, par exemple, a transformé la révolte populaire en Egypte, caractérisée par un mélange d’ouvriers industriels, de couches intellectuelles et techniques du travailleur collectif, la petite bourgeoisie, et des membres des professions "libérales", rassemblés sur la place Tahrir, en une menace au régime de Mubarak et sa base dans l’armée, c’est l’extension rapide des grèves aux usines de textile (industrie d'exportation principale de l'Egypte), et dans le port et les équipements de canal de Suez qui font de l'Egypte un centre essentiel pour le transport et le commerce naval entre l'Europe et l'Est. (Voir "L'Afrique du Nord, Le Moyen-Orient, Chine... Quels mouvements pour quelle perspective?" dans ce numéro). A ce moment-là, l’armée a du choisir entre la famille de Mubarak et la perpétuation de sa propre position comme faction dominante du capital égyptien ; et l'impérialisme américain a fait face à un choix semblable : essayer de soutenir Mubarak, même si cela nécessitait que l'armée massacre les manifestants et risque la généralisation des révoltes populaires et de ses résultats incertains, ou le remplacer par un régime démocratique dans lequel les militaires maintenaient toujours leur puissance. Pour Washington, le choix était clair. Au Bahrein, en revanche, où opter pour un régime plus démocratique soulève le spectre d'augmenter l'influence iranienne au nom de la majorité chiite, et où l'Arabie Saoudite et les états du Golfe sont catégoriquement opposés à une telle réforme, les intérêts de l'impérialisme américain, au moins en ce moment, semblent mener à la politique opposée.
Le remplacement des dictatures corrompues par des régimes constitutionnels dans le monde arabe ne résoudra pas les problèmes fondamentaux de ces sociétés, dont les sources sont les relations sociales capitalistes et l’intégration de ces pays dans une économie capitaliste mondiale. Si le printemps arabe se transformera en été "chaud" où la classe ouvrière commencera à défier les régimes nouvellement démocratiques là où ils ont surgi reste une question brulante. Quelle que soit la réponse, le printemps arabe a déjà démontré la capacité du mouvement de masse de renverser les régimes momifiés qui ont régenté les états arabes pendant des décennies, et ouvert une perspective pour le travailleur collectif dans une région où la dictature et le sectarisme ont régné de manière absolue et ont garanti la stabilité du capitalisme depuis que les vieilles puissances coloniales les ont quitté il y a des décennies.
Les métropoles capitalistes d’Europe, confrontées à une série de crises de la dette de l’Etat en Grèce, en Irlande, et maintenant au Portugal, et potentiellement en Espagne, crises qui menacent la stabilité financière de l'Union européenne et même le futur de la zone euro, répondent par des mesures d’austérité draconienne destinées à réduire leurs déficits budgétaires gonflés. Le Royaume Uni, sous son nouveau gouvernement centriste, a ouvert le chemin avec une grève préventive, réduisant des dépenses publiques et imposant un baisse de salaire draconienne à la classe ouvrière qui heurte les bases mêmes de la reproduction de sa force de travail. Une coalition de centre gauche nouvellement élue en Irlande a pris le même chemin, et le gouvernement "socialiste" en Grèce a mené un tel programme d'austérité dans le passé pendant plusieurs années. Le besoin d'une telle austérité draconienne est maintenant identifié à la fois par la droite et la gauche, par les organisations patronales et les syndicats. D'ailleurs, ce n'est pas simplement "le salaire social" fourni par des dépenses publiques qui est réduit. En Italie, Fiat, en conjonction avec les partis politiques gauches et la plupart des syndicats a imposé un nouveau contrat aux ouvriers qui abroge le contrat de travail existant, et empire de manière significative les conditions dans ses usines – et ceci après avoir déjà réduit sa main-d'oeuvre de moitié au cours des 25 dernières années !
Au cours des deux dernières années ou presque, les USA et la Chine ont cherché à « contrôler » la crise par les politiques de stimulation qui ont considérablement augmenté la disponibilité du crédit (aux USA particulièrement vers les banques, en Chine par une vaste augmentation du crédit à la consommation) afin de relancer l'économie et d’empêcher la « grande récession » de se développer en spirales hors contrôle. Aux USA, l'administration d'Obama a maintenant effectué un virage à 180° en réponse aux victoires électorales républicaines en 2010, et à un déficit budgétaire qui est maintenant si grand qu’il commence à susciter des doutes au sujet de la fiabilité du crédit des Etats-Unis. Bien que des différences considérables existent entre centre-gauche et droite aux USA à propos de l'ampleur des coupes dans le déficit, et bien que des impôts doivent également être augmentés, même les démocrates concèdent maintenant que les déficits sont insoutenables, particulièrement dans le salaire social, et que des coupes énergiques sont nécessaires. Obama espère que ses programmes plus « modérés » de coupes, et ses déclaration d’intention de taxer les riches le propulseront à un deuxième mandat à la Maison Blanche, et il pourrait avoir raison. Mais une telle victoire électorale sera presque certainement suivie, si elle venait à se produire, par une austérité draconienne dans ce deuxième mandat ; une politique que le centre-gauche serait mieux à même d’imposer que la droite, sans opposition massive. En effet, il est maintenant clair que Wall Street se sent bien plus confortable avec ce président qu'avec n'importe lequel de ses adversaires républicains éventuels ; en effet s’il y a jamais eu une administration des banquiers c'est bien celle d’Obama. En Chine, il apparaît clairement aujourd’hui que les politiques qui ont fait de ce pays un moteur de l'économie mondiale au cours de ces dernières années, ont créé une énorme bulle de crédit, particulièrement dans le crédit à la consommation et le marché du logement (dont l'effondrement avait marqué le début de la crise financière en 2007 en Europe et aux USA), phénomène auquel s’ajoutent les risques inflationnistes graves qui en résultent. Sans ce stimulus de crédit facile sur son marché intérieur cependant, le ralentissement dans les économies de ses partenaires commerciaux menace la capacité de la Chine de poursuivre sa croissance aux taux actuels, et risque de ce fait de provoquer des bouleversements sociaux (voir article sur la Chine dans ce numéro). Entretemps, l’attaque sur la reproduction de l'ouvrier collectif maintenant en cours dans les métropoles, et facilité par la gauche et ses idéologues ("nous devons être réalistes"), présage une nouvelle et encore plus sinistre étape dans la construction d'une "planète mondiale de taudis" (planet of slumbs). Seule une réponse massive de la classe ouvrière salariée, du monde arabe jusqu’aux USA, de l'Europe jusqu’à la Chine, peut interrompre ce cours.
Au cours du mois passé, cette austérité draconienne que le capitalisme, de gauche ou de droite, démocratique ou pas, doit imposer, a produit une nouvelle vague des luttes en Europe, dont – pour le moment – l’épicentre est en Espagne, où le taux de chômage s'est élevé à 25% (40% pour la jeunesse), alors que les restes "du salaire social" sont réduits en miettes. La réponse a été une vague d’occupations "de l'espace public" dans les douzaines de villes, similaires à l’occupation de la place Tahrir en Egypte, également répercutées par les médias sociaux, et comme les manifestations en Egypte, défiant les autorités à intervenir contre les milliers de personnes qui campent dehors nuit et jour, qui mènent des discussions permanentes au sujet de la façon de répondre à la crise économique et aux vagues de l'austérité qu'elle a apportées dans son sillage. Et tandis qu'une grande partie de la discussion s'est focalisée sur des revendications de "vraie démocratie" en opposition à la version parlementaire sous laquelle l'Espagne a vécu pendant les trente dernières années, les discussions dans les assemblées populaires créées par les occupations se sont également concentrées sur le capitalisme comme cause de l'absence de toute autre perspective pour le futur que toujours plus d’austérité et de chômage. Le tract que nous imprimons ci-dessous, focalisé sur la dictature de l'économie et de l'argent, la réduction des êtres humains à des marchandises, montre clairement que si les formes de la lutte doit beaucoup aux mouvements de la Tunisie et de l'Egypte, son contenu a également mûri. Le mouvement en Espagne se compose de beaucoup de jeunes, mais également de ceux d'autres couches sociales. Ceci a rendu un mélange possible de la population. Un élément très important en Espagne est que les personnes plus âgées ont vécu sous la dictature de Franco, puis, sous la "liberté" de "démocratie". Les protestations courantes sont ainsi un signe d'une perte d'illusions, qui peut être transmise aux mouvements du Maghreb, dont les populations jusqu'ici, n'ont jamais vécu sous une tyrannie démocratique.
Quatre-vingts villes étaient impliquées, ce qui montre l’importance du mouvement. De plus, il est illégal d'exprimer publiquement des avis politiques le jour des élections. Le mouvement s'est ainsi placé contre la loi.
Le mouvement a posé une question fondamentale pour la conscience de classe : celle des perspectives. En cela, encore, comme dans d'autres mouvements récents, il y a une interrogation et une perte d'illusions au sujet "du futur" que le capitalisme nous réserve.
Une revendication était "aucun pain pour le chorizo". Il devrait savoir que le chorizo est un terme qui désigne également les voleurs, les bandits. Cette revendication a ainsi une signification duelle : d'une part, il n'y a plus de chorizo pour mettre sur le pain et ceci indique l'appauvrissement, d'autre part, la double signification du chorizo de mot indique une personnalisation de l'ennemi de classe. Là où la mondialisation a rendu la classe dominante abstraite, diffuse, difficile à identifier, on trouve ici l'idée que la classe régnante est bien identifiée, identifié à une bande des voleurs que nous ne voulons plus payer. Mais, si c'est une potentialité, c'est également un danger potentiel : le risque de limiter l'identification de l'ennemi à une partie de la classe politique, et pas au capitalisme dans l'ensemble.
Pour finir, le mouvement a mobilisé, comme dans les pays du Maghreb, une frange instruite de la jeunesse. Ceci montre la création d'une frange des exclus du procédé de production, qui, en même temps, sont instruits, mais qui sont également connectés à la recomposition de la classe ouvrière et au mouvement du prolétarisation de la classe moyenne. Ceci ouvre la possibilité de "nouvelles formes de lutte" auxquelles nous devons rester très attentifs.
Perspective Internationaliste
Perspective Internationaliste n° 56 Avril 2012 PI 56
La perspective historique à visage découvert PI 56
Prolétaires de tous les pays révoltez-vous PI 56
Ils ne comprennent pas PI 56
Le capital est-il le défenseur de la démocratie ? PI 56
Le mouvement « Occupy » : résultats et perspective PI 56
Deux batailles à Longview et le mouvement « OCCUPY » PI 56
Eté 2011 : L’Angleterre en feu – Discussion PI 56
Adieu à Wil BARNES PI 56
Trillions virtuels ..de la fiction à la fantaisie PI 56
Perspective Internationaliste tient régulièrement des réunions de discussion, partie intégrante de son travail de stimulation d'un réel débat et d'une discussion autour des questions vitales auxquelles sont confrontés les révolutionnaires et la classe ouvrière. Pour des renseignements concernant la prochaine réunion, écrire aux adresses locales. Des réunions sont organisées à Bruxelles, Paris, New-York.
Réunion publique de discussion organisée par Perspective Internationaliste.
Quelle société post capitaliste imaginons-nous ?
Cette réunion se déroulera à l’AGECA, 177, rue de Charonne, Paris 11ème,, à 15.30 heures, le samedi 9 juin 2012
Perspective Internationaliste est une publication qui défend le Marxisme en tant que théorie vivante, capable d’aller à ses sources, de les critiquer, et de les développer au fur et à mesure de la trajectoire sociale historique. Dans cette optique, Perspective Internationaliste se basant sur les avancées théoriques de la Gauche Communiste, pense que sa tâche principale est d’aller au-delà des insuffisances et des faiblesses de la Gauche Communiste par un effort incessant de développement théorique. PI ne pense pas que cette tâche lui revient à lui seul, mais plutôt qu’elle ne peut être accomplie que grâce au débat et discussions avec tous les révolutionnaires. Cette vision conditionne la clarté de sa contribution à la lutte et au développement de la conscience de classe du prolétariat. PI n’a pas pour but d’apporter à la classe un programme politique achevé, mais plutôt de participer au processus général de clarification qui se produit au sein de la classe ouvrière.
Le capitalisme est un produit transitoire de l’histoire, et non sa finalité. Il est né en réponse à des conditions qui n’existent désormais plus : l’inévitable pénurie, la force de travail comme seule source de richesse sociale. Le capitalisme a fait de la force de travail une marchandise pour s’approprier la différence entre sa valeur et la valeur qu’elle crée. Pendant des siècles, cette recherche de la plus-value a permis une harmonie relative entre le développement de la société et l’accumulation capitaliste. Il a alors donné naissance à un nouveau processus de production, la domination réelle du capital, dans laquelle ce n’est plus la force de travail, mais la machine qui est au centre de la production. La science et la technologie, mises en mouvement et contrôlées par le travailleur collectif, deviennent la source première de la création de la richesse sociale. L’énorme productivité déclenchée par ce processus permet au capitalisme de croître à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur. Il s’est étendu à toute la planète et a absorbé toutes les sphères de la société – y inclus les syndicats et les partis de masse qui sont surgis de la lutte de la clase ouvrière.
La pénurie n’est désormais plus inévitable, mais cette situation, au lieu de libérer l’humanité du besoin, condamne le capitalisme à la surproduction. La création de richesse n’est désormais plus dépendante de l’exploitation de la force de travail mais ceci plonge le capitalisme, prisonnier de la loi de la valeur, dans une crise du profit. Ces obstacles à l’accumulation forcent le capitalisme à augmenter l’exploitation du travail et à faire de la place pour une nouvelle expansion par le biais de l’auto-destruction, de la dévalorisation massive de capital dans la crise et la guerre. Le capitalisme entre dans sa phase de décadence lorsqu’une telle destruction cannibalistique fait partie intégrante de son cycle d’accumulation. Il est décadent, non pas parce qu’il ne connaît plus de croissance – il s’est énormément développé et a profondément modifié la composition des classes sociales et les conditions dans lesquelles elles luttent -, mais en raison de cette croissance, de sa recherche avide de profit, du fait qu’il est devenu auto-destructeur. Il est décadent parce qu’il est obligé de lancer des centaines de millions d’êtres humains dans le chômage et la pauvreté parce qu’il ne peut en extraire du profit ; à cause de la productivité qui pourrait rencontrer tous les besoins. Il est décadent parce que son besoin de dévalorisation le conduit irrémédiablement à la guerre et à la violence incessantes. Le capitalisme ne peut être réformé ; il ne peut être humanisé. Lutter à l’intérieur du système est illusoire : le capitalisme doit être détruit.
Le capitalisme est aussi décadent parce qu’il a généré les conditions pour son propre remplacement par une nouvelle société. La science et la technologie, accouplées à la loi de la valeur, et à sa marchandisation de toute la vie, ne sont pas libératrices en elles-mêmes. Mais la classe ouvrière en mouvement, est, par sa condition même à l’intérieur du capitalisme, forcée à se libérer de l’aliénation auquel ce capitalisme, en tant que rapport social, la soumet, et est donc l’élément porteur d’un projet de société libérée de la loi de la valeur, et de la division de la société en classes.
Un tel projet n’a jamais existé dans l’histoire. Si la révolution russe a bien été une révolution prolétarienne, elle n’a pas débouché sur une société communiste. Le soi-disant « communisme » de l’ex-bloc de l’Est, comme celui de la Chine ou de Cuba, n’est rien d’autre qu’une manifestation du capitalisme d’Etat. En effet, l’émergence à l’échelle historique d’une nouvelle société ne peut être réalisée que par la négation totale du capitalisme, et par l’abolition des lois qui régulent le mouvement du capital. Une telle société nouvelle implique une transformation profonde de la relation de l’homme à lui-même et aux autres, des individus à la production, à la consommation, et à la nature ; elle implique une communauté humaine au service du développement et de la satisfaction de tous les besoins humains.
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